Une épopée grandiose !

Le Dernier Samouraï 

Trop souvent cantonné au rôle de grand héros qui sauve le monde depuis le début des années 2000, Tom Cruise prouve avec « Le Dernier Samouraï » qu’il est capable de montrer encore une fois toute sa sensibilité et son talent dans la peau d’un capitaine d’infanterie torturé par ses vieux démons.  

« Le Dernier Samouraï » est un drame épique et vigoureux, sachant allier lyrisme, spectacle, émotion et une évidente beauté plastique qui rafla au passage quatre nominations aux Oscars et trois aux Golden Globes (dont une pour la performance de Tom Cruise).

Retour sur un sacré beau moment de cinéma, de bravoure et d’émotion qui récolta tout de même, plus de 450 millions de dollars au Box-Office avec son budget de 140 millions.

Critique « Le Dernier Samouraï » (2003) : Une épopée grandiose ! - ScreenTune
© 2003 Warner Bros. Ent.

Synopsis :

En 1876. Le capitaine Nathan Algren est ressorti traumatisé des violents combats qu’il a vécus au cours de la guerre de Sécession. Envoyé en mission au Japon par son pire ennemi, Nathan est chargé de mater la rébellion du samouraï Katsumoto et de ses hommes, qui refusent l’ordre « moderne » que veut installer le jeune empereur. A l’issue d’une bataille acharnée, Nathan est fait prisonnier et retenu dans le village de Katsumoto. Il découvre peu à peu la culture ancestrale du pays et finit par faire sienne la ligne de conduite des samouraïs. Devenus amis, Katsumoto et Nathan vont bientôt prendre les armes, ensemble, pour que la culture des samouraïs perdure…

  • Un Français au pays des Samouraïs :

Cette épopée d’un capitaine américain séquestré au cœur d’un village japonais n’est à proprement parlé par une fiction. Même si le film porté par Tom Cruise prend de grosse libertés, l’histoire se base sur deux récits conjoints notamment celui d’un capitaine français se passant durant l’ère Meiji.

Le premier est la Rébellion de Satsuma en 1877, une date qui concorde avec les événements se déroulant dans le film, le personnage fictif de Katsumoto joué par le génial Ken Watanabe étant inspiré du samouraï Saigo Takamori qui s’est révolté contre l’état japonais alors en pleine mutation occidentale.

Le second est la guerre de Boshin se déroulant neuf ans plus tôt en 1868, un conflit qui installa la dynastie Meiji à la tête du Japon.

Le personnage de Nathan Algren se situe donc dans ces deux périodes et même s’il n’a pas réellement existé, celui-ci est bien basé sur un véritable « Dernier Samouraï », venu au départ tout comme lui, façonner le Japon et l’armée shogunat pour les façonner à l’image de l’occident. Son nom Jules Brunet, un officier français polytechnicien et vétéran de la campagne française au Mexique lancée par Napoléon III dans les années 1860.

C’était notre petite minute culture.

Critique « Le Dernier Samouraï » (2003) : Une épopée grandiose ! - ScreenTune
© 2003 Warner Bros. Ent.
  • Coppola avant Zwick :

Bien avant que Edward Zwick ne réalise le projet, cinéaste à qui l’on doit entre autres « Glory » avec Denzel Washington et « Légendes d’automne » avec Brad Pitt, le projet a trainé durant quatre ans dans les cartons des studios. Un récit imaginé au départ par le scénariste néo-zélandais Vincent Ward, écrivain de « Alien » et réalisateur de « Au-delà de nos rêves » avec Robin Williams, qui officie sur la finalité du projet comme producteur exécutif puisqu’il a laissé sa place de scénariste à John Logan auteur notamment des scripts de « Gladiator » et « Aviator » par exemple.

Ward impatient de tourner son projet propose la réalisation au grand Francis Ford Coppola (« Le Parrain »), ce dernier pas emballé par l’histoire refuse et le producteur décide alors de se tourner vers Peter Weir (« Le Cercle des poètes disparus »). Le cinéaste australien décline finalement la proposition, celui-ci étant en pleine production de son nouveau long-métrage « Master and Commander ». Ironie de la chose, l’épopée navale avec Russell Crowe sortira en salles à peine deux semaines avant le film porté par Tom Cruise.

Finalement, le projet attire le réalisateur Edward Zwick, alors en pleine pause dans sa carrière de metteur en scène depuis « Couvre-feu » en 1998. Le futur réalisateur de « Blood Diamond » parvient à convaincre la production de l’engager en proposant de tourner le film en Nouvelle-Zélande, terre natale de Vincent Ward.

Critique « Le Dernier Samouraï » (2003) : Une épopée grandiose ! - ScreenTune
© 2003 Warner Bros. Ent.

Le tournage va d’ailleurs se situer principalement dans la région de Taranaki, avec des acteurs japonais et une équipe de production américaine. Un lieu choisit pour la ressemblance du mont Egmont/Taranaki avec celui du mont Fuji. Ce choix est également justifié pour les nombreuses forêts et terres agricoles qui composent la région de Taranaki. Pendant le tournage en Nouvelle-Zélande, Tom Cruise a d’ailleurs séjourné à Oakura la ville de la région. Le tournage a rapporté plus de 50 millions de dollars à l’économie locale de Taranaki. Une belle initiative au final.

