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Frères de pellicule !

Top 10 des Meilleurs Films de Joel et Ethan Coen

Lorsqu’on pense aux fratries de cinéma, leur nom est tout en haut de la liste tant ils sont indissociables l’un de l’autre. Les frères Coen enchantent les cinéphiles avec leur univers atypique et subversif dans lequel s’entremêlent intrigues complexes, personnages excentriques et atmosphère sombre. A l’instar d’un Tarantino, leur cinéma est très référencé par les films de leur enfance, avec un attrait certain pour le polar noir auquel ils apportent une bonne dose d’absurde et d’ironie.

De « Fargo » à « The Big Lebowski », en passant par « A Serious Man », les frères Coen aiment mettre en scène des gens lambdas, souvent un peu attardés, dans des situations rocambolesques dont ils ne sortiront pas indemne. Naviguant entre cinéma indépendant et grand public, Joel et Ethan se sont forgés une solide réputation et font indéniablement partie de la légende d’Hollywood.

Gardant un contrôle total sur leurs projets, ceux que l’on surnomme parfois « Le réalisateur à deux têtes » ont raflé toutes les récompenses imaginables dont cinq Oscars et une Palme d’or à Cannes. La plupart de leurs films sont devenus des classiques que l’on prend toujours le même plaisir à visionner.

A l’heure où les deux frères semblent prendre des routes séparées et poursuivre leur carrière chacun de leur côtés, il est temps de leur rendre l’hommage qu’ils méritent. Voici notre Top 10, absolument subjectif, de leurs meilleurs films.

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Petite bio :

Selon les dires de Joel et Ethan, qui y sont né respectivement le 29 novembre 1954 et le 21 septembre 1957, Saint Louis Park est un endroit assez quelconque. Son influence est pourtant évidente dans leur filmographie. Cette petite ville typique nord-américaine, dont le nom fait référence à la ligne de chemin de fer qui la traverse, a fini par s’ériger en banlieue endormie de Minneapolis.  On peut se faire une idée de ce à quoi ressemble cette ville insipide dans laquelle ils ont grandi dans « A Serious Man ».

Leur père Edward, dit Ed, est professeur de sciences économiques à l’Université du Minnesota, leur mère, Rena, enseigne quant à elle l’histoire de l’art à Saint Cloud State University. Ils ont une sœur ainée, Deborah, dont la place dans leur vie se résume principalement au temps qu’elle passait dans la salle de bain à se sécher les cheveux, qui exerce désormais comme médecin en Israël.

Doté très jeune d’une intelligence supérieure à la moyenne, les deux frères ne se montrent pas particulièrement brillant durant leur scolarité. On décèle pourtant très vite des facilités d’écriture chez le premier qui écrit, dès la primaire, une pièce sur « le roi Arthur »  ; tandis que leur première réelle collaboration donne lieu au Flag Street Sentinel, un journal vendu deux cents dans leur collège qui s’arrête après le second numéro. En dehors de cela, ce sont des élèves dans la moyenne, prometteur à défaut d’être brillant. Les frères Coen étaient juste des jeunes adolescents blasés comme tant d’autres qui grandissent dans ces banlieues insipides. L’atmosphère singulière et la violence dont leurs films sont empreints est en quelque sorte une réponse à la banalité de leurs jeunes années passées dans ce Minnesota et ses immensités glacées aux allures de Sibérie (voir « Fargo »).

S’ils partagent la même chambre, Joe et Ed ne sont pas vraiment proches, ils se retrouvent néanmoins sur un point, leur intérêt grandissant pour les films. Bien qu’ils se plaisent à ironiser sur leur culture filmique essentiellement télévisuelle, leur connaissance du cinéma est en réalité riche et précise. Durant les années lycée, les frangins intègrent le ciné-club où leur professeur, avant-gardiste, leur fait découvrir des films de la nouvelle vague, dont « Les 400 Coups » de François Truffaut, qui les marque profondément. Peu à peu, ils se muent en véritables gloutons, tel deux ados affamés dévorant ici des pans entiers de pop culture : films, livres, magazines, musiques, faits scientifiques ou historiques et cultivent une ouverture d’esprit farouche.

Sans être des jeunes coincés, ils ne font pas partie des élèves populaires et traînent avec une bande de jeunes dadais entassés sur le canapé de la cave qui leur servait de tanière. L’un d’eux, Ron Neter (qui produira plusieurs de leurs films), est l’initiateur du cinéma coenesque car l’envie de filmer vient de lui. Ainsi, l’argent récolté en tondant des pelouses permet aux Coen de s’offrir une caméra super 8 et de jeter les bases de leur fructueuse carrière cinématographique. Si Joel a longtemps été crédité comme seul réalisateur de leurs films, c’est pour la simple raison que c’est lui qui est entré dans la boutique pour acheter la caméra. Une fois le bouton de mise en marche trouvé, il passe son temps à filmer ses amis dans leurs pitreries tous en expérimentant divers cadrages.

C’est sous l’impulsion d’un autre de leurs amis que les Coen vont passer aux choses sérieuses. Il s’agit de leur voisin, “Zelmers“, de son vrai nom Mark Zimering, qui, sans être un leader, était le plus motivé de la bande pour trouver un remède à l’ennui. Et quoi de mieux lorsqu’on possède une caméra que de faire des films ! Les premiers court métrages que les frangins tournent, avec Zelmers en vedette, sont déjà annonciateurs de certaines de leurs méthodes comme l’emprunt à d’autres fims.

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© 2008 - Focus Features

En 1972, après le lycée, Joel s’inscrit à la Tisch School of the Arts, une section de l’Université de New-York où il suit le premier cycle d’études cinématographiques (le second cycle, plus prestigieux a vu sortir certains de ses illustres ainés comme Martin Scorsese ou Oliver Stone). Malgré toute sa bonne volonté, l’aîné des frères Coen retombe vite dans ses travers et passe le plus clair de son temps à paresser au fond de la classe. Il en sort néanmoins diplômé quatre ans plus tard et travaille comme assistant de production sur divers films industriels et vidéos musicales, il participe notamment en 1981 au montage de « The Evil Dead », le premier long métrage de Sam Raimi.

Quant à Ethan, il entame un cursus en philosophie à Princeton mais lui aussi montre un certain désintérêt pour les études, au point qu’il les abandonne au bout de quelques mois. Il revient cependant sur sa décision mais, aussi insolite que cela puisse paraitre, lorsqu’il constate que le délai d’envoi du dossier d’inscription est dépassé, il plaide sa cause en expliquant qu’il vient de perdre un bras dans un accident de chasse. Un coup de poker qui porte ses fruits puisque sa réinscription est finalement validée, même si cela lui vaut un entretien avec le psychiatre de l’université.

Bien qu’il soit tentant d’accorder une signification particulière à ces choix distincts, alliant savoir-faire cinématographique et réflexion philosophique, une telle idée provoquerait l’hilarité des deux frères qui ne voient là qu’une pure coïncidence.

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© 2013 Getty Images

Après l’obtention de son diplôme en 1979, Ethan s’installe avec Joel dans le quartier du West Side de Manhattan. Une période charnière durant laquelle les deux frères apprennent réellement à se connaître. Les raisons qui les ont poussés à travailler de concert restent floues, eux-mêmes ne savent pas vraiment le dire, cela s’est fait le plus naturellement du monde.  L’hypothèse la plus crédible serait que Joel aurait vu en son cadet un potentiel d’écriture qu’il lui manquait pour percer dans la réalisation, le chaînon manquant à son ambition.

