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Behind blue eyes 

Paul Newman

Un regard bleu électrique qui semble défier la caméra, une allure faussement nonchalante et une classe naturelle, Paule Newman est tous cela à la fois… et bien plus encore. Il est l’une des figures les plus glorieuses et charismatiques dans l’histoire du cinéma, au même titre que les James Dean, Steve McQueen ou autres Marlon Brando.

Mais à l’inverse de ses illustres contemporains, Newman n’est pas de ces stars inaccessibles, c’est un homme simple avec ses fêlures, qui mène une vie des plus ordinaires, avec certes quelques “facilités » que d’autres n’ont pas. Connu pour ses nombreux engagements, celui qui formait un couple mythique avec Joanne Woodward, était un être emplit d’une humanité peu commune pour l’époque.

Avec plus de soixante films à son actif, de ses débuts remarqué dans « Marqué par la haine » à ses rôles cultes dans « Butch Cassidy et le Kid », « Luke la main froide » ou encore « L’Arnaque », Paul Newman est l’un des acteurs les plus prolifiques et les plus iconiques de sa génération. Son don pour la comédie et son influence, encore perceptible aujourd’hui, contribua à redéfinir le métier à jamais.

Retour sur la carrière d’un des plus grands acteurs que le septième art ai porté.

Portrait Paul Newman : Behind Blue Eyes - ScreenTune
Paul Newman à Venise - @ Archivio Cameraphoto Epoche/Getty Images
  • Ambition footballeur :

Deuxième enfant d’une famille d’origine juive hongroise, Paul Leonard Newman voit le jour le 26 janvier 1925 à Shaker Heights dans l’Ohio. Son père, Arthur, dirigeait un magasin d’articles de sport tandis que sa mère Theresa était mère au foyer.  Dès l’enfance, le jeune Paul montre certaines prédispositions pour le sport, il ne rêve d’ailleurs que d’une chose, devenir un grand footballeur professionnel.

Il passe une adolescence tranquille dans la banlieue de Cleveland, où lui et sa famille sont les seuls juifs du quartier. Au lycée, il devient rapidement la coqueluche de ses camarades en étant l’un des meilleurs joueurs de l’équipe de football américain. Mais lorsqu’il se retrouve suspendu à la suite d’une rixe lors d’un match face au lycée rival, il s’essaye pour la première fois à l’art dramatique pour passer le temps – il interprète le bouffon du roi dans une adaptation de « Robin des bois » – avant de reprendre le cours de sa vie, qui, il ne le sait pas encore le conduira à nouveau sur les planches. Mais pour l’heure, l’adolescent retourne à ses rêve de football.

Portrait Paul Newman : Behind Blue Eyes - ScreenTune
Photo prise par John Springer Collection/Corbis via Getty Images

Marqué par la guerre 

A peine majeur et alors qu’il vient d’intégrer l’Université de l’Ohio, l’entrée en guerre des Etats-Unis va brutalement venir perturber son destin. La Seconde Guerre Mondiale va profondément marquer le jeune homme. Engagé dans la Marine, Paul Newman décide de passer les examens requis pour devenir pilote. Malheureusement, il est recalé à cause de son daltonisme. Il prend tout de même part au conflit dans le pacifique en tant que radio mitrailleur d’un bombardier-torpilleur mais le porte avion sur lequel il est engagé subit une attaque Kamikaze aux large des Philippines. De nombreux camarades de son unité y trouvent la mort tandis que lui-même est gravement touché à la jambe.

A son retour, conscient que sa blessure le rend inapte à la pratique du football, Paul Newman abandonne son rêve de devenir pro. Son père lui propose de reprendre sa boutique mais contre toute attente, il décide de se tourner vers l’art dramatique. Après l’obtention de son diplôme en théâtre et économie au Kenyon College en 1949, il passe deux ans à l’université de Yale avant de rallier New-York pour suivre l’enseignement de Lee Strasberg et son célèbre Actor’s Studio.

Il fait ses premiers pas sur scène dès 1953 dans la pièce « Picnic » et se voit décerner le Theatre World Awards qui récompense les débuts d’un acteurs à Brodway. Ce rôle lui permet de se faire remarquer et il va enchainer les performances, que ce soit au théâtre avec « The Desperate Hours » (1955) ou à la télévision en apparaissant dans plusieurs épisodes des séries « Tales of Tomorrow » ou « Appointment with Adventure ».