Tout cela sert de toile de fond pour de nombreuses scènes, par opposition aux villes très industrialisées construites au Japon. Cependant plusieurs scènes de village ont été tournées dans les studios de Warner Bros à Burbank, en Californie. Certaines séquences ont pourtant bien été tournées à Kyoto et à Himeji, histoire de faciliter la sensibilisation du public asiatique.

Un rendu absolument magnifique dans des décors à couper le souffle qui participe grandement à l’immersion du spectateur dans cette quête de rédemption poétique.

Critique « Le Dernier Samouraï » (2003) : Une épopée grandiose ! - ScreenTune
© 2003 Warner Bros. Ent.
  • Tom Cruise dans tous ses états :

Pour incarner à merveille le Capitaine Algren, personnage torturé et meurtri, Tom Cruise va se donner corps et âme. Le comédien va tout d’abord ne prendre aucun salaire pour le film. Il reste cependant producteur et prend donc une part des recettes du films (vu le succès bien joué). Le héros de « Mission Impossible » va surtout passer près de deux ans à se préparer pour le film en prenant des cours de maniement du sabre et de langue japonaise.

L’acteur va surtout échapper de justesse à des blessures potentiellement mortelles après avoir reçu un coup d’épée à un centimètre de sa carotide lors du tournage. Comme à son habitude, il décide de réaliser lui-même toutes ses cascades, alors qu’il interprétait la fameuse scène finale du combat, son partenaire Hiroyuki Sanada lui asséné un coup d’épée alors que le comédien de « Edge of Tomorrow » se trouvait sur un cheval mécanique hors champ de la caméra. Le mécanisme du canasson aurait mal fonctionné et n’aurait pas réussi à se baisser au bon moment. Sanada a arrêté la lame à un centimètre du cou de Tom Cruise.

Toujours est-il que le comédien offre une partition toute en sensibilité. On n’avait plus vu l’acteur aussi sobre et efficace depuis le sublime « Magnolia » de Paul Thomas Anderson. Tom Cruise observe ses gardiens dans sa prison à ciel ouvert, il apprend, il écoute et il souffre en silence tout en faisant preuve d’empathie à travers l’enseignement des samouraïs. Une performance qui ne fait pas de lui le héros ni le chevalier servant mais plutôt l’homme égaré sur la voie de la rédemption.

Critique « Le Dernier Samouraï » (2003) : Une épopée grandiose ! - ScreenTune
© 2003 Warner Bros. Ent.

Autour de lui gravite également le charismatique et flamboyant Ken Watanabe. Le comédien aperçu dans « Inception » qui joue à ce moment-là son premier film en anglais, offre une performance tout simplement touchante et tout bonnement inattendue. L’interprète du Général Katsumoto se complète à merveille à la performance silencieuse et retenue de Tom Cruise. Deux soldats que tout oppose qui se respectent, se découvrent jusqu’à devenir des frères d’armes dont l’honneur est le bien le plus précieux.

  • Quand Edward Zwick fait du Kurosawa :

On savait Edward Zwick capable de transcender des projets en œuvres dramatiques et bien filmées. Comme il le fera après avec « Blood Diamond » en 2006, le cinéaste plonge avec panache et élégance le spectateur dans cette épopée rédemptrice.  Le metteur en scène met superbement à contribution les sublimes décors sauvages et naturels qu’il a sous les yeux pour offrir une mise scène inspirée et poétique. Le réalisateur de « Glory » ne recherche jamais le spectacle grandiloquent d’un blockbuster et alterne magnifiquement scènes de combats et scènes contemplatives, il décrit toutes les coutumes de ces valeureux guerriers et la quête de pardon de son personnage principal.

Critique « Le Dernier Samouraï » (2003) : Une épopée grandiose ! - ScreenTune
© 2003 Warner Bros. Ent.

Les grands amateurs de cinéma japonais remarqueront de grandes similitudes avec le cinéma du grand Akira Kurosawa notamment avec le mythique « Ran ». Pourtant comme Tom Cruise et son personnage, Edward Zwick reproduit l’art du maître, il observe et adapte sa caméra en mettant en image ses thématiques et ses enjeux dramatiques. « Le Dernier Samouraï » devient un film vivant gorgé de maitrise et d’une intensité dramatique sublime (La scène de la bataille sous la pluie !).

  • Hans Zimmer a son meilleur :

Un film majestueux porté une nouvelle fois par l’incroyable musique de Hans Zimmer qui magnifie les images du chef de la photographie, John Toll (« Braveheart » ou encore « La Ligne rouge »).

D’une douceur euphorisante, les musiques du « Dernier Samouraï » apaisent comme nulle autre dans la filmographie du compositeur d’« Interstellar », et n’agresse jamais l’oreille même quand des scènes épiques interviennent. Une beauté en tous points, parfaite pour ceux qui veulent s’ouvrir au style de l’artiste allemand.

Le Top des musiques de Hans Zimmer

Vous l’aurez compris, « Le Dernier Samouraï » est un drame épique et vigoureux, sachant allier lyrisme, spectacle, émotion et une évidente beauté plastique.

Porté par d’excellents acteurs et une bande son envoûtante, le film d’Edward Zwick est un film brillant et preuve d’un savoir-faire hollywoodien indéniable pourtant égratigné par les critiques lors de sa sortie.

En aucun cas en ce qui nous concerne ! On fonce le revoir sans attendre…

Note : 8/10 

Julien Legrand – Le 29 mars 2021

Sources Photos :

  • Copyright © 2003 Warner Bros. Ent.

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