Pour faire simple : Joel est le visuel, Ethan le littéraire. Une distinction qu’il est important de nuancer. Comme l’explique Frances McDormand, actrice fétiche des Coen et surtout épouse de Joel depuis 1984, leur processus créatif est à la fois souple et fluide, les deux frères étant bel et bien unis dans l’ensemble du processus créatif de leurs films et ce pour notre plus grand plaisir…

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© Academy of Motion Picture Arts and Sciences

Le Top 10 de la Rédaction :

10. « O’Brother » (2000) :

Le Film : Dans le Mississippi profond, pendant la Grande Dépression. Trois prisonniers enchainés s’évadent du bagne : Ulysses Everett McGill, le gentil et simple Delmar et l’éternel râleur Pete. Ils tentent l’aventure de leur vie pour retrouver leur liberté et leur maison. N’ayant rien à perdre et unis par leurs chaînes, ils entreprennent un voyage semé d’embuches et riche en personnages hauts en couleur. Mais ils devront redoubler d’inventivité pour échapper au mystérieux et rusé shérif Cooley, lancé à leur poursuite…

Pourquoi faut-il le voir ?

Sous ses airs de comédie décalée, « O’Brother » s’avère être une relecture moderne de « L’Odyssée » d’Homère transposé dans le sud profond de l’Amérique des années 1930, marquée par la Grande Dépression. Également inspiré du drame classique hollywoodien « Les Voyages de Sullivan », il en résulte une épopée drôle et rocambolesque menée par un trio d’évadés aussi attachants qu’idiots à la recherche d’un supposé butin.

Au gré des rencontres, le film se révèle, comme souvent chez les frères Coen, bien plus ambigu qu’il n’y paraît. Dans leur quête de liberté, Ulysses Everett McGill (dont le patronyme n’est pas un hasard) et ses acolytes sont entraînés dans un voyage initiatique à travers le Mississippi dont chaque étape fait écho à celui du légendaire héros grecque. Ensuite, même s’il ne fait que l’effleurer, le film aborde également la thématique de la ségrégation raciale, omniprésente dans les états du sud.

« O’Brother », c’est la cavale épique et extravagante d’une bande de demeurés portée par George Clooney, dans l’une de ses performances les plus séduisantes.   Un pari osé pour les frères Coen qui signent un film hybride aux genres multiples, entre western, fantastique et comédie musicale. Un divertissement drôle et lumineux, qui fait également du bien aux oreilles grâce à sa B.O. jouissive aux consonances blues auréolé d’un Grammy Award.

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Photo prise par Archive Photos/Getty Images - © 2012 Getty Images

9. « Arizona Junior » (1987)

Le Film : Hi, impénitent cambrioleur de supermarchés, passe beaucoup de temps dans la prison de Tempe en Arizona. Il y rencontre un jour Ed, charmante femme policier, dont il tombe éperdument amoureux. Terminé les braquages, il se marie et part pour l’usine qui ressemble somme toute à la prison. Hi et Ed voudraient un enfant mais Ed est stérile. Or un jour des quintuplés font la une de la presse locale. Hi et Ed décident d’en voler un. Sur cinq, cela ne se verra pas trop. 

Pourquoi faut-il le voir ?

Après la noirceur de leur premier film, « Blood Simple », les frères Coen explorent la comédie la plus rutilante et posent les bases d’une filmographie éclectique. Rarement l’expression « comédie déjantée » aura aussi bien collé à un film, tant « Arizona Junior » est un tourbillon qui emporte tout sur son passage. Derrière une histoire rocambolesque de kidnapping, se dessine une ode douce-amère aux loosers magnifiques, seuls capables d’ébranler l’ordre établi. 

Combinant avec une facilité déconcertante les séquences d’actions frénétiques et la pure comédie, « Arizona Junior » semble tout droit sorti de l’univers de Tex Avery. Bien aidé par un Nicolas Cage ahurissant, presque cartoonesque, en repris de justice aussi fou qu’attachant, les Coen signent un de leur film les plus déjantés.

Ils n’oublient cependant pas leur préceptes en mettant en avant des personnages, en marge de la société. Des désaxés qui tentent en quelque sorte de bouleverser l’ordre établi et de rétablir ainsi un certain équilibre. Certes moins abouti que les classiques qui ont suivi,  « Arizona Junior » n’en demeure pas moins le plus burlesque et absurde de leur film, tout en conservant une part de douceur et de pertinence.

