Un thriller glaçant

Wind River

Une magnifique ascension que celle de Taylor Sheridan (« Sicario 2 ») après les succès critiques et financiers de ses deux premiers long métrages en tant que scénariste avec le haletant « Sicario » du génial Denis Villeneuve et le très surprenant « Comancheria » (on vous en parle bientôt) du talentueux David McKenzie (« Outlaw King »). Sheridan déserte les terres désolées et arides du Texas, de l’Arizona et du Mexique pour les plaines rocailleuses et enneigées du Wyoming avec l’intriguant « Wind River ».

Une nouvelle fois présenté au Festival de Cannes, distingué par le prix de la mise en scène dans la catégorie « Un certain regard » lors de son second passage derrière la caméra. Sheridan s’entoure cette fois, de deux habitués de l’écurie Marvel avec Elizabeth Olsen et Jeremy Renner (« Premier Contact »). Deux membres des Avengers qui quittent donc les grosses productions hollywoodiennes pour un film plus intimiste et dépaysant.

© 2017 The Weinstein Company.

Synopsis :

Cory Lambert est pisteur dans la réserve indienne de Wind River, perdue dans l’immensité sauvage du Wyoming. Lorsqu’il découvre le corps d’une femme en pleine nature, le FBI envoie une jeune recrue élucider ce meurtre. Fortement lié à la communauté amérindienne, il va l’aider à mener l’enquête dans ce milieu hostile, ravagé par la violence et l’isolement, où la loi des hommes s’estompe face à celle impitoyable de la nature…

© 2017 The Weinstein Company

Pour sa troisième plongée dans l’Amérique rurale, le jeune réalisateur offre aux spectateurs un voyage dans les grands espaces glacials du Wyoming où le seul maître mot est une nouvelle fois la survie. Sheridan embarque son audience dans une enquête retorse dans les profondeurs enneigées d’une contrée où la vie est aussi difficile qu’exigeante.

© Courtest of Sundance Institute

De par son scénario, « Wind River » ne révolutionne pas grand-chose dans le genre du thriller policier avec son approche et son ancrage classiques.
Mais là n’est pas l’ambition du projet, c’est une nouvelle fois dans son ambiance que Taylor Sheridan va donner de la force à son récit. Avec le Wyoming comme fabuleux décor, l’état le moins peuplé des Etats-Unis avec un peu plus de 500 000 habitants et un territoire plus grand que la Grèce et le Portugal réunis, le metteur en scène y trouve un parfait terrain de jeu pour perdre un spectateur qui se sent pris au piège de ce paysage blanc.

© 2017 The Weinstein Company

Un personnage presque à part entière, beau et intriguant qui aspire tous les espoirs de ses malheureux habitants.
Un cadre dans lequel la vie s’apparente plus à de la survie, où les conditions extrêmes ne sont supportables que pour les corps rodés et meurtris par les aléas de la vie et où la dureté éprouvante d’un quotidien dont ils se sont accommodés sans autres perspectives.

© 2017 The Weinstein Company

Dans cet environnement sauvage symbole d’une Amérique qui fonctionne à deux vitesses, le sentiment d’abandon est en concordance avec les difficultés de l’existence, comme si l’on observait bouche bée les frontières d’une civilisation amérindiennes laissée pour compte. Et c’est là, la grande qualité de l’écriture de Taylor Sheridan, dernier volet d’une trilogie consacrée aux « frontières américaines modernes » entamée avec « Sicario » et brillamment prolongée avec « Comancheria ».

Malheureusement, dans sa mise en scène, Taylor Sheridan ne peut pