Il Maestro

Ennio Morricone

Pour le moindre amateur de musique de films et le cinéphile, le nom d’Ennio Morricone résonne comme une légende. Un compositeur précurseur d’un style musical contrasté qui est resté longtemps méprisé par nombreux de ses confrères classiques. Ennio Morricone c’est avant tout une réussite artistique indéniable couronnée par un Oscar d’honneur en 2007 et un de la « meilleure musique de film » en 2016 pour « Les Huit Salopards » de Quentin Tarantino. En plus de 60 ans de carrière durant laquelle il a su mélanger mélodies populaires et orchestrations audacieuses, il a composé plus de 500 musiques et a vendu plus de 70 millions d’albums.

Un grand compositeur qu’il était temps de mettre à l’honneur sur ScreenTune.

L’œuvre de Morricone, qui dépasse les 500 compositions, est effectivement on ne peut plus éclectique, de l’univers policier du « Clan des Siciliens » à l’humour de « la Cage aux folles », de l’historique et lyrique « Mission » à l’expérimental « Mission to Mars » de De Palma. « J’ai accepté presque tout ce qu’on m’a proposé, disait le Maestro. « J’ai toujours voulu faire de la musique d’avant-garde, mais il fallait que je gagne ma vie. Je demandais aux réalisateurs de me laisser le maximum de liberté. » Morricone a pourtant su dire non. Non aux sirènes de Hollywood. « On m’avait offert une villa fantastique à Los Angeles, mais j’ai préféré rester en Italie, racontait-il. « Ma famille, mes sœurs et frères, mes enfants vivaient ici. Je suis resté à Rome par affection. »

Morricone vit actuellement toujours à Rome, la ville où il est né et où il a grandi. Le compositeur ne parle que quelques mots d’anglais ou de français. Il n’y a pas plus italien que lui, mais comme le dit l’adage, sa musique est un langage universel. Morricone est d’ailleurs trop facilement cantonné aux westerns de Sergio Leone, comme ce top le prouve, nous l’espérons, sa palette musicale s’étend bien au-delà du cinéma du réalisateur d’« Il était une fois dans l’ouest ». « Ce sont tous mes enfants…toutes les partitions que j’ai faites », dit souvent celui qui a eu une influence considérable sur de nombreux artistes venus de tous genres musicaux :  Yo-Yo Ma, Goldfrapp, Black Sabbath, DJ Premiere, et Metallica ont tous rendu hommage à Morricone à un moment ou un autre. Il est presque au-dessus de tout autre compositeur de musique de film, sauf peut-être Bernard Herrmann et John Williams. Un très grand artiste qui a révolutionné la façon dont nous comprenons les musiques de film.

Armez-vous d’une bonne bouteille de rouge italien et préparez vos oreilles à être bercées par les mélodies les plus mémorables et les plus influentes de l’œuvre stupéfiante du Maestro.

Le Top 10 de la rédaction :

10. « The Thing » (1982) de John Carpenter :

« The Thing » est aujourd’hui considéré comme un classique de l’épouvante mais est aussi l’une des pièces les plus sinistres d’Ennio Morricone. John Carpenter aurait voulu composer la musique de « The Thing » lui-même, en plaquant les nappes de synthétiseurs qui concourent à l’ambiance de ses films anxiogènes. Mais le tournage ne lui en laissait pas le temps. Les producteurs sondèrent d’abord Jerry Goldsmith qui déclina, trop pris qu’il était sur « Poltergeist » de Tobe Hooper et « La Quatrième dimension » de Steven Spielberg.

Le choix se porta finalement sur Ennio Morricone, dont le réalisateur d’« Halloween » était un admirateur. Bien que la légende raconte que Carpenter n’était pas très satisfait du travail de Morricone, n’en utilisant que des bribes dans le montage final, la bande son publiée à l’origine contient des morceaux que le Maestro lui-même a sélectionnés. On vous laisse profiter de l’une des partitions les plus angoissantes du maître, évoquant magnifiquement l’isolement hivernal du décor du film et le suspense fantasmagorique qui plane sur tout long métrage. Une BOF dont les titres donnent un aperçu de l’ambiance : Contamination, Bestialité, Stérilisation, Désespoir….

Recommandé avec les écouteurs allumés et les lumières éteintes.

9. « El mercenario » (1968) de Sergio Corbucci et « Kill Bill Vol 2 » (2004) de Quentin Tarantino :

Pourquoi deux films nous direz-vous ? Et bien parce que le thème en question, « L’Arena » a été popularisé par Quentin Tarantino dans « Kill Bill 2 », cette mélodie a en fait été écrite par Ennio Morricone pour un western de 1968 de Sergio Corbucci, son autre réalisateur fétiche, intitulé « Il Mercenario ».