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© 1995 20th Century Fox Home Entertainment

8. « Inside Llewyn Davis » (2013)

Le Film : Alors qu’un hiver rigoureux sévit sur New York, Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Sa guitare à la main, le jeune homme lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu’il se crée lui-même. Il ne survit que grâce à l’aide que lui apportent des amis ou des inconnus, en acceptant n’importe quel petit boulot. Des cafés de Greenwich Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu’à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman, avant de retourner là d’où il vient.

Pourquoi faut-il le voir ?

Car il s’agit à n’en point douter du film le plus personnel de l’œuvre des Coen. En s’inspirant du chanteur Dave Von Ronk, figure emblématique de Greenwich Village, ils signent une sorte de faux biopic, à la fois tragique et intimiste, sur le parcours chaotique d’un chanteur à la dérive. Les frangins portent un regard juste et nuancé sur le milieu artistique, ses contraintes et ses compromis ; abordant sans concession les incertitudes auxquelles les aspirant au succès sont confrontés.

De leur propre aveu, la réussite du film incombe pour beaucoup à Oscar Isaac, sans qui le projet n’aurait pas eu l’effet escompté. Ils ont d’ailleurs qualifié le projet “irréalisable“ sans ce dernier dans une interview au magazine Rolling Stone. Il fallait bien le charisme d’un Isaac magistral pour incarner cet individu ambigu pour lequel on ressent tantôt de l’empathie, tantôt un profond malaise.

Outre ses comédiens plein d’assurance et ses sonorités folk jubilatoires, c’est le soin tout particulier apporté à la photographie, ses tons gris pastel et sa froide lumière, qui donne au film tout son éclat (le remarquable travail de Bruno Delbonnel lui a valu un Oscar).  Grand Prix du jury au Festival de Cannes 2013, « Inside Llewyn Davis » est un examen mélancolique de l’échec, présenté dans le style tragicomique qui caractérise ses auteurs.

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© 2013 - CBS Films

7. « Blood Simple » (1984) :

Le Film :

Au Texas, Julian Marty, un propriétaire de bar malchanceux, découvre que sa femme le trompe avec l’un de ses barmans. Il engage Visser, un détective texan que les scrupules n’étouffent pas, pour les surveiller. Mais sous des dehors de parfait imbécile, ce dernier va se révéler machiavélique et imprévisible…

Pourquoi faut-il le voir ?

Tous simplement car il s’agit du premier long-métrage du duo, celui sans qui nous n’aurions jamais pu profiter de leur immense talent. Bien qu’il reste assez méconnu du grand public, « Blood Simple » possède toute l’ADN de leur cinéma avec ce style si particulier, il possède les ingrédients qui feront le sel et le piment de leur œuvre à venir. Avec ce premier projet, les Coen gravent dans le marbre leur méthode : s’approprier des conventions et les réinventer pour raconter des histoires singulières.

Avec « Blood Simple », les frères Coen s’inspirent des codes du film noir d’antan tout en y insufflant une touche d’humour cynique et sournoise couplée à une violence exacerbée. L’histoire fonctionne majoritairement grâce à l’atmosphère sinistre, pesante et brutale que Joel et Ethan cultivent tout au long du film. C’est un savant mélange entre récit romanesque et thriller retord qui prend forme dans un coin perdu du Texas où le remord n’a pas sa place et où chacun mène un double jeux.

Il s’agit du premier rôle important de Frances McDormand qui montre les prémices de son immense talent mais « Blood Simple » vaut surtout le détour pour la performance haut en couleur de M. Emmet Walsh en détective véreux. Ce film d’une cruauté et d’une ironie impitoyable, noire et comique à la fois, définira de nombreux arcs visuels et narratifs dans l’œuvre des frères Coen.

