Le Vieux Sage

Morgan Freeman

Une voix haut perchée, des cheveux grisonnants, un regard profond et une aura presque mystique, Morgan Freeman c’est un peu le père ou le grand-père qu’on aimerait tous avoir. Il faut dire qu’il se retrouve souvent du bon côté de l’histoire en incarnant des personnages dont la sagesse et la maturité sont les maîtres mots. S’il faut quelqu’un pour prêcher la bonne parole, on peut compter sur lui, d’où le côté vieux sage qu’il lui colle à la peau.

Avec une carrière qui va du milieu des années soixante à nos jours, Morgan Freeman fait incontestablement partie des meubles du cinéma mondial et peut se targuer d’avoir travaillé avec ce qui se fait de mieux en matière de réalisateurs ou d’acteurs.

Pourtant rien n’a été facile pour en arriver là et c’est seulement au bout d’une bonne vingtaine d’années qu’il s’est réellement imposé dans des rôles d’envergures grâce à une prestation remarquable dans « Miss Daisy et son chauffeur » en 1989.

Retour sur le parcours atypique d’un acteur mythique.

Petite bio :

S’il fait aujourd’hui partie des acteurs les plus respectés du cinéma, Morgan Freeman a mis un certain temps avant de vraiment s’imposer dans un métier auquel il ne s’était pas prédestiné. C’est une révélation qui l’a poussé à entamer une carrière artistique alors qu’il était engagé par l’armée américaine.

Issu d’une fratrie de quatre enfants, il voit le jour à Memphis le 1er juin 1937. Mobilisé pour la Seconde Guerre mondiale, son père, militaire de formation, confia la garde de ses enfants à sa mère. Le jeune garçon s’épanouit aux côtés de sa grand-mère dans le quartier noir de Charleston où il connaît sa première expérience théâtrale avec son école à l’âge de 10 ans, sans pour autant y donner suite. Après l’obtention de son diplôme à 18 ans, il décide de s’engager dans l’US Air Force où il exerce comme mécanicien jusqu’à une révélation qui le pousse à embrasser une carrière d’acteur. Une fois ses obligations militaires accomplies, il prend la direction de la Californie pour étudier les arts dramatiques au Los Angeles City College.

Sa carrière, c’est sur les planches qu’il la débute, et pas n’importe lesquelles puisqu’il s’illustre à Broadway dès 1967 dans les pièces « Hello Dolly ! » et « The Nigger Lovers ». Ces premiers rôles réussis lui ouvrent les portes de la télévision où il se fait remarquer durant six saisons dans la série « The Electric Company » diffusée de 1971 à 1977.

Le succès de la série lui permet enfin accéder à l’industrie du cinéma dans laquelle il ne prend pas place directement malgré son talent. D’abord cantonné à des rôles secondaires, il lui faudra attendre la fin des années 80 pour enfin s’imposer comme un acteur important.

Il connaît enfin la reconnaissance du milieu avec son rôle de Fast Black dans « La Rue » de Jerry Schatzberg qui lui vaut notamment une nomination aux Golden Globes. Mais c’est deux ans plus tard qu’il s’impose pour de bon grâce à la comédie dramatique « Miss Daisy et son chauffeur » qui lui permet de remporter en 1990 un Golden Globe, un Ours d’argent en plus d’une première nomination aux Oscars.

Le début, certes tardif, d’une brillante carrière.

Le Top 10 de la rédaction :

S’il lui a fallu attendre la cinquantaine pour enfin connaître le succès, sa persévérance a fini par payer et lui a permis de réaliser une fructueuse carrière avec des rôles cultes à la pelle sur lesquels nous revenons avec ce Top 10 de ses performances à l’écran, dont les choix furent cornéliens.

10. « Le Collectionneur » (1997) de Gary Fleder :

Dans ce thriller qui n’est pas sans rappeler « Seven » ou « Le Silence des agneaux » dans sa mise en scène, Morgan Freeman incarne avec son flegme légendaire l’inspecteur Alex Cross dont la nièce a été enlevée. Accompagné dans son enquête par une des victimes, il traque un serial-killer qui se fait appeler Casanova en raison de sa « collection » de jeunes filles. Si « Le Collectionneur » n’est pas l’œuvre la plus mémorable de sa carrière, il vaut néanmoins le coup d’œil pour la prestation de l’acteur et le duo qu’il forme avec Ashley Judd, actrice en vogue dans les années nonante.

