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Hot Fuzz

Après « Shaun of the dead » en 2004 (pseudo comédie romantique devenue culte avec des zombies), Edgar Wright signait en 2007 en compagnie de sa fine équipe anglaise emmenée par Simon Pegg et Nick Frost un second film intitulé « Hot Fuzz ». Une parodie des films d’action américains qui continue la désopilante trilogie du cornetto qui s’achèvera en 2016 avec « Le Dernier Pub avant la fin du monde ».

Cette jolie bande de copains, véritables « nerds » de la culture populaire ont réussi à brasser leur patrimoine cinématographique dans ces trois films grâce à un univers adulescent, référentiel et réjouissant qui se rapproche vraiment du maître ultime, Qentin Tarantino.

Mais pourquoi « Hot Fuzz » est-il si populaire et a clairement installé Edgar Wright, Simon Pegg et Nick Frost comme un trio visionnaire du cinéma anglais ? Élément de réponse.

Synopsis :

À Londres, le policier Nicholas Angel est le meilleur de son équipe. Tellement bon qu’il fait passer ses collègues pour de simples gardiens de la paix. Le chef de la brigade décide donc de le “promouvoir” dans le petit village de Sandford, où il ne se passe rien. Aux côtés du policier local Danny Butterman qui rêve de devenir Mel Gibson, Nicholas règle quelques contraventions sans grand intérêt. Une série de crimes étranges va le remettre dans l’action…

Dans ce qui ressemble plus à un hommage qu’à une parodie des films d’actions des années 80 et 90, « Hot Fuzz » frappe fort, très fort même. Edgar Wright et Simon Pegg ont l’intelligence d’inscrire un genre, avec un humour très anglais, dans le quotidien comme dans leur précédent film « Shaun of the dead » sorte de démarquage comique du film d’horreur transposé ici dans l’univers du thriller policier.

Dans « Hot Fuzz », le futur cinéaste de « Baby Driver », recontextualise le film d’action US (allant de « L’Arme fatale » de Donner au « Die Hard » de McTiernan, tout en empruntant également quelques références à « Bad Boys » de Michael Bay et au « Point Break » de Kathryn Bigelow) via l’histoire d’un flic trop doué expédié dans un village trop tranquille.

Wright signe avec ce second volet de sa trilogie un film riche mêlant plusieurs genres tel le thriller, le « buddy movie », la comédie, l’horreur et même le western spaghetti façon Sergio Leone.

Sans en avoir l’air, sur le ton de la plaisanterie, le film pose de vraies questions et brasse de nombreux thèmes comme l’ambiguïté morale des bonnes intentions, les relations père-fils sous l’angle du souffle shakespearien de George Lucas sur fond de thriller et de chasse à l’homme.

Au niveau de son histoire, même si celle-ci ne révolutionne rien, « Hot Fuzz » prend le temps de plonger son public dans cette petite bourgade aux allures de village bien tranquille avant que des meurtres sordides ne secouent tout cet équilibre. Wright préfère dépeindre avec calme et minutie son récit tout en développant avec humour ses personnages.

D’abord le héros monomaniaque incarné par l’hilarant Simon Pegg et son gros collègue benêt mais sensible campé par le non moins génial Nick Frost.
Un duo comique à l’alchimie pétillante et que le public est heureux de redécouvrir après « Shaun of the dead ».

Etonnamment, l’action promise comme dans tout bon film d’action américain n’arrive que bien plus tard. Pourtant, une fois que le long métrage de Wright accélère, on est littéralement happé et scotché à son siège devant ces courses poursuites effrénées, ces fusillades comme si l’on sortait tout droit d’une péloche de John Woo et bien sûr, les scènes de pub dans lesquels nos protagonistes passent leur temps (pas de héros de films d’action sans pauses bières bien entendu).

Dès lors, plus moyen d’échapper à un véritable plaisir coupable devant tant de bruit(s) et de fureur(s) : une bagarre au milieu de la maquette du village, une supérette qui devient le terrain hostile d’une fusillade ; une mamie qui tire sur tout ce qui bouge et des gestes ordinaires (ouvrir une porte, mettre une casquette …) prennent ici une dimension encore plus épique grâce à l’élégante mise en scène d’Edgar Wright.

Tout cela est bien sûr soutenu par un montage bien huilé et des dialogues savoureux qui renforce encore plus le plaisir du visionnage.

On assiste à un déluge de générosité et une vraie bouffée d’oxygène grâce à des situations insolites et des personnages tous plus surprenants les uns que les autres. Le jeune cinéaste distille de nombreuses références à la culture populaires avec une rigueur d’écriture impeccable, un sens de l’humour dévastateur et des caméos absolument géniaux dans lesquels les acteurs s’en donnent à cœur joie (Martin Freeman, Bill Nighty, Steve Coogan, Peter Jackson et Cate Blanchett notamment). Mention spéciale à Timothy Dalton vraiment bluffant et énigmatique à souhait dans sa performance.

Tous ces ingrédients font de « Hot Fuzz » une expérience jubilatoire que tout cinéphile doit au moins savourer une fois.  

« Hot Fuzz » est un film réalisé et joué par des fans pour des fans, une œuvre légère, essentielle, attachante et hilarante qui saura séduire tous les amateurs de films d’action décomplexés par son feu d’artifice délirant.

Le long métrage de Wright est un peu le copain qu’on invite à toutes les soirées parce qu’on sait qu’on va passer un bon moment, un pur concentré de bonheur à consommer sans modération.

Note : 8,5/10

Julien Legrand – Le 5 mai 2019

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