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Photo prise par Getty Images/Getty Images - © 1984 MGM

6. « True Grit » (2010) :

Le Film : 1870, juste après la guerre de Sécession, sur l’ultime frontière de l’Ouest américain. Seule au monde, Mattie Ross, 14 ans, réclame justice pour la mort de son père, abattu de sang-froid pour deux pièces d’or par le lâche Tom Chaney. L’assassin s’est réfugié en territoire indien. Pour le retrouver et le faire pendre, Mattie engage Rooster Cogburn, un U.S. Marshal alcoolique. Mais Chaney est déjà recherché par LaBoeuf, un Texas Ranger qui veut le capturer contre une belle récompense. Ayant la même cible, les voilà rivaux dans la traque. Tenace et obstiné, chacun des trois protagonistes possède sa propre motivation et n’obéit qu’à son code d’honneur. Ce trio improbable chevauche désormais vers ce qui fait l’étoffe des légendes : la brutalité et la ruse, le courage et les désillusions, la persévérance et l’amour…

Pourquoi faut-il le voir ?

À première vue, on pourrait croire qu’il s’agit d’une adaptation sans grande prise de risque d’un classique du western, à savoir « Cent Dollars pour un shérif » mais ce serait bien mal connaître les frères Coen. En réadaptant le roman de Charles Portis, les frangins ont saisi l’occasion pour casser les codes du western classique tout en rendant hommage à ce genre qui les a tant fait rêver dans leur jeunes années.

Contrairement à la version d’Henry Hathaway, celle des Coen n’a pas vocation à glorifier la figure héroïque du cow-boy. On reconnait leur patte à ce tableau sans compromis qu’ils font de ces hommes excessifs, rustres et sans morale – icône d’une époque révolue – en les montrant comme des gâchettes fatiguées, à l’image d’un Jeff Bridges déconcertant. Mais c’est en adoptant le point de vue d’une jeune fille – Mattie Ross, orpheline en quête de vengeance – qu’ils font que ce « True Grit » se démarque de son aîné. La présence (et la prestance) de cette adolescente intrépide, froide et déterminée, détonne dans cet univers masculin, elle inverse le rapport de force grâce à sa répartie insolente, mais aussi à son courage.

En insufflant leur marque unique d’humour noir, de personnages excentriques attachants et d’une cinématographie à couper le souffle les Coen ont fait de « True Grit » un western résolument subversif. Prenant des tournures plus sombres et cyniques, le film met en évidence, sans ménagement, le coût réel de la vengeance.

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© 2010 - Paramount Pictures

5. « Barton Fink » (1991)

Le Film : Au début des années 40. Barton Fink, un jeune dramaturge new-yorkais, qui vient de remporter un beau succès à Broadway avec sa première pièce, débarque à Hollywood. Un producteur lui propose d’écrire le scénario de son film. Installé dans un immense hôtel quasi désert et bien étrange, l’écrivain se retrouve très vite en panne d’inspiration. Un soir, il fait la connaissance de Charlie Meadows, un mystérieux personnage passionné de catch.

Pourquoi faut-il le voir ?

Acclamé au Festival de Cannes où il remporta plusieurs prix en 1991, y compris la Palme d’Or, « Barton Fink » apparait comme une parabole de la carrière des Coen, ou plutôt d’un moment donné de celle-ci, quand ils se débattaient pour finir l’écriture de « Miller’s Crossing », leur précédent film. Au contraire de ce dernier, il ne leur a fallu que trois semaines pour boucler le scénario de « Barton Fink » qui évoque justement ce syndrome de la page blanche dont peuvent être victime les auteurs.

Quatrième film du duo fraternel, « Barton Fink » se trouve être l’un de leur films les plus sombres et complexes. A l’image d’un « Shining » avec lequel il partage de nombreux points communs, notamment en termes d’atmosphère, les fantômes en moins, il s’agit d’une plongée terrifiante dans l’esprit d’un écrivain en proie au blocage créatif. Incarné par un John Turturro incroyable de justesse, Barton, est une représentation cinématographique classique du personnage de l’écrivain, inspiré mais engoncé et maladroit une fois qu’il doit sortir de sa zone de confort et se mettre en avant dans un contexte mondain.

