Des Hommes d’honneur

Les Sept de Chicago

Les révolutions des minorités et les pamphlets anti-guerre sont légions dans le cinéma américain et « Les Sept de Chicago » ne fera pas exception à la règle, attendez-vous à des joutes verbales, des injustices et des personnages horribles ou porteurs d’idéologies.  Ces dernières années nous avons vu passé des œuvres comme « La Voie de la Justice » qui dépeignait le traitement des afro-américains dans le couloir de la mort et « Detroit » traitant des émeutes raciales survenues dans la ville du Michigan en 1967.

Cette fois, nous partons dans l’Illinois à Chicago mais 1 an plus tard en 1968 ; là où va survenir une répression policière à l’encontre de manifestants venus faire entendre leurs voix au Congrès et dont découlera un procès pour conspiration.

Mis en image par Aaron Sorkin et porté par un gros casting (Eddie Redmayne, Mark Rylance et Joseph Gordon Levitt), « Les Sept de Chicago » était d’abord attendu au cinéma sous l’égide de Paramount mais en raison de la crise sanitaire, il est passé sous étendard Netflix. Une belle pioche pour la plateforme de streaming.

Retour sur un projet de longue haleine mais aussi un des meilleurs films du catalogue du géant du streaming.

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.

Synopsis :

Lorsque la manifestation en marge de la convention démocrate de 1968 tourne à l’affrontement, ses organisateurs sont accusés de conspiration et d’incitation à la révolte.

  • Mis en cave depuis 2008 :

Quelle carrière pour Aaron Sorkin, considéré dans la profession comme un des plus grands scénaristes de sa génération. Une évidence quand on regarde le CV de l’Américain de 59 ans, avec des séries comme « À la Maison Blanche » pour laquelle il écrivait jusqu’à 20 épisodes tout seul par an et « The Newsroom » mais aussi des œuvres comme « The Social Network » de David Fincher ou encore « Le Stratège » et « Steve Jobs ».

Après avoir décroché un Oscar de « meilleur scénariste » pour le film sur Facebook, Sorkin décide de passer derrière la caméra avec sa première réalisation « Le Grand Jeu » porté par Jessica Chastain, un premier essai réussi qui lui donne la confiance pour replonger dans un projet entamé depuis 2008 et qui lui tient à cœur : « Les Sept de Chicago ».

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.

Grand amateur de dialogues affûtés et de grandes joutes oratoires, on a pu notamment admirer son sens de l’écriture dans son premier scénario « Des Hommes d’honneur » avec Cruise et Nicholson, Aaron Sorkin rédige une première ébauche du scénario sous la houlette de Steven Spielberg.

Malheureusement la grève des scénaristes bat son plein et le projet est abandonné dans un carton avant que certaines rumeurs rattachent Paul Greengrass ou encore Ben Stiller au projet.

C’est finalement le réalisateur de « Jurassic Park » qui ressuscite le film en 2018 et propose au scénariste de prendre en main le projet derrière la caméra.

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.
  • Un grand film de procès :

Nous ne sommes presque pas étonnés de voir débouler « Les Sept de Chicago » ce 16 octobre sur Netflix alors que les tensions sociales et la course à la Présidence font rage aux Etats-Unis.

Alors que ces émeutes de 68 auront marqué les deux camps (démocrates et républicains), le film d’Aaron Sorkin est un bon moyen de raviver les tensions et de faire prendre conscience au public qu’au fond, rien n’a véritablement changé.  Le réalisateur – scénariste nous offre un véritable film de procès mais aussi un immense pamphlet politique grâce à des dialogues hauts en couleurs qui inondent l’écran dans des plaidoyers riches en rebondissements, en questionnements mais aussi en injustice et impartialité.

Aaron Sorkin prouve une nouvelle fois qu’il est dans son élément en clouant au pilori le système judiciaire américain et son impartialité (mis en exerce par Frank Langella tout simplement incroyable dans le rôle du juge Hoffman).

Même si on peut reprocher au « Les 7 de Chicago » une mise en scène scolaire et très classique, le cinéaste parvient à maintenir sa tension et les enjeux par un montage habile et puissant afin de questionner le spectateur sur ce système judiciaire visiblement corrompu face à cette idéologie d’une lutte à vocation non-violente.

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.
  • Le passé et le présent ne font qu’un :

Une œuvre didactique mais qui tire aussi la sonnette d’alarme sur l’administration Trump et sa ligne directrice qui reste en concordance avec la politique de 68 sous Nixon.

Un parallèle entre l’histoire et l’actualité contemporaine qui fait froid dans le dos et sur lequel Sorkin appuie dans son montage en incluant des images d’archives qui ré-ouvrent des blessures profondes mais donnent également corps à son propos.