En bon fan du cinéma de genre, Tarantino a d’ailleurs allègrement puisé dans le répertoire du Maestro pour illustrer ses films. Se montrant largement moins intéressé par des compositions originales dédiées avant « Les Huit Salopards ».

La particularité de ce morceau est son sifflement célèbre agrémenté de quelques hautes notes de trompettes. Avec l’aide de Bruno Nicolai, son collaborateur de longue date, Morricone a créé ce superbe thème que le réalisateur de « Pulp Fiction » a plus tard incorporé à son film.

8. « Mon Nom est Personne » (1973) de Tonino Valerii :

Le grand maestro italien signe une fois de plus un petit chef-d’œuvre pour « Mon Nom est Personne ». Visiblement très inspiré par l’émotion et l’humour du film de Tonino Valerii (mais écrit par Sergio Leone), Morricone nous propose une partition fraîche, drôle, inventive, lyrique et poignante, avec pas moins de trois thèmes majeurs tout aussi mémorables les uns que les autres.

7. « Le Professionnel » (1981) de Georges Lautner :

Belmondo, son flingue, la réalisation de Georges Lautner, les dialogues de Michel Audiard et bien sûr le thème musical d’Ennio Morricone : « Chi Mai ». Il est rare qu’une musique de film transcende le long-métrage qu’elle est censé mettre en valeur. C’est pourtant le cas avec ce superbe morceau inspiré du second mouvement du Concerto pour clavecin en ré minuteur de Bach et initialement composé pour le film « Maddalena » (réalisé par Jerry Kawalerowicz en 1971), le morceau fut choisi par Bebel lui-même.

Il n’en demeure pas moins que ce film fut une authentique réussite commerciale (5,2 millions d’entrées) lors de sa sortie en 1981.

Et « Chi Mai », qui rencontra un énorme succès en single, fut logiquement certifié disque d’or cette année-là devant les Rolling Stones et leur chanson « Tattoo You ».

6. « Pour une poignée de dollars » (1964)

Morricone eut notamment l’idée révolutionnaire d’introduire la guitare électrique sur la première de ses collaborations avec Leone, « Pour une poignée de dollars », dont le thème principal est influencé par une chanson de Woody Guthrie, Pastures of Plenty.

Ce film inaugura en 1964 « la Trilogie du dollar », que complétaient « Et pour quelques dollars de plus » (1965) et « Le Bon, la Brute et le Truand » (1966). Des œuvres entrées dans l’imaginaire collectif, indissociables de leurs musiques. Sans doute parce que les partitions de Morricone ne se contentaient pas d’illustrer les films : elles les inspiraient. En effet, selon la méthode établie par le compositeur et le réalisateur, la musique était généralement enregistrée avant que la moindre scène soit tournée. Le monteur avait pour mission, ensuite, de s’adapter à la musique.

Avec ses riffs de guitare incroyablement accrocheurs, ses sifflements iconiques, ses orgues d’église, ses partitions de cris, coups de fouets, sifflements et bruits de cloche. Cette bande son qui dépeint parfaitement la composition psychologique du personnage, « Pour une poignée de dollars » est aussi iconique que Clint Eastwood dans son rôle incroyable.

5. « Le Clan des Siciliens » (1969) d’Henri Verneuil :

Jean Gabin, Lino Ventura et Alain Delon sur la même affiche, ça donnait une aura indéniable à un film. « Le Clan des Siciliens », d’Henri Verneuil, méritait une musique à la hauteur de son casting. Ennio Morricone, qui a souvent décrit sa musique comme l’illustration de la douleur chez un personnage, excelle dans les films de gangsters et les thrillers, comme il le démontrera dans « Les Incorruptibles » et « Il était une fois en Amérique ». Le thème principal du « Clan des Siciliens », avec sa guimbarde et son motif de guitare surf, est devenu l’un de ses succès populaires, incontournable des concerts qu’il dirige aujourd’hui. Impossible de ne pas fredonner pendant des heures après l’avoir écouté.

4. « Cinema Paradiso » (1989) de Giuseppe Tornatore :

Le nom de Morricone est surtout associé aux épopées policières, aux westerns et aux giallos, mais ce sont des partitions comme celle qu’il a composée et orchestrée pour « Cinema Paradiso » qui nous font prendre conscience que le Maestro est un génie. C’était sa première musique pour Giuseppe Tornatore, Les deux hommes inaugurent alors un partenariat qui court déjà sur une douzaine de films (le record appartenant aux quinze collaborations avec Mauro Bolognini de 1967 à 1991).

