Le compositeur aux mains d’argent

Danny Elfman

Il a toujours participé aux réussites des films dans lesquels il a collaboré, son nom est bien sûr indissociable du grand Tim Burton et de son univers magique et gothique. Ce grand compositeur c’est Danny Elfman, l’artiste qui a réussi à retranscrire à merveille l’imaginaire délirant du cinéaste de « Beetlejuice », d’« Edward aux mains d’argent », de « Batman »  mais aussi auteur du thème des « Simpson » et de beaucoup d’autres compositions qui on fait entrer ce musicien de talent dans la légende collective.

Les bandes originales de Danny Elfman sont à l’image des créations de Tim Burton : mélodieuses, gothiques, fantasques, originales, riches, animées et parfois inquiétantes… Cet artiste issu du milieu du rock est peut-être le seul à avoir réussi à tirer son épingle du jeu dans un monde aussi fermé que celui des musiques cinématographiques.

Particulièrement doué pour les introductions grandiloquentes et monumentales, Elfman est aussi un abonné aux musiques de films inspirés de comics comme l’excellente trilogie « Spider-Man » de Sam Raimi mais aussi « Darkman » et « Dick Tracy » …

Il est temps de vous faire découvrir ce grand compositeur qui nous régale les oreilles depuis de nombreuses années.

  • Bio :

Danny Elfman est né le 29 mai 1953 dans la petite ville d’Amarillo située au Texas. Il grandit cependant dans le quartier de Baldwin Hills, au sud de Los Angeles.

Il est le fils de Milton Elfman (enseignant dans la United States Air Force) et de Blossom Elfman (née Bernstein, une romancière au succès médiocre), il a un frère cadet de Richard Elfman qu’il rejoindra en France en 1971 après avoir quitté le lycée pour se rendre à Paris, jouer du violon dans une compagnie théâtrale Le Grand Magic Circus de Jérôme Savary.

Durant son enfance, ce gamin chahuté pour son physique ingrat, s’est lancé très tôt dans la musique en se construisant tout un univers, une échappatoire dans des rêveries noires et brillantes.

Dans la cave de la maison familiale, il s’est amusé à déformer les mélodies des plus grands comme Jimmy Hendrix ou les Doors avec des instruments rouillés. Un doux rêveur très tôt étourdi d’images et de sons, trouvant refuge dans un cinéma de quartier, se tordant le regard à coups de séries Z et de films de science-fiction fauchés. Il débute sa carrière de musicien au sein du groupe Oingo Boingo de 1979 à 1995 dans lequel il possède la double casquette de compositeur et chanteur.

Il n’avait d’ailleurs à l’origine aucune intention de devenir compositeur. « Si vous m’aviez demandé à 17 ou 18 ans ce que je voulais être », mentionne-t-il, « j’aurais peut-être dit directeur de la photographie ou peut-être réalisateur… mais je n’aurais jamais dit musique ; c’était tout à fait accidentel ».

Même cette passion prend une place énorme dans sa vie au point d’aller jusqu’à arpenter une année durant l’ouest de l’Afrique, les poches vides, les yeux et les oreilles grands ouverts.

À partir de 1980, il décide de se lancer dans une carrière de compositeur de musiques de films avec comme première expérience la réalisation de la bande son de « Forbidden Zone », le premier long métrage réalisé par son frère Richard Elfman.

C’est pourtant en 1985 que Danny Elfman se lance véritablement dans cette carrière de créateur de bande originale avec des œuvres comme « Pee Wee’s Big Adventure » pour lequel il est contacté par Tim Burton, grand admirateur de son travail, première réalisation du cinéaste du futur « Mars Attack », le début d’une collaboration fructueuse.

Le compositeur peut être considéré comme le clone, le double ou le jumeau du réalisateur au genre riche et stylisé, fort d’une imagination débordante, les deux compères se complètent à merveille et fondent une complicité esthétique quasi indéfectible (brisée seulement le temps de l’unique « Ed Wood »). Danny Elfman composera par la suite, toutes les BO des films du cinéaste de « Beetlejuice » en passant par « Batman » et le chef d’œuvre « Edward aux Mains d’Argent » en 1990 notamment.

Les compositions d’Elfman affichent des personnalités si singulières et une atmosphères hantés qui scient à merveille à l’univers ténébreux de certains réalisateurs et supportent même aisément d’être appréhendées sans le soutien de l’image.

La preuve puisqu’il entame dès 1990 une collaboration avec Sam Raimi, un autre cinéaste à la filmographie bien trempée, grâce à « Darkman », il écrit ensuite le thème de « L’armé des ténèbres » pour « Evil Dead 3 » en 1992 (la bande son est pourtant signée Joseph LoDuca, le compositeur des deux précédents « Evil Dead »).

Les années suivantes, Elfman signe de notables réussites puisqu’il compose deux de ses meilleures mélodies avec « Batman, le Défi » en 1992 et le poétique et sublime « L’Étrange Noël de Monsieur Jack » écrit et produit par Tim Burton en 1993.

Deux BO phares et cependant radicalement différentes dans leur approche musicale qui brillent toutes deux d’un génie mélodique et rythmique sans précédent.

Pour le second cité, il demandera même d’être inscrit comme co-auteur de l’œuvre, ce que Burton refusera catégoriquement puisque l’histoire s’inspire d’un poème écrit lorsque le cinéaste travaillait encore chez Disney.

Le compositeur s’embrouille alors avec le réalisateur, qui fera appel à Howard Shore pour composer la musique de son très réussi « Ed Wood » en 1995.

Danny Elfman va de son côté s’émanciper du monde ténébreux de Tim Burton et se tourner vers d’autres projets avec des réalisateurs talentueux. Le compositeur élargit sa palette en touchant à des genres différents comme le drame avec « Sommersby », « Black Beauty », « Dolores Claiborne », le film d’action avec « Mission : Impossible » de Brian De Palma ou encore la comédie, pour Peter Jackson avec « Fantômes contre Fantômes ».

Tim Burton va néanmoins revenir très vite rechercher son collaborateur préféré, celui-ci ne supportant plus l’idée d’être séparé de son acolyte, ils refont équipe pour le désopilant « Mars Attacks » en 1996.

Elfman rempile donc sans animosité et écrit l’une de ses partitions les plus délirantes, très fortement inspirée des compositions fantastiques de l’un de ses modèles Bernard Herrmann (le compositeur d’Hitchcock sur « Psychose » et « Vertigo » notamment), que Elfman n’hésite pas à citer comme une de ses influences principales tout comme Nino Rota (« Le Parrain »).

En 1997, Elfman continue d’explorer le film « Men In Black » pour lequel il reçoit sa première nomination aux Oscars, puis « Flubber ».

En 1998, il écrit la magnifique partition de « Good Will Hunting » de Gus Van Sant porté par Robin Williams, Ben Affleck et Matt Damon, mélodie qui sera nommée aux Oscars.

En 1999, il retrouve Tim Burton pour le cultissime « Sleppy Hollow » soutenu par Johnny Depp dans lequel il continue d’affiner son style orchestral.

Désormais vrai maître dans l’art de l’orchestration symphonique massive (aidé de son orchestrateur attitré et collaborateur de toujours, Steve Bartek batteur dans le groupe Oingo Boingo), il écrit une partition guerrière et entraînante pour le remake de « La Planète des Singes »de Tim Burton en 2001. Le film fera malheureusement un flop dont il se remettra l’année suivante en composant la musique du sublime premier volet de la trilogie « Spider-Man » pour Sam Raimi dont il signera également la suite tout en laissant sa place à Christopher Young sur le troisième volet en 2007.

Un carton pour le compositeur qui peut désormais tout se permettre à Hollywood et passe maître dans les BO de super-héros puisqu’il composera l’année suivante celle de « Hulk » mis en scène par Ang Lee en 2003.

En 2004, il retourne à ses premiers amours avec le conte fantastique « Big Fish » pour Tim Burton. Une splendide fable magique sur l’imaginaire et l’amour dont les mélodies du compositeur épousent parfaitement les envolées magiques et nostalgiques de son réalisateur. Un succès qui rapporta 4 nominations aux Golden Globes et un succès au Box-Office de plus 120 millions de dollars.

L’année 2005 est riche de deux collaborations des deux compères d’abord « Charlie et la Chocolaterie », où Elfman livre une ouverture musicale encore une fois magistrale, puis « Les Noces Funèbres » copie visuelle et musicale de « L’Etrange Noël de Monsieur Jack », où le compositeur nous offre cependant de superbes thèmes et quelques passages mémorables (l’ouverture, la mélodie au piano, la scène de la forêt).

On retiendra également que Danny Elfman a composé les thèmes de quelques séries TV assez connues, telles que « Les Contes de la Crypte » à la fin des années 80, et surtout le générique de la célèbrissime série américaine d’animation réalisée par Matt Groening : « Les Simpsons » et celle aussi de « Desperate Housewives ».