À travers la descente aux enfers de ce personnage cédant aux sirènes d’Hollywood, « Barton Fink » est une satire de l’industrie cinématographique doublée d’une critique de ses hautes sphères, qu’ils ont en horreur, et de la pression que peuvent subir les scénaristes et autres travailleurs de l’ombre. Dans la carrière des frères Coen, « Barton Fink » marque un point de bascule, les faisant passer du statut de jeunes premiers à celui d’auteurs célébrés sur qui il faut compter.

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© Twentieth Century Fox - All Rights Reserved

4. « Miller’s Crossing » (1990)

Le Film : A l’époque de la prohibition, deux caïds veulent régner sur la ville, Leo O’Bannion, le tout-puissant gangster irlandais, et le naïf mais ambitieux Johnny Caspar, un truand d’origine italienne. Mais Tom Reagan, le bras droit et confident de Leo, tente de tirer son épingle du jeu, en manipulant son entourage pour arriver à ses fins. 

Pourquoi faut-il le voir ?

Sorti seulement trois jours après « Les Affranchis » de Scorsese et éclipsé par ce dernier, « Miller’s Crossing » n’en reste pas moins, lui aussi, un classique du film de gangster, bien qu’il n’ait pas l’aura de son “rival“. Les frères Coen signent un thriller néo-noir brillamment stylisé prenant racine à l’époque de la prohibition. Dans la droite lignée des polars des années 1930 et fortement influencé par les films de Jean-Pierre Melville, le troisième long-métrage des Coen est d’une beauté crépusculaire, tant sur la forme que sur le fond.

Servi par une reconstitution fidèle de l’époque – avec sa photographie clair-obscur et ses teintes automnales envoutantes – ainsi que par un casting parfait (John Turturro, Gabriel Byrne, Albert Finney, etc.), « Miller’s Crossing » aborde une multitude de thématiques avec une justesse et une légèreté qui laissent sans voix. Se dessine alors une véritable tragédie grecque sur la solitude du pouvoir, la manipulation et le dilemme moral auquel sont confrontés ces individus. Grâce à une construction scénaristique tortueuse, Joel et Ethan s’attaquent à la nature complexe et tourmentée de chaque personnage dont les véritables intentions restent vagues.

« Miller’s Crossing » est une œuvre d’une incroyable richesse : les dialogues sont d’une perspicacité inouïe, un soin méticuleux est apporté au moindre petit détail et la narration est tout à fait remarquable. Elle joue brillamment sur l’ambivalence d’un récit sinueux et imprévisible dont personne – ni les protagonistes, ni les spectateurs – ne sortira indemne.

Injustement sous-estimé dans l’imposante filmographie des frères Coen, « Miller’s Crossing » est pourtant l’un de ses joyaux. Un thriller époustouflant, aussi poétique que violent mais ô combien captivant.

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© Twentieth Century Fox Film Corporation

3. « Fargo » (1996)

Le Film : Un vendeur de voitures d’occasion endetté fait enlever sa femme par deux petites frappes afin de toucher la rançon qui sera versée par son richissime beau-père. Mais le plan ne va pas résister longtemps à l’épreuve des faits et au flair d’une policière enceinte…

Pourquoi faut-il le voir ?

Les frères Coen font partie de ces cinéastes dont on reconnait immédiatement la patte, à ce titre « Fargo » est peut-être le film qui leur ressemble le plus. En plus de prendre place dans leur Minnesota natal, il est un condensé de tout ce qui fait leur marque de fabrique. Outre leur sens de la narration, leur humour noir et leur appétence pour la violence, on y retrouve surtout la double lecture qui fait leur force.

Car « Fargo » repose sur la dualité entre le bien et le mal, entre la banalité des personnages et leurs odieux desseins. La neige trouve ici de nombreuses symboliques : la pureté, la froideur, l’isolement, mais plus important encore les apparences souvent trompeuses – sous l’épaisse couche de poudreuse, bien des secrets sont enfouis. Le paysage d’une blancheur immaculée contraste avec la noirceur des événements qui s’y jouent.

En partant d’un fait divers des plus banal, les Coen explorent l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus vile. A l’image de ce personnage drôlement niais – incarné brillamment par William H. Macy – chaque protagoniste est entraîné dans une spirale infernale de violence tragi-comique et doit subir les conséquences de ses actes, ce qui finit toujours par causer sa perte. Pour contrebalancer avec ce cynisme, ceux qui représentent le bien –Frances McDormand éblouissante dans son rôle oscarisé de policière enceinte – sont foncièrement bon.

Chef-d’œuvre aussi drôle que brutal, « Fargo » marque les esprits par son originalité et son imprévisibilité. Un Coen dans toute sa splendeur comme on les aime !

Notre conseil :  si vous avez aimé le film, vous devriez apprécier l’excellente série du même nom qui s’en inspire.

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© 1996 Twentieth Century Fox

2. « The Big Lebowski » (1998)

Le Film : À Los Angeles, Jeffrey Lebowski, alias le Dude, mène une vie nonchalante. Il passe le plus clair de son temps à ne rien faire en robe de chambre ou à jouer au bowling du coin avec ses copains Walter, un vétéran du Vietnam, et Donny. Un jour, alors qu’il rentre tranquillement chez lui, Dude est agressé par deux individus qui le confondent avec un milliardaire qui porte le même nom que lui. Sur les conseils de Walter, il part à la recherche de ce dernier pour obtenir un dédommagement.

Pourquoi faut-il le voir ?

Il fait partie de ces films incompris à leur sortie mais qui, au fil du temps, se sont mués en film culte. Film noir à la sauce Coen, « The Big Lebowski » a le même postulat de départ que « Le grand sommeil » (1946) d’Howard Hawks, celui d’un monsieur tout le monde, en l’occurrence le Dude, qui se retrouve au mauvais endroit, au mauvais moment, entraîné dans une histoire à laquelle il ne comprend rien, le côté burlesque en plus. Celui-ci s’exprime par la façon dont les personnages vont appréhender les événements qui se présentent à eux avec tout le détachement qui ne s’impose pas. Leur mode de vie étant à l’opposé de ceux-ci, ils vont être indisposés face à la noirceur et la complexité de l’intrigue dont ils sont l’objet. Jeff Lebowski est un homme qui préfère se tenir à l’écart de la moindre parcelle de la société.

C’est dans cette opposition entre la gravité toute relative des événements auquel doit faire face notre héros et la nonchalance qui le caractérise que réside l’âme du film. Ce décalage est l’essence même du cinéma des frères Coen, le Dude et les énergumènes qui transitent autour de lui sont un parfait condensé de leur univers. En faisant de ce personnage un anti-héros charismatique et nonchalant à la fois, Jeff Bridges fait étalage de tout son savoir-faire. Il est secondé par un John Goodman exubérant et un Steve Buscemi frêle et gentil, écrasé par la personnalité des deux autres. On peut voir dans cette galerie de personnages décalés et dans les évènements qui les concernent une sorte de critique de la société aseptisée dans laquelle nous vivons.

Mais ce qui rend ce film si mythique, c’est son côté subversif ainsi que le message subliminal qui s’en dégage. Le Dude se fout royalement d’être en décalage avec le reste du monde, tout ce qu’il veut c’est qu’on le laisse vivre comme bon lui semble. Entre parties de bowling, cocktails “White Russian”, cassettes des Creedence et autre plaisir simple, « The Big Lebowski » et ses acteurs au top de leur forme fait partie de ces films qu’on prend toujours le même plaisir à visionner.

Et puis, un film qui a inspiré son propre culte religieux, le “dudéisme”, ne pouvait finir qu’au firmament de notre classement. Et pourtant…

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© Universal Studios

1. « No Country for Old Men » (2007)

Le Film : A la frontière qui sépare le Texas du Mexique, les trafiquants de drogue ont depuis longtemps remplacé les voleurs de bétail. Lorsque Llewelyn Moss tombe sur une camionnette abandonnée, cernée de cadavres ensanglantés, il ne sait rien de ce qui a conduit à ce drame. Et quand il prend les deux millions de dollars qu’il découvre à l’intérieur du véhicule, il n’a pas la moindre idée de ce que cela va provoquer. Moss a déclenché une réaction en chaîne d’une violence inouïe que le shérif Bell, un homme vieillissant et sans illusions, ne parviendra pas à contenir…

Pourquoi faut-il le voir ?