Des flashbacks qui viennent rétablir la vérité des convictions profondes des prévenus face au système américain qui ne cesse de déformer les faits pour gagner le procès. Voilà tout le talent du réalisateur et scénariste, jouer avec les nerfs du spectateur face à cette injustice qui se déroule sous nos yeux ébahis. Sorkin parvient à la rendre encore plus énervante en mettant ses personnages principaux à mal notamment dans la sublime scène du contre-interrogatoire entre Eddie Redmayne et Mark Rylance.

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.

Grâce à son montage et à sa narration, le film nous déstabilise face à ses vérités cachées dans lesquelles chaque mot, chaque geste offrent un torrent d’émotion et de rage. Avec cette reconstitution méticuleuse et captivante, « Les Sept de Chicago » offre donc un criant reflet de la réalité.

Même s’il a été réalisé avant cette année 2020 chaotique, les luttes politico-sociales qui embrasent toujours le pays de l’oncle Sam n’en reste pas moins une preuve que le passé rattrape l’actualité.

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.

Un tel cri d’alarme sorte de poing levé en direction des hautes institutions américaines à l’approche des prochaines élections présidentielles paraît logique. Pour appuyer de tels propos, il faut bien sûr des dialogues puissants mais que seraient-ils sans un casting incroyable. Les comédiens embrasent et donnent corps au message politique des « Sept de Chicago ». Mentions spéciales d’abord à un trio absolument brillant : Sacha Baron Cohen, Eddie Redmayne et Mark Rylance.

Le premier est tout simplement bluffant dans la peau d’Abbie Hoffman révolutionnaire, showman et tête pensante du « Youth International Party », surnommé « yippies » aux convictions pacifiques. Le second déjà oscarisé pour « Une Merveilleuse histoire du temps » est une nouvelle fois très à l’aise dans une composition dramatique dans le rôle de Tom Hayden, membre de la Nouvelle Gauche et d’associations étudiantes pacifistes. Quant au dernier, lui aussi oscarisé pour « Le Pont des espions » de Spielberg, il incarne à merveille l’avocat des prévenus offrant une nouvelle prestation toutes en nuances mais riche de convictions.

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.

On retrouve également parmi les accusés, John Caroll Lynch vu dans « Zodiac » (David Dellinger), Jeremy Strong aperçu dans « Le Juge » (Jerry Rubin), Noah Robbins (Lee Weiner), Daniel Flaherty (John Froines) et Alex Sharp (Rennie Davis), qui se montrent également tous à leur avantage.

Il faut aussi y ajouter Yahya Abdul-Mateen II, aperçu en « Black Manta » dans « Aquaman » et excellent aux côtés de Regina King dans la série « Watchmen », dans le rôle de Bobby Seale, co-fondateur du « Black Panther Party » à qui il fournit à merveille cette interprétation lourde de sens aujourd’hui (on pense au mouvement « Black Lives Matter » et à George Floyd). Déjà cité précédemment, Frank Langella est tout simplement hallucinant dans le rôle du terrible et partial Juge Hoffman, le trop peu présent Joseph Gordon-Levitt dans le rôle du procureur Richard Schultz et une petite surprise de Michael Keaton qu’on adore toujours autant.

Bref le casting offre une résonance incroyable aux dialogues de Sorkin et pourrait d’ailleurs être consacré aux prochains Oscars.

Critique « Les Sept de Chicago » (2020) : Des Hommes d’honneur. - ScreenTune
© 2020 Netflix, Inc.

« Les Sept de Chicago » est un grand film de procès captivant porté par des dialogues exceptionnels et des comédiens fabuleux. Un des meilleurs films de l’année 2020 et un concurrent sérieux pour les Oscars.

Malgré une mise en scène un peu trop scolaire, Aaron Sorkin livre un pamphlet électrisant et qui tire à balles réelles sur le système judiciaire américain grâce un montage ingénieux et une reconstitution historique brûlantes et révoltantes des enjeux politiques.  

Un écho cruel et horrifiant de l’actualité qui marque considérablement la rétine !

Note : 8/10

Julien Legrand– Le 25 octobre 2020

Sources Photos :

  • Copyright Netflix : https://www.imdb.com/title/tt1070874/mediaindex?ref_=tt_pv_mi_sm

Vous pourriez aussi aimer :

Critique « Mank » (2020 : Il ne Mank rien ! - ScreenTune

Critique « Mank » (2020) : Il ne Mank rien !

6 ans après « Gone Girl », Fincher réalise son premier film Netflix avec « Mank » pour nous raconter l’histoire du scénariste Herman J. Mankiewicz interprété par Gary Oldman.
Un concurrent sérieux pour les Oscars qui échappent à Fincher depuis tant d’années ? Verdict !

Lire plus »

contact.screentune@gmail.com