Le Top 10 de ses Bandes Originales :

10. « Men in Black » (1997) de Barry Sonnenfeld :

Réalisé par un autre cinéaste que Tim Burton, son compère de toujours, et composée la même année que la partition pour « Good Will Hunting » nommée pour la meilleure musique aux Oscar, la BO de « Men in Black » fut elle aussi nommée aux Golden Globes. Elfman imprime un solide tempo à cette mélodie fantasque qui fonctionne comme un contre-la-montre afin de montrer cet état d’urgence tout au long du thème. Il y ajoute quelques notes de machine à écrire en arrière-plan pour offrir une combinaison fantastique de folie et d’imaginaire pour accompagner ce monde infesté d’aliens.

9. « Les Simpson » (1989) de Matt Groening :

Peut-être sa mélodie la plus célèbre et pourtant très peu de personnes font réellement le lien entre le générique de la famille préférée des Américains et le compositeur. 

Danny Elfman a pourtant composé plus de 75 musiques de films, chacune prenant des mois, mais il affirme que la pièce dont on se souvient le mieux est celle qui lui a littéralement pris un jour. Il s’agit de l’air du générique de l’émission de télévision probablement la plus réussie de tous les temps. Un chef d’œuvre tachycardique et rythmé qui dépeint à merveille toute la folie et la drôlerie de cet univers culte.

Et comme il le dit lui-même : « C’est probablement ce qu’ils mettront sur ma pierre tombale :  il a écrit les Simpsons ».

8. « Good Will Hunting » (1997) de Gus Van Sant :

Il s’agit de la seconde collaboration entre Danny Elfman et Gus Van Sant après « Prête à tout » et avant le remake de « Psychose ». Le compositeur obtient avec cet exercice sa première nomination aux Oscars en 1998 pour sa partition. À la fois douce, mélancolique et tragique, cette BO épouse parfaitement les thématiques de l’œuvre.

Celle-ci nous fait ressentir toutes les émotions des personnages et nous embarque subliment dans un film qui ne laissera personne indifférent, bien aidée il est vrai par la performance vocale d’Elliott Smith nommé aux Oscars pour la « meilleure chanson originale ».

7. « Sleepy Hollow » (1999) de Tim Burton :

Septième collaboration entre Elfman et Tim Burton dans lequel il signe un conte gothique qui rappelle merveilleusement les célèbres productions de la Hammer. Le compositeur offre une partition dans laquelle il joue habilement avec différentes tonalités de clair et de sombre sur des thèmes similaires. Dans ces mélodies, le public peut ressentir grâce aux timbres aigus et plus graves le duel que se livre le bien et le mal.

La texture orchestrale fait véritablement penser à une comptine que l’on raconte aux enfants pour les effrayer. C’est là tout le talent de Danny Elfman qui trouve le juste dosage pour faire cohabiter ces éléments avec simplicité, et donne toute son importance au personnage surnaturel du cavalier, tueur sans pitié malgré lui.

6. « Batman, le Défi » (1992) de Tim Burton :

Le deuxième film de Tim Burton sur le Chevalier noir et considéré par beaucoup comme meilleur que celui de 1989 pour plusieurs raisons. La première pour la performance iconique de Michelle Pfeiffer en Catwoman et celle de Danny DeVito en Pingouin. La deuxième pour son ambiance plus sombre et effrayante.

La troisième pour la performance musicale de Danny Elfman qui signe une bande son revenant aux instincts primitifs d’une société déshumanisée. Les deux âmes torturées que sont les deux ennemis de la chauve-souris trouvent respectivement une échappatoire dans la violence et le complot. En rapprochant les deux monstres au justicier de Gotham, Danny Elfman insuffle une dimension expressive supplémentaire à l’univers graphique de Tim Burton.

5. « Spider-Man » (2002) de Sam Raimi :

Seconde collaboration entre Sam Raimi et Danny Elfman après « Darkman » en 1990 et carton plein pour le compositeur. La mélodie qu’il compose épouse superbement l’ambiance et l’univers dépeint par Sam Raimi. À la fois mélancolique, innocente et rythmée, elle imprime un tempo à l’image du personnage principal campé par Tobey Maguire.
Un style orchestral très réussi proche de « Darkman » et de « Batman », superbement intégré au film auquel il apporte tout son lot d’émotion, d’action et de tension.