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Paul Newman et Joanne Woodward.- @ Photo Researchers History/Getty Images

Destins croisés

Le début de sa carrière est intimement liée à celle d’un autre jeune acteur, James Dean. Leur destin s’entremêle, ils se croisent régulièrement lors des différents castings auxquels ils prennent part. Les deux acteurs se rencontrent lorsqu’ils passent des bouts d’essais pour le prochain film d’Elia Kazan, « A l’est d’Eden » (1955) mais Newman n’est finalement pas choisi pour le rôle du grand frère qu’il espérait décrocher.

L’histoire entre eux ne s’arrête pas là puisque la même année, Newman remplace Dean dans une adaptation musicale pour la télévision de la pièce « Our Town » aux côtés de Frank Sinatra. Sur les différents castings auxquels ils concourent, une saine rivalité naît entre eux, un rôle en particulier fait saliver les deux hommes, celui du boxeur Rocky Graziano dans « Marqué par la haine », un film de Robert Wise.

Une fois encore, c’est James Dean qui est choisi pour le rôle, mais son destin va malheureusement s’avérer tragique. La star de « La fureur de vivre » meurt au volant de sa voiture en septembre 1955, quelques semaines avant le début du tournage, à seulement 24 ans. Suite à cette tragédie, c’est Paul Newman qui se voit confier la lourde tâche de remplacer celui dont la disparition a ému le monde entier. 

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Photo prise par Silver Screen Collection/Getty Images - © 2013 Getty Images

Une chance tragique

Se voir confier le rôle destiné à James Dean juste après sa disparition n’est franchement pas un cadeau mais Newman ne se laisse pas démonter. Il crève littéralement l’écran dans la peau de cette petite frappe qui va échapper à la délinquances grâce à la boxe dans le New-York des années 30. Il incarne avec une incroyable justesse ce jeune homme fougueux, paumé et torturé qui cherche sa voie tout en bravant l’autorité parentale jusqu’à devenir champion du monde de boxe sous le nom de Rocky Graziano.

Pour se préparer à ce rôle, Paul Newman à mis en pratique la fameuse “méthode“ que lui a enseigné Lee Strasberg. Il passe ainsi deux semaines en immersion auprès du vrai Graziano, étudiant son comportement, sa démarche et ses intonations afin de coller au mieux à son personnage. Sa magnifique prestation le révèle au grand public et aura une grande influence sur de  nombreux films de boxe, notamment la saga « Rocky ». Sorti en 1956, « Marqué par la haine » est le point de départ d’une brillante carrière pour Paul Newman, en plus de lui offrir son premier grand rôle de cinéma, le film de Robert Wise lui ouvre enfin les portes d’Hollywood. Il commence alors à enchainer les rôles avec trois tournages consécutifs dont « Femmes coupables » en 1957, à nouveau sous la direction de Wise.

Le début de la gloire pour le jeune comédien qui à su faire fit de certaines réserves à son égard : « Il y a des gens qui n’attribuent ma percée dans ce métier qu’à la mort de Jimmy. Bien sûr que la chance a joué un rôle dans ma carrière et ma réussite. Ça a commencé dès 1925 : ma première chance, ç’a été de naître blanc en Amérique. Deuxième coup de bol : mon physique. Troisième atout : la faculté de rebondir. J’ai eu la chance de surmonter le fait qu’on dise toujours de moi que j’étais juste mignon, par la conscience qu’à long terme ce ne serait pas suffisant. J’ai été confronté à l’indifférence, à la bêtise, à mon propre aveuglement, parfois. Mais jamais à la véritable adversité .La chance me suivait… Et si James Dean n’était pas mort ? Une voix en moi me souffle que j’y serais arrivé quand même. Ç’aurait été un poil plus long, mais ça aurait fini par se faire ».

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© 1958 - Warner Bros. All rights reserved

Couples de légendes

Sa carrière enfin lancée, il va faire la rencontre la plus importante de sa vie lors du tournage du drame « Les Feux de l’été » de Martin Ritt. Celle de l’actrice Joanne Woodward avec laquelle il va former l’un des couples les plus mythique d’Hollywood et qu’il accompagnera pour le restant de ses jours. Cette même année 1958 le voit prendre part à trois autres productions, dont « Le Gaucher », premier film d’Arthur Penn mais aussi et surtout « La Chatte sur un toit brûlant » -– drame sur un couple en crise qu’il forme avec Elizabeth Taylor – qui lui vaudra une première nomination à l’Oscar du meilleur acteur. II y est magistral dans son personnage d’homme tourmenté devenu alcoolique et rejetant sa femme.