Tous les morceaux sont le reflet d’un amour sans bornes pour le pouvoir qu’a le Septième Art. Sa partition et la classe des orchestrations contribuent parfaitement à l’ambiance de « Cinema Paradiso », le triomphe international de Giuseppe Tornatore.

3. « Il était une fois dans l’Ouest » (1968) de Sergio Leone :

Un harmonica, une symphonie de poche et un hurlement de guitare, électrique, incandescent, qui vient irradier le paysage du grand ouest de cette tumultueuse histoire de vengeance qu’est « Once upon a time in the west ». L’effet de contraste est total, saisissant et résume à lui seul le genre « Spaguetti », outrance expérimentale cinématographique qui s’inspire du western pour mieux le faire muter et aligner les gros plans hypnotiques sur des visages burinés et poisseux de sueur. 

Probablement le thème le plus influent d’Ennio Morricone, qui influença une génération de groupes de hard-rock et des pans entiers de l’histoire du rock, jusqu’à Daft Punk, probablement, notamment sur leur album « Disco Very ». 

2. « Il était une fois en Amérique » (1984) de Sergio Leone :

Dernière collaboration entre deux géants du cinéma du XXe siècle et des amis d’enfance. « Il était une fois en Amérique » est l’un des plus grands succès de Morricone. C’est l’un des quelques exemples où l’on peut aléatoirement mélanger n’importe quel morceau et il sera instantanément reconnaissable, la musique que Morricone a créée pour le chef-d’œuvre de Leone ; aussi épique et émotionnel que le film lui-même.

C’est l’utilisation iconique de la flûte de Pan qui offre ces mélodies sublimes (écoutez l’ouverture de « Childhood Memories » pour un exemple particulièrement perçant) et « Deborah’s Theme » qui immortalise l’ensemble du long métrage. Comme il l’a fait avec « Il était une fois dans l’Ouest », Leone a joué la partition de Morricone sur le plateau afin de mettre les acteurs dans l’ambiance du film, ce qui fait de Morricone en quelque sorte le « co-réalisateur » de l’œuvre. Une belle mélodie pour une expérience cinématographique à couper le souffle.

1.« Le bon, la brute et le truand » (1966) de Sergio Leone :

Pour cette scène où Tuco alias La Brute incarné par Eli Wallach (décédé en 2014) cherche dans un immense cimetière la tombe dans laquelle a été enterrée un butin, Ennio Morricone installe une fausse quiétude avec des cascades de notes de pianos. En contrepoint, une orchestration symphonique et des chœurs ivres s’emballent au fur et à mesure que montent crescendo l’avidité et la fébrilité du personnage.

« Ecstasy of gold » est un des titres les plus connus de la bande-originale de « The good, the bad and the ugly », que Morricone écrivit en amont du tournage de ce film par son ami d’enfance Sergio Leone, futur pape du western italien. Ce titre fut même repris et adapté par le groupe de heavy-metal Metallica, qui l’utilise régulièrement pour introduire ses concerts.

Mentions :

« Mission » (1986) de Roland Joffé :

Avec Robert De Niro et Jeremy Irons, Palme d’or à Cannes en 1986, « Mission » raconte la mission de jésuites espagnols qui se rendent dans une forêt sud-américaine pour évangéliser des indiens Guarani au XVIIIe siècle, et résister aux armées portugaises. Les orchestrations de Morricone empruntent surtout trois traditions disparates : le hautbois et les violons de la Renaissance, la musique sacrée succédant au Concile de Trente, enfin les traditions indigènes. Leur combinaison harmonieuse, symbolisant la force du sacré à la fin du film, est ce que Morricone appellera son « miracle technique » et « une grande bénédiction ».

« Les Incorruptibles » (1987) de Brian De Palma

Ennio Morricone inaugure sa collaboration avec Brian De Palma, qu’il retrouvera pour « Outrages » et « Mission to Mars », au son des fusillades dans le Chicago de la Prohibition, avec Kevin Costner en Eliot Ness, Sean Connery en Jim Malone et Robert De Niro en Al Capone. Pour la sanglante scène finale, le compositeur proposa neuf versions différentes en espérant que le réalisateur ne choisisse pas la septième. Ce qu’il fit, évidemment. « C’est lui qui avait raison », commentera Morricone.

Julien Legrand – Le 10 novembre 2018

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