4. « Beetlejuice » (1988) de Tim Burton :

C’était la deuxième fois que Danny Elfman signait la BO d’une œuvre de Tim Burton et quelle BO ! Le ton du film est immédiatement donné par le thème principal et reconnaissable dès les premières notes par les sons caractéristiques du piano, des cors, des cordes et des orgues tout au long du film. Le sentiment de mort imminente, mais d’une manière étrangement légère, est évoqué dès le début dès que l’on entend l’extrait de « Day-O » de Harry Belafonte, interrompu par un changement de son mélancolique (mais harmonieux).

« Beetlejuice » est l’exemple parfait de l’osmose qui existe entre Tim Burton et Danny Elfman. Le premier créée un monde gothique ténébreux et le second fournit une toile de fond musicale qui dépeint parfaitement l’atmosphère sous-tendue par des mélodies entrainantes. Une belle définition de la vie après la mort, n’est-ce pas ?

3. « Batman » (1989) de Tim Burton :

Peut-être la musique la plus célèbre du compositeur, « Batman » marque la troisième collaboration de Danny Elfman à l’univers cinématographique de Tim Burton.

Le thème principal devait seulement apparaître à l’ouverture du film, mais le cinéaste la trouvait tellement sublime qu’il décida de l’intégrer au cœur du long métrage.

Elle est devenue si populaire que des éléments de celle-ci ont servi à l’introduction de la fantastique sérié animée Batman de 1992.

Cette mélodie reste à jamais gravée dans les mémoires grâce à son fameux motif de 5 notes sur des cuivres sombres, Elfman crée pour le générique de début une ambiance de mystère nocturne à l’image du Justicier, mystérieux et inquiétant.

L’illustration parfaite du film de Tim Burton !

2. « Edward aux mains d’argent » (1990) de Tim Burton :

Entre les deux aventures du Justicier de Gotham, le duo Elfman/Burton abandonne le sombre univers de Gotham pour celui de la poésie et du conte pour enfants. Une quatrième collaboration avec Burton pour Elfman qui considère cette BO comme son travail le plus personnel.

Une œuvre sentimentale et émotionnelle qui correspond parfaitement aux personnages dépeint à l’écran. Les compositions d’Elfman, associées au talent d’un orchestre de 79 musiciens ont été nominées pour un Grammy en 1992.

1.« L’Étrange Noël de Monsieur Jack » (1993) de Henry Selick :

Une enchanteresse comédie musicale débordante d’imagination grâce à des décors étonnants qui évoquent le meilleur de l’expressionisme allemand et soutenue par les mélodies somptueuses de Danny Elfman. Il est d’ailleurs très largement impliqué dans la conception même du film puisqu’il est l’auteur de la musique originale, mais aussi des chansons (et de leurs textes, qu’il interprète à travers la voix de Jack en VO dans le film) et d’une partie du scénario.

Le compositeur offre des morceaux qui accentuent parfaitement les thèmes abordés dans le film, tout en étant parolier et interprète lui-même de Jack dans ses passages chantées.

Des choix musicaux qui varient de moments lyriques en passant par le blues dans une allure de parade macabre avec ses cuivres et ses grosses caisses dans des arrangements originaux et des mélodies incongrues aux changements de rythmes répétés. Un véritable prouesse et un talent de chanteur indéniable ! 

Copieusement moqué à ses débuts par les critiques et la profession, Danny Elfman a su prouver à tous qu’il était un autodidacte atypique et accompli. Au fil des ans, il est devenu l’un des compositeurs les plus demandés dans le milieu des musiques de films.

Compositeur désormais reconnu pour sa superbe collaboration avec Tim Burton, deux artistes qui se complétant à merveille et dont Elfman aura signé les plus belles mélodies de son binôme.  

Pour Danny aux mains d’argent comme pour le cinéaste, le combat pour être reconnu durera éternellement mais une chose est sûre, l’artiste fait partie intégrante de son univers gothique et ténébreux. Deux artistes indissociables l’un de l’autre pour notre plus grand plaisir.

NB : Pouvaient aussi être cités :

  • « Pee-Wee’s Big Adventure » (1985) de Tim Burton
  • « Dick Tracy » (1990) de
  • « Mission : Impossible » (1996) de Brian De Palma
  • « Mars Attack » (1996) de Tim Burton
  • « La Planète des singes » (2001) de Tim Burton
  • « Big Fish » (2004) de Tim Burton
  • « Desperate Housewives » (2004-2012) de Mark Cherry
  • « Harvey Milk » (2008) de Gus Van Sant
  • « Alice au pays des merveilles » (2010) de Tim Burton

Julien Legrand – Le 29 mai 2020

Sources : 

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