Un film dont le tournage est marqué par un drame. Suite suite au décès du mari d’Elizabeth Taylor, le producteur Mike Todd, se tue en avion, Le tournage est logiquement suspendu tandis que la future star de  « Cléopâtre » est au plus mal : « J’ai décidé de passer la voir chez elle pour la réconforter. Elle sanglotait en répétant : “Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ?” Elle était défoncée aux médicaments. Faute de mieux, je me suis mis à débiter les clichés habituels sur l’insondable volonté de Dieu. Liz m’a interrompu, elle a levé les yeux vers moi et rugi : “Oh, ta gueule. Et fous-moi le camp !” J’aurais dû me contenter de lui répondre “Tu es une femme formidable et je t’adore”, et admettre que j’étais incapable d’offrir des réponses aux questions terribles qu’elle posait. Au lieu de quoi je suis parti sans un mot, la queue entre les jambes, complètement désemparé. Je n’étais pas à la hauteur de la situation, j’aurais dû le prévoir. Mes platitudes et ma maladresse à cette occasion n’ont cessé de me hanter ».

Il faut ensuite attendre 1961 pour trouver trace d’un nouveau rôle culte pour Newman qui devient le joueur de billard Eddie Felson, qui feint d’être mauvais pour mieux surprendre ses adversaires, dans « L’Arnaqueur » réalisé par Robert Rossen. Avec une intensité rare, il incarne un homme déchiré entre aspiration à la grandeur et pesanteur de l’existence dont la chute est forcément cruelle. Le portrait est incisif et sans complaisance, le geste est implacable. Un rôle qu’il reprendra quelques années plus tard, passant du rôle de l’élève à celui de mentor pour le jeune Tom Cruise dans « La Couleur de l’argent » de Martin Scorsese, sorti en 1986. Alors âgé de 66 ans, il décrochera enfin, grâce à ce rôle, l’Oscar du meilleur acteur après pas moins de sept nominations.

Portrait Paul Newman : Behind Blue Eyes - ScreenTune
Photo prise par Archive Photos/Getty Images - © 2012 Getty Images

Mais reprenons le cours normal de ce portrait. Au cours de cette décennie sixties, il va être dirigé à cinq reprises par Martin Ritt, le premier « Paris Blues » – dans  lequel joue également son épouse – sort en 1961 , puis « Aventures de jeunesse »  en 1963, « L’Outrage » – remake du film « Rashōmon » d’Akira Kurosawa – en 1964, et enfin le western de 1966, « Hombre ». Mais celui qui marque vraiment les esprits s’intitule « Le Plus Sauvage d’entre tous » et débarque en salles en 1962. Sous son décorum de western moderne, le film dépeint la relation complexe entre un père et un fils sur fond de conflit générationnel. Paul Newman excelle dans ce rôle ambigu du fils rebelle, écorché vif,  qui cherche à tout prix à s’émanciper du carcan familial et des valeurs ancestrales symbolisées par son père.  Une des meilleures performances de l’acteur pour laquelle il est à nouveau nommé aux Oscars.

En 1966, il est à l’affiche du thriller « Le Rideau déchiré » d’Alfred Hitchcock, qui n’est certes pas l’œuvre la plus mémorable du cinéaste mais il n’empêche, travailler sous la direction du maître du suspense est un gage de valeur. On le retrouve ensuite à l’affiche de « Luke la main froide » pour l’une de ses prestations les plus marquantes. Son personnage – un vétéran du Vietnam purgeant une peine absurde pour destruction de parcmètres – se heurte à la violence carcérale et s’attire les foudres de ses geôliers, autant que l’admiration de ses codétenus, par son caractère désinvolte, son insolence et sa soif irrépressible de liberté – aussi bien du corps que de l’esprit. Le rôle de la maturité pour l’acteur dont la fougue des débuts a laissé place à une force de jeu incroyable et un magnétisme naturel. « Luke la main froide » reste dans les mémoires par l’optimisme qui s’en dégage malgré son sujet sombre, impossible d’oublier cette scène peu banale où, pour un simple pari, Luke gobe une cinquantaine d’œufs devant le regard ébahi de ses compagnons.