9. « Robin des bois, prince des voleurs » (1991) de Kevin Reynolds :

Le mythe de Robin des bois à eux droit à de nombreuses adaptations au cinéma, tant l’histoire de « celui qui prend aux riches pour rendre aux pauvres » fascine. Parmi celles-ci, le film mis en scène par Kevin Reynolds a considérablement marqué les esprits. Aux côtés de Kevin Costner et du regretté Alan Rickman, Freeman parvient à tirer son épingle du jeu dans la peau d’Azeem, compagnon de galère du héros venu remettre de l’ordre dans son pays.

8. « Glory » (1989) d’Edward Zwick :

L’année 1989 est à marquer d’une pierre blanche dans la carrière de l’acteur qui s’est réellement fait connaître au public grâce à plusieurs grandes performances d’acteur, parmi lesquelles son rôle du sergent major John Rawlins dans « Glory ». Narrant le parcours du premier régiment de soldats noirs de l’armée des Etats de l’union lors de la guerre de Sécession. Epique et touchant, le film d’Edward Zwick permit à Freeman de faire l’étalage de tout son talent d’interprétation.

7. « Gone Baby Gone » (2007) de Ben Affleck :

Si le talent d’acteur de Ben Affleck est parfois remis en cause par ses détracteurs, celui de réalisateur ne souffre pourtant d’aucune contestation (notre critique de « ARGO »). Son premier long-métrage « Gone Baby Gone » sorti en 2007 en atteste. Dans ce drame aux allures de polar, Morgan Freeman se retrouve, chose rare, du mauvais côté de l’histoire. Il incarne le flic Jack Doyle, coupable de l’enlèvement d’une fillette à qui il veut offrir une vie meilleure, et ce questionnement permanent de la frontière entre le bien et le mal.

6. « Invictus » (2009) de Clint Eastwood :

Pour sa troisième collaboration avec son ami Clint Eastwood, l’acteur incarne une figure emblématique de la paix, l’homme qui a mis fin à l’apartheid, le président de l’Afrique du Sud, Nelson Mandela. Une personnalité à qui il fait honneur grâce à une interprétation d’une extrême justesse.

Retraçant le début de parcours en tant que président de « Madiba » qui voit en la Coupe du Monde de Rugby le moyen d’unifier son peuple, « Invictus », qui met également en scène Matt Damon dans la peau du capitaine de l’équipe de rugby, connu un franc succès grâce à une réalisation touchante et valu à Morgan Freeman une nouvelle nomination à l’Oscar du « meilleur acteur ».

5. « Impitoyable » (1992) de Clint Eastwood :

Le cinéaste signe un western à l’allure crépusculaire, à une époque où ce genre semble devenu has-been, Eastwood va prouver qu’il a encore de beaux jours devant lui en proposant un film à l’univers aussi classique que ses thématiques sont contemporaines. Dans cette quête vengeresse menée par Clint dans la peau de Will Munny, notre ami Morgan Freeman tient un rôle qui lui ressemble, celui de Ned Logan, et sert de caution morale a son comparse sans pitié.

4. « Miss Daisy et son chauffeur » (1989) de Bruce Beresford :

Le rôle qui a définitivement lancé la carrière de l’acteur sur de bons rails et pour lequel il remporta son premier Golden Globe. « Miss Daisy et son chauffeur » c’est l’histoire d’amitié classique entre deux personnes que tout oppose et dont le public américain est friand. À la fin des années 40, Hoke (Morgan Freeman) est engagé pour servir de chauffeur à une vieille dame issue de la bourgeoisie juive d’Atlanta. Leur relation, d’abord houleuse en raison de leur différences culturelles et sociales, va petit à petit aboutir sur une amitié sincère.

