Un acteur tout feu tout flamme

Denzel Washington

Charismatique, puissant, talentueux, envoutant… les qualificatifs ne manquent pas au moment d’évoquer ce grand monsieur du cinéma américain qui nous éclabousse de sa classe  à chacune de ses apparitions en salle. Celui qui a pour modèle Sidney Poitier a réussi à se faire une place de choix parmi la constellation d’étoiles d’Hollywood tout en étant un des acteurs les plus respectés du métier.

Lauréat de deux Oscars, dont celui du Meilleur acteur pour son rôle de policier véreux dans « Training Day » , il marche dans les pas de son illustre aîné en étant le second afro-américain à obtenir cette récompense. La cause des minorités lui tient particulièrement à cœur, un engagement qu’il exprime notamment par l’intermédiaire de ses rôles comme dans « Malcolm X » réalisé par son ami Spike Lee.

En plus d’être un homme de conviction, Denzel est un acteur fidèle, en atteste ses nombreuses collaborations avec des cinéastes renommés. Outre le réalisateur de « La 25ème Heure » avec quatre films, il a tourné autant de fois avec Antoine Fuqua, trois fois avec Edward Zwick et surtout cinq fois avec Tony Scott. Il a également croisé la route de Robert Zemeckis, Ridley Scott, Jonathan Demme… et s’est même essayé à la mise en scène.

Peu importe qui le dirige et le genre dans lequel il exprime son talent, Denzel Washington le fait toujours avec enthousiasme et professionnalisme. Retour sur le parcours d’un homme en feu !

Portrait Denzel Washington : Un acteur tout feu tout flamme - ScreenTune
© Times Newspapers Limited 2021
  • Trouver sa voie :

Son premier cri s’est fait entendre quelques jours après Noël, le 28 décembre 1954. Denzel Hayes Washington Jr. est le fils d’un pasteur protestant ; quant à sa mère, elle était esthéticienne et propriétaire d’un salon de beauté. Il passe son enfance à Mount Vernon – une petite ville en bordure de New York. 

Il fait ses classes à l’école primaire de Pennington-Grimes puis, à l’âge de 14 ans, suite au divorce de ses parents, il est envoyé dans une école privée de son état, la Oakland Military Academy. Dès le début des années 1970, il rejoint sa mère en Floride et y poursuit ses études secondaires à Daytona Beach.

Après avoir entamé des études en biologie et médecine à l’université Fordham de New York, il se réoriente vers le journalisme et le théâtre. Ses années d’études lui donnent l’occasion de s’adonner à l’art dramatique et de jouer des personnages comme Othello ou Tartuffe. Une fois son diplôme en poche, il quitte la côte est pour San Francisco où il intègre pour deux années le célèbre American Conservatory Theater.

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© 2013 - Academy of Motion Picture Arts and Sciences

Une chance lui est alors donnée de s’exprimer sur les planches : pour sa première véritable expérience scénique, son interprétation passionnée de Malcolm X dans la pièce « When the chickens come home to roost » lui permet de déjà décrocher un premier prix, l’Audelco Award. Après quoi il retourne à New York dans l’espoir de lancer sa carrière d’acteur.

Sa carrière débute sur la petite lucarne avec plusieurs téléfilms parmi lesquels « Wilma » et « Flesh and Blood ». Il lui faut attendre le début des années 80 pour obtenir ses premiers rôles au cinéma, d’abord dans la comédie « Carbon Copy » (1981) puis dans le drame « A Soldier’s Story » ; l’année 1986 lui permet de tourner sous la direction de l’immense Sidney Lumet dans « Les Coulisses du pouvoir ».

En parallèle, il poursuit sa carrière télévisuelle en tenant six années durant le rôle du Dr. Chandler dans la série « Hôpital St Elsewhere » diffusée sur NBC dès 1982

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Glory © 1989 Columbia/TriStar Pictures
  • Des rôles engagés :

Son premier rôle d’envergure, il l’obtient en 1987 avec « Cry Freedom » de Richard Attenborough. Son interprétation de l’activiste Steve Biko, engagé contre l’Apartheid, lui offre une première nomination aux Oscars. Il remet le couvert deux ans plus tard et décroche la timbale avec « Glory » d’Edward Zwick, qui retrace l’histoire du premier régiment uniquement constitué d’afro-américains pendant la guerre de Sécession. Sa prestation lui vaut, en effet, l’Oscar du meilleur second rôle masculin.

Sa notoriété désormais établie, les proposition affluent tandis qu’il fait la rencontre, ô combien déterminante, d’un certain Spike Lee. Ce dernier surfe sur le récent succès de « Do the Right Thing »  et peut désormais se lancer dans un projet qui lui tient à cœur : le biopic consacré à Malcolm X, avec Denzel dans le rôle-titre. Mais avant, les deux compères ont l’occasion de se jauger avec le drame musical « Mo’ Better Blues ».

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Malcolm X © 1992 - Warner Bros. All rights reserved.

Le tournage de « Malcolm X » peut alors débuter, après bien des remous dont le remplacement du réalisateur initial, Norman Jewison, dont on craignait une vision trop « blanche » du sujet, par Spike Lee. A sa sortie en 1992, les critiques saluent la prestation de Denzel Washington qui Incarne l’activiste afro-américain de manière bluffante tant sur le fond que sur la forme – il se révèle à la fois violent, insolent, et provocant dans son rôle.

En plus d’une nomination à l’Oscar du meilleur acteur, il reste, à ce jour, le seul acteur non-musulman à avoir eu l’honneur de tourner dans la ville sainte de La Mecque.

Il travaille ensuite sous la direction d’Alan J. Pakula – connu notamment pour « Les hommes du président » – dans le thriller politique « L’Affaire Pélican ». Accompagné de Julia Roberts, il incarne un journaliste qui dénonce la corruption politique au péril de sa vie. En cette même année 1994, un autre film va alors asseoir définitivement sa notoriété… dans le mémorable « Philidelphia » du regretté Jonathan Demme, il livre une performance remarquée en jeune avocat ambitieux qui voit ses préjugés remis en causes lorsqu’il est amené à défendre un confrère homosexuel atteint du sida, incarné par Tom Hanks. Ce dernier dira d’ailleurs à propos de son partenaire qu’il est « le meilleur professeur d’art dramatique qu’il ait jamais eu », rien que ça !

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Philadelphia © 1993 TRISTAR INTERNATIONAL (STARZ)
  • Vers la consécration :

Au milieu des années 90, Denzel Washington, tout juste quarantenaire, est au sommet de sa carrière, de nombreux cinéastes souhaitent le diriger. C’est le cas de Tony Scott avec qui l’acteur entame une fructueuse collaboration qui les amènera à  tourner cinq films ensemble ; le premier « USS Alabama », dans il lequel incarne le second d’un sous-marin militaire, rencontre un important succès.

La suite est placée sous le signe des retrouvailles ; entre deux longs-métrages signés Edward Zwick : « À l’épreuve du feu » et… « Couvre-feu » – qui n’ont pas vraiment fait d’étincelles malgré leur titre – il tourne pour la seconde fois avec son ami Spike Lee. Dans le drame sportif « He Got Game », il interprète un père, emprisonné pour le meurtre involontaire de sa femme, en quête de rachat auprès de son fils, basketteur prometteur.

Sans être un immense succès, le film rencontre son public tandis que Denzel poursuit dans la même veine l’année suivante avec l’édifiant « Hurricane Carter ». Il y prête ses traits au célèbre boxeur Rubin Carter qui, durant  les années 50 , fut condamné à perpétuité pour un triple meurtre qu’il n’a pas commis. Une performance saluée de toutes part et couronnée d’un Golden Globe.

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Le plus beau des combats © 2000 - Disney Enterprises, Inc.

L’acteur conclut le 20e siècle en incarnant un ancien enquêteur désormais tétraplégique dans « Bone Collector » et forme un duo de choc et de charme avec Angelina Jolie qui séduit le public malgré des critiques mitigées.

C’est avec un nouveau drame sportif, « Le Plus Beau des combats », dans lequel il incarne le coach d’une équipe lycéenne de football américain, suivi du huis clos psychologique « John Q. » de Nick Cassavetes, que s’ouvre pour Denzel le chapitre des années 2000. En ce début de millénaire, l’acteur qui avait jusque-là lorgné tout azimut cherche à se stabiliser et semble trouver son plaisir dans le drame et le thriller.  

Un film en particulier va le mener à la consécration : « Training Day ». Dans ce polar signé Antoine Fuqua, il livre une prestation de haute volée en vieux flic corrompu et forme un duo efficace avec son partenaire de jeu, incarnant le jeune flic intègre, Ethan Hawke. Les louanges pleuvent de toutes parts pour l’acteur, impérial dans le blouson de cuir du flic sans scrupule, il incarne avec maestria l’immoralité policière dans toute sa splendeur. Un personnage ambigu et manipulateur qui lui permet de conquérir l’Oscar du meilleur acteur ; chose historique puisqu’il est seulement le second afro-américain à obtenir cette récompense suprême près de quarante ans après l’immense Sidney Poitier.

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Training Day © 2001 - Warner Bros. All rights reserved.
  • Nouvelles opportunités :

Cette reconnaissance ultime ouvre de nouvelles perspectives au comédien qui s’essaye pour la première fois à la réalisation. En 2003, il signe un premier long-métrage avec » Antwone Fisher », l’histoire d’un jeune afro-américain de la marine forcé de consulter un psychiatre de la Navy suite à son comportement agressif. Un film timidement accueilli, tout comme le film d’action « Out of Time » sorti l’année suivante.

,Une année qui le voit jouer dans le thriller psychologique ultra-violent « Man on Fire » qui marque ses retrouvailles avec Tony Scott, succès commercial en dépit de critiques sévère à l’inverse du thriller politique « Un crime dans la tête » de Jonathan Demme, qui, au contraire, ne convainc pas le public malgré des critiques assez positives.

Deux ans plus tard, Spike Lee fait une quatrième fois appel à lui pour son film de braquage « Inside Man : L’Homme de l’intérieur ». pour tenir le rôle d’un enquêteur chargé de négocier avec des preneurs d’otages dans un duel à distance épique avec Clive Owen. Un long-métrage – dont il partage également l’affiche avec Jodie Foster – qui est acclamé par la critique et trouve rapidement son public. Il s’agit, à ce jour, de la dernière collaboration entre les deux amis mais on peut dire que la tradition perdure puisque, pour son récent « BlacKkKlansman : J’ai infiltré le Ku Klux Klan », le cinéaste a fait appel à John David,, qui n’est autre que le fils ainé de Denzel.

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Inside Man © 2006 - Universal Pictures. All rights reserved.

Il tourne ensuite consécutivement pour les frères Scott, une nouvelle fois avec Tony dans le thriller de science-fiction « Déjà vu » puis avec l’ainé de celui-ci, Ridley qui lui permet de prêter ses traits au célèbre parrain de mafia noir Frank Lucas dans « American Gangster ». Un film dont le succès doit beaucoup à la lutte sans merci que se livrent ses deux têtes d’affiche, Russel Crowe et lui-même, dans le New York des années 70.

En parallèle de ce succès, il tente à nouveau l’expérience de la réalisation avec le trop méconnu « The Great Debaters », un drame social dans lequel il joue, aux côté de Forrest Whitaker, un professeur menant un groupe de débat dans une petite ville du Texas à une époque marquée par la ségrégation et la Grande Dépression. Un second passage plus concluant que le précédent mais qui passe inaperçu auprès du grand public, n’étant même pas distribué à l’international.