Portrait Paul Newman : Behind Blue Eyes - ScreenTune
© Warner Bros. Ent. All rights reserved

Une amitié fraternelle 

Le duo que Newman forme avec George Kennedy dans ce film est particulièrement savoureux, mais il ne peut en rien égaler celui qu’il va alors former à deux reprises avec un certain Robert Redford. Le duo se forme en 1969, sous la direction de George Roy Hill, dans le cultissime « Butch Cassidy et le Kid », un western d’apparence classique mais moderne dans son propos avant-gardiste pour l’époque. Une œuvre qui marque les esprits par la simplicité et la joie de vivre de ses personnages, entre promenade à vélo (cette scène culte entre Paul Newman et Katharine Ross) et saut dans le vide.

Malgré la décennie qui sépare les deux acteurs, une amitié sincère et fraternelle va naître entre eux et perdurer toute la vie. Leur association procure un plaisir de tous les instants tant leur complicité dynamite la narration. L’osmose qui les unit ainsi que leur classe naturelle les inscrit instantanément dans la mythologie du cinéma.– insouciants, sans attaches et liés par une amitié indéfectible – Butch (Newman) et le Sundance Kid (Redford) sont constamment en mouvement, en quête d’une existence nouvelle où ils seront libres d’être eux-même. Dynamiques et nonchalants, ces deux anti-héros se moquent de toutes les conventions avec un cynisme rigolard.

On prend les même et on recommence puisque le duo se reforme quatre ans plus tard pour « L’Arnaque », à nouveau dirigé par George Roy Hill. Les deux acolytes se retrouvent avec bonheur et se régalent à jouer ensemble. L’alchimie qui les unis transpire à l’écran, face à un Redford stoïque et calculateur, Newman excelle dans un rôle de mentor rusé et charismatique qui lui sied à merveille. il signe non seulement l’une des meilleures performances de sa carrière, mais aussi de l’une des plus emblématiques.

Le Top des Meilleurs Films de Robert Redford : L'Ange Blond - ScreenTune
Butch Cassidy et le Kid - © 1969 20th Century Fox

Du talent à revendre

En parallèle de ce duo légendaire, Paul Newman a débuté une seconde carrière en passant derrière la caméra. Après s’être fait la main avec « On the harmfulness of tobacco », un court-métrage sur les méfaits du tabac, il réalise son premier film « Rachel, Rachel » en 1968 avec sa femme Joanne Woodward dans le rôle principal. Un premier essais salué par la critique et qui permet à son épouse d’être récompensée du Golden Globe de la meilleure actrice. Fort de ce succès, il se lance, en 1971, dans la mise en scène de son second métrage « Le Clan des irréductibles » dans lequel il tient également l’un des rôles principaux aux côtes d’Henry Fonda. Cette adaptation d’un roman de Ken Kesey – célèbre auteur de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » – obtint deux nominations aux Oscars.

Parmi les six films qu’il réalisa, celui qui a le plus marqué les esprits – avec un titre pour le moins original – est sans conteste « De l’influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites », dans lequel il confiait à son épouse Joanne Woodward l’un des plus beaux et dérangeants portraits de femme en crise qui soit. En compétition officielle au 26e Festival de Cannes, cette œuvre moderne et féministe, comme le cinéma indépendant des années 70 pouvait en offrir, se vit remettre le Prix d’interprétation féminine. Il délaisse ensuite le siège de metteur en scène pour quelques temps et repasse devant la caméra, celle de John Huston, qui le dirige deux fois de suite avec des fortunes diverses. Si le thriller d’espionnage « Le Piège » (1973) ne marque pas vraiment les esprits, c’est tout le contraire pour celui qui le précède, intitulé « Juge et hors-la-loi ». Dans ce western peu conventionnel, Paul Newman livre une prestation tout en nuance dans la peau d’un homme énigmatique et imprévisible aux méthodes radicales.

On le retrouve un an plus tard dans le film catastrophe « La Tour Infernale » qui regroupe une pléiade de star de l’époque dont Steve McQueen, avec qui il entretien une certaine rivalité depuis leur rencontre sur le tournage de « Marqués par la Haine » dans lequel McQueen tenait un petit rôle. Une rivalité qui n’empêche pas les deux acteurs de s’apprécier, ils se retrouvent notamment autour d’une passion commune pour la course automobile. Incarnant l’architecte qui a conçu le gratte-ciel au centre de l’intrigue, Newman fait preuve d’une incroyable vigueur en effectuant lui-même ses cascades – notamment celle où il arpente l’escalier déchiqueté par l’explosion – malgré ses presque cinquante ans au compteur. Les années 70 se poursuivent avec des rôles moins marquant mais pas forcément dénués d’intérêts. On le retrouve ainsi à l’affiche de films comme « La Toile d’araignée » en 1975, « Buffalo Bill et les Indiens » de Robert Altman en 1976, ou encore « La Castagne » pour lequel il retrouve George Roy Hill en 1977.