3. « Million Dollar Baby » (2004) de Clint Eastwood :

Véritable uppercut signé du maître Clint Eastwood, qui signe ici une de ces œuvres les plus viscérales, « Million Dollar Baby » est bien plus qu’un film de boxe. Ce n’est pas seulement une histoire d’abnégation, de courage ou d’espoir pour l’héroïne, interprétée par une Hilary Swank magistrale. C’est un profond drame humain dont le spectateur ne peut sortir indemne.

C’est l’histoire de Frankie Dunn (Clint Eastwood), entraîneur au placard, qui gère sa salle de boxe avec Scrap, son ancien poulain. Lorsque apparaît Maggie Fitzgerald :  avec sa détermination et sa rage de vaincre, celle-ci va combler le vide qui creuse jour après jour la vie de Frankie.

Tout le récit est guidé par la voix suave de Scrap, sorte d’alter-ego du coach, joué par un Morgan Freeman au sommet de son art et dont l’interprétation lui permit de décrocher l’Oscar du « meilleur acteur dans un second rôle ».

2. « Seven » (1995) de David Fincher :

Certainement un des meilleurs thrillers de l’histoire du cinéma (notre critique ici) et une référence pour tout cinéphile qui se respecte. Un film dont l’ambiance sombre et suffocante en fera frémir plus d’un et qui vaut autant pour sa réalisation ultra léchée que pour ses acteurs dont les performances respectives sont magistrales.

Au-delà de son brillant scénario, « Seven » vaut le détour ne serait-ce que pour son duo d’acteur, brillant de complémentarité malgré les disparités des personnages. D’un côté William Somerset (Morgan Freeman), inspecteur futé et chevronné, de l’autre David Mills (Brad Pitt), jeune flic intrépide et colérique.

Freeman joue l’une des meilleures prestations de sa carrière avec cet inspecteur portant le poids des années sur ses épaules.     

1.« Les évadés » (1994) de Frank Darabond :

L’œuvre la plus poétique de la carrière de l’acteur (notre critique ici) et certainement son rôle le plus emblématique. Dans cette adaptation du roman éponyme de Stephen King dont le centre pénitencier de Shawshank est le théâtre, Freeman incarne Red, témoin et narrateur de l’histoire qui se déroule sous nos yeux.

Cette histoire, c’est celle d’Andy Dufresne (Tim Robbins), accusé du meurtre de sa femme et de son amant et qui ne cesse de clamer son innocence, un personnage avec qui Red noue de forts liens d’amitié.

Malgré son univers carcéral peu joyeux, ce film transpire le positivisme et c’est paradoxalement un sentiment viscéral de liberté qui en découle. « Les Évadés » est un authentique chef-d’œuvre à la beauté saisissante, empreint de poésie, et qui porte surtout un puissant message humaniste et universel.

Si sa carrière d’acteur a mis le temps pour véritablement démarrer, puis s’emballer, Morgan Freeman n’en reste pas moins un des grands noms du Septième Art. Par sa prestance légendaire et des choix de rôles toujours justes, il s’est taillé une grande réputation dans un milieu où les faux pas ne pardonnent pas.

Durant deux décennies prolifiques qui l’ont vu distiller toute son expérience à travers des rôles cultes à la pelle qui ont fait de lui une sorte de vieux sage toujours enclin à épauler ses cadets.

Mais ce statut d’aîné qu’il traine à chacune de ses prestations est à double tranchant. Comme le démontre les dernières années, il est souvent cantonné au même genre de rôles paternalistes qui frôlent parfois le cliché dans des productions par toujours judicieuses.

Il n’en reste pas moins un immense acteur, un modèle d’abnégation et de justesse. Un talent comme on en fait peu.

NB : Pouvaient aussi être cités :

  • Trilogie « The Dark Knight » de Christopher Nolan (2005 – 2012)
  • « Sans plus attendre » de Rob Reiner (2008)
  • « La Rue » de Jerry Schatzberg (1987)
  • « Insaisissables » de Louis Leterrier (2013)
  • « Bruce tout-puissant » de Tom Shadyac (2003)
  • « Amistad » de Steven Spielberg (1997)
  • « Oblivion » de Joseph Kosinski (2013)

Damien Monami – Le 2 juin 2019

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