Il est sans conteste le plus grand succès critique des frangins avec pas moins de huit nominations aux Oscar pour quatre statuettes glanées. « No Country for Old Men » est un peu le faux-jumeau de « Fargo », les plaines arides du Texas ayant remplacé le manteau blanc du Minnesota. Et si la violence est (partiellement) dissimulée sous la neige dans le film de 1996, elle est, ici, beaucoup plus visible, crue, au point de sembler ordinaire.

Adapté du roman éponyme de Cormac McCarthy, « No Country for Old Men » est sans aucun doute le film de la maturité des frangins. Il se démarque en partie par son incroyable densité de ton. Au carrefour du polar, du western et de la comédie – il emprunte également certains codes au cinéma d’épouvante – le film nous place sans cesse sur la corde raide. La frontière entre bien et mal est ténue, on passe sans transition du trait d’esprit qui décroche un sourire au meurtre brutal qui décroche la mâchoire.

L’intérêt du film repose pour beaucoup sur le trio de personnage dont le cheminement fait inévitablement penser au mythique « Le bon, la brute et le truand » de Sergio Leone. Comme son ainé, il nous entraîne dans une course-poursuite d’anthologie entre ces êtres que tout (ou presque) oppose : le premier, Bell – remarquable Tommy Lee Jones – vieux shérif désabusé face à la violence du monde qui l’entoure ; le second Anton Chigurh – personnifié par un Javier Bardem hallucinant, couronné d’un Oscar – tueur à gage psychopathe glaçant et impassible ; le dernier, Llewelyn Moss – incarné par Josh Brolin – cow-boy opportuniste, impulsif et ingénieux.

Aussi brillante soit la traque mise en scène, elle n’est qu’un prétexte pour poser des questions plus profondes. Dans un paysage cupide et amoral, où la beauté des paysages côtoie la sauvagerie, le récit interroge sur la perte d’humanité de la société, en particulier américaine, et la place de la violence dans celle-ci.

« No Country for Old Men » est l’apothéose du cinéma des frères Coen, une œuvre crépusculaire d’une puissance visuelle inouïe, d’un lyrisme envoutant et d’une justesse de ton magistrale. Un sommet jamais atteint et encore moins égalé par le duo.

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© 2007 Paramount Vantage - Miramax

Joel et Ethan Coen comptent parmi les cinéastes les plus inventifs et les plus talentueux d’Hollywood. Prônant un cinéma indépendant et grand public à la fois, ils gardent un contrôle total sur leur œuvre, du scénario à la production, en passant par le montage de plusieurs films, sous le pseudonyme Roderick Jaynes.

En près de quarante ans de carrière, le duo a su capter le public avec son cinéma singulier et personnel. Une carrière pour le moins exemplaire qui les a menés dans les directions les plus variées avec un penchant naturel pour les polars extrêmement sombres et les comédies décalées et acides, où ils expriment à merveille leur mise en scène virtuose, mais aussi leur sens aigu de l’écriture.

De leur association est né une filmographie d’une incroyable richesse. Quel que soit le genre qu’ils explorent, les frères Coen parviennent toujours à en tirer le meilleur et à y insuffler leur patte avec une réussite qui frôle l’insolence.

Alors que leur chemin se séparent – après le « Macbeth » de Joel, nous découvrirons prochainement « Drive Away Dolls » d’Ethan –   on ne peut que leur souhaiter la même réussite dans leur carrière solo que celle qui a accompagné le binôme…

NB : Mentions honorables :

  • « The Barber : l’homme qui n’était pas là » (2001)
  • « Burn After Reading » (2008)
  • « A Serious Man » (2009)
  • « Avé, César ! » (2016)
  • « La Balade de Buster Scruggs » (2018)

Damien Monami – Le  29 novembre 2023

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