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Photo prise par Silver Screen Collection/Getty Images - © 2013 Getty Images
  • Drame et don de soi

Mais le destin va le frapper de plein fouet, une épreuve qu’aucun parent ne devrait avoir à traverser. En 1978, son fils aîné Scott, né de son premier mariage, succombe à une overdose à l’âge de 28 ans. Également acteur, Scott n’a jamais supporté d’être sans cesse comparé à son père et est tombé dans l’alcoolisme peu après ses débuts dans le métier. C’est à la suite d’un accident de moto, que des analgésiques lui ont été prescrit pour soulager ses douleurs, mais une surdose de ces médicaments couplé à de l’alcool lui a été fatale. Afin de rendre hommage à son défunt fils, Paul Newman fonde en 1980, le Centre Scott Newman dans le but d’aider les personnes toxicomanes ou alcooliques. Une tragédie qui marque l’acteur au plus profond de son âme, il s’en est toujours senti responsable en raison de  sa notoriété : « Il n’y a rien que vous puissiez dire qui réparera ma culpabilité à propos de Scott. Ce sera avec moi aussi longtemps que je vivrai ». La perte de son fils lui fait revoir ses priorités, il va se faire de plus en plus rare à l’écran, ne prenant plus part qu’à des projets qui lui tiennent particulièrement à cœur.

Tout au long de sa carrière – et plus encore après la perte tragique de son fils – Paul Newman a mis sa notoriété au service de la bonne cause ; grand progressiste, il était un fervent défenseur des droits civiques, il s’est fermement opposé à la guerre au Vietnam et a soutenu financièrement de nombreuses organisations pacifiques et groupes anti-guerres. Pour ses engagements caritatifs, il recevra d’ailleurs la Médaille présidentielle de la Liberté en 1994, soit l’une des plus hautes distinctions civiles aux Etats-Unis. Six ans plus tard, il sera même nommé ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF pour son engagement envers les droits des enfants. Il a également pris position pour la défense des droits des homosexuels. Il a notamment déclaré : « Je soutiens ouvertement les droits des gays. Je n’ai jamais pu comprendre les attaques envers la communauté gay. Les êtres humains ont tant de qualités. Quand j’ai fini de faire le tour de tout ce que j’admire vraiment chez une personne, ce qu’elle peut faire avec ses parties intimes arrive tellement en bas de la liste que ça devient insignifiant ».

Plus étonnant encore, à partir des 1982, l’acteur se mit à investir dans les produits alimentaires en créant la Newman’s Own, une marque de… sauce. A l’origine de celle-ci, une plaisanterie entre Paul et son voisin de l’époque, l’auteur Aaron Edward Hotchner, qui se sont simplement amusés, un soir de beuverie, à mélanger des ingrédients dans la cuisine de Newman. Le succès est immédiat. Mais ce qui rend cette savoureuse histoire encore plus belle, c’est que l’intégralité des profits de la société va être reversée à des œuvres caritatives. Aide aux vétérans, centre pour les enfants défavorisés, recherche pour le cancer…

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Paul Newman et Aaron Edward Hotchner - @ photo Researchers History/Getty Images

Reconnaissance tardive

La perte de son fils lui fait revoir ses priorités, il va se faire de plus en plus rare à l’écran, ne prenant plus part qu’à des projets qui lui tiennent particulièrement à cœur. Il partage ainsi son temps entre sa carrière cinématographique et caritative. Les années qui suivent se font dès lors moins prolifique pour Newman dont les apparitions sont plus espacées. En 1981, il est à l’affiche d’un film policier sur fond de trafic de drogue « Le policemen », puis joue sous la direction de Sydney Pollack dans « Absence de malice ». Mais c’est avec « Le Verdict » de l’immense Sydney Lumet, tourné l’année suivante, qu’il retrouve de sa superbe. Dans ce film de procès, il incarne Frank Galvin, un avocat rongé par l’alcool et la culpabilité suite à une affaire qui a mal tourné. Un rôle bien loin de ceux de mâle alpha qu’il a tenu par le passé ; une partition toute en retenue mais d’une intensité rarement vue chez l’acteur. Alors âgé de 56 ans, Newman est au sommet de son art et signe sans conteste l’une des interprétations les plus poignantes de sa carrière.

Il réalise ensuite deux films : « L’Affrontement » (1984), dans lequel il joue également, ainsi que « La ménagerie de verre » (1986). Lui qui n’a jamais remporté d’Oscars, s’en voit décerner deux de suite, un Oscar d’honneur en 1986 suivi, paradoxalement, de l’Oscar du meilleur acteur en 1987 pour son rôle dans « La Couleur de l’argent » de Martin Scorsese. Avant ces deux statuettes consécutive, il fut également lauréat deux ans auparavant du Cecil B. DeMille Award, qui récompense des artistes pour l’ensemble de leur carrière mais aussi pour leurs engagements humanitaires ou associatifs.

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Le bout du sentier

En 1989, il joue dans le film historique « Les Maîtres de l’ombre » de Roland Joffé, Le film retrace, bien avant « Oppenheimer » de Nolan, l’histoire du Projet Manhattan et de la création de la bombe H. Dans un tout autre style, il apparait en 1994 dans la comédie loufoque « Le Grand Saut », réalisé par les frères Coen. Quatre années s’écoulent avant un nouveau rôle, sous la direction de Mike Newell, dans « L’Heure magique » ; alors qu’elle évoquait les inégalités salariales entre les hommes et les femmes, l’actrice Susan Sarandon a révélé dans une interview que Paul Newman lui avait cédé une partie de son salaire en 1998 lors du tournage de ce film.

En 2002 on le retrouve dans « Les Sentiers de la perdition », mis en scène par le talentueux Sam Mendes. Dans cet excellent polar noir, Newman incarne John Rooney, chef de la pègre irlandaise, dans un rôle sombre et crépusculaire. La confrontation finale entre Paul Newman et Tom Hanks est un modèle du genre, un grand moment de cinéma qui offre à l’acteur de 77 ans une sortie de scène digne de sa stature. Il s’agit de la dernière apparition de Paul Newman au cinéma. On peut néanmoins encore le voir à la télévision dans la mini-série « Empire Falls » (2005) – qui lui vaut plusieurs récompenses dont un Golden Globe et un Emmy Award – ou entendre sa voix lorsqu’il prête sa voix au personnage de Doc Hudson dans le film d’animation « Cars » des studios Pixar. En mai 2007, il annonçait par ces mots qu’il mettait un terme à sa carrière d’acteur : « Je ne me sens plus capable de travailler au niveau que je souhaite. Quand on commence à perdre la mémoire, la confiance, sa capacité d’invention, il vaut mieux tout arrêter ». Peu de temps après le tournage de « Empire Falls », il est contraint de renoncer, pour des raisons de santé, à la mise en scène au théâtre du roman « Des souris et des hommes » de John Steinbeck. Le 26 septembre 2008, il décède à son domicile de Westport dans le Connecticut au terme d’un long combat contre la maladie – il luttait depuis trois ans contre un cancer du poumon. Classe, élégant, généreux, Paul Newman le fut jusqu’au bout. Ainsi, il a légué ses trois Oscar, ses trois Golden Globes, son Emmy, et une grande partie de ses prestigieuses récompenses à sa fondation Newman’s Own, qui œuvre pour les plus démunis. Il laisse à jamais le souvenir d’un acteur au grand cœur.

Portrait Paul Newman : Behind Blue Eyes - ScreenTune
Photo prise par Francois Duhamel - © 2002 - Dreamworks LLC - All Rights Reserved

Dandy, gentleman, philanthrope et homme de convictions, il est l’une des figures les plus extravagantes et talentueuses de l’histoire du cinéma. Évoquer Paul Newman, c’est revoir un style, une présence, un regard et une aura magnétique. Un brillant comédien doublé d’une personnalité hors du commun qui a  considérablement marqué les esprits.

Plus qu’un simple acteur, Paul Newman était aussi une belle âme, un homme sensible et altruiste comme en témoigne son implication dans de nombreuses actions caritatives. Tant de qualités qui en ont fait une icône mondiale intemporelle, une source d’inspiration pour beaucoup d’entre nous. Une immense star qui,  malgré le succès, a toujours mis un point d’honneur à garder les pieds sur terre et à mener une existence simple,  entouré de ses proches, tout en mettant sa notoriété au service de la bonne cause.

Bien qu’il ait quitté ce monde depuis quelques années déjà, l’aura de Paul Newman reste intacte. Impossible d’oublier ce feu intérieur qui imprègne chacun de ses rôles, et ces flammes bleues incandescentes dans les yeux qui jamais ne s’éteindront.

Damien Monami – Le 26 janvier 2024.

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