Par la suite, il tourne deux long-métrage aux scénarios assez similaire sous la direction de Tony Scott. D’abord en 2009 avec « L’Attaque du métro 123 » dans lequel il fait face à une attaque terroriste et partage la vedette avec John Travolta. Le second en 2010 avec « Unstoppable », un thriller haletant dans lequel il doit empêcher une catastrophe ferroviaire qui marque sa cinquième et, à ce jour, dernière collaboration avec son réalisateur fétiche. Il poursuit dans la même veine en 2012 avec « Sécurité rapprochée » dont il partage l’affiche avec Ryan Reynolds.

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American Gangster © 2007 Universal/Courtesy Everett Coll
  • Reconnaissance et action :

Mais c’est avec « Flight » de Robert Zemeckis qu’il tutoie à nouveau les sommets. Dans ce drame bien senti, Denzel Washington incarne avec une justesse incroyable la descente aux enfers d’un pilote de ligne multipliant les excès ; il se dégage de sa performance une facilité déconcertante, l’acteur révèle une palette d’émotions sans précédent. Le succès critique et public du film lui vaut une quatrième nomination pour l’Oscar du meilleur acteur.

Depuis lors, sa carrière semble quelque peu stagner… désormais sexagénaire, l’acteur doublement oscarisé semble se stabiliser entre thrillers et films d’action. C’est ainsi qu’on le retrouve en duo avec Mark Wahlberg dans « 2 Guns » en 2013, puis l’année suivante dans l’ultraviolent « Equalizer » d’Antoine Fuqua – dont il est également producteur – qui entame une franchise lucrative poursuivie en 2018. Les deux compères se retrouvent à nouveau deux ans après pour une version moderne du célèbre western « Les Sept Mercenaires », lui-même étant un remake du chef d’œuvre « Les Sept Samouraïs » d’Akira Kurosawa.

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Flight © 2012 Paramount Pictures. All Rights Reserved.

Au début de cette même années 2016, il reçoit des mains de son ami Tom Hanks, le Cecil B. DeMille Award, qui le récompense pour l’ensemble de sa carrière. Il est le troisième afro-américain à recevoir cette prestigieuse distinction après Sidney Poitier, encore lui, et Morgan Freeman.

Denzel revient ensuite à la réalisation en adaptant la pièce dramatique « Fences » ; face à Viola Davis, il incarne un père de famille exigeant qui reporte ses échecs et les discriminations dont il a été victime sur ses fils. Son interprétation lui vaut une nomination à l’Oscar du meilleur acteur mais c’est sa partenaire de jeu qui repart avec les lauriers en étant consacrée meilleure actrice dans un second rôle.

Il est un avocat idéaliste dans « L’Affaire Roman J. » avec une nouvelle nomination à la clé pour la deuxième année consécutive. Enfin, on le retrouve début 2021 dans « Une affaire de détails » signé John Lee Hancock tandis qu’il officiera aux côtés de Frances McDormand dans une adaptation de la tragédie shakespearienne « Macbeth » mise en scène par Joel Coen, dont la sortie est prévue pour le mois de janvier prochain.

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The Equalizer © 2013 CTMG. All Rights Reserved.

En déjà plus de quarante ans de carrière, Denzel Washington s’est mué en véritable icône du cinéma mondial, se donnant  corps et âme dans chacun de ses rôles. Outre son immense talent et sa classe naturelle, ce sont ses convictions qui le place parmi l’élite de sa profession et en font l’un des acteurs les plus aimés du public.

Son aura transpire de chacun de ses rôles et peu importe le genre dans lequel il s’exprime, justesse et professionnalisme sont toujours rendez-vous. Sa présence dans un film assure à elle seule la réussite du projet tant sa popularité est grande ; et pour cause, peu importe son statut de star et les Oscars glanés, il a su rester humble et demeure un homme simple.

Toutes ces qualités, auxquelles s’ajoutent son engagement à l’égard des minorités, en font l’un des meilleurs acteurs de sa génération et plus important encore, l’un des plus appréciés.

Un immense acteur au grand cœur.

Damien Monami – Le 28 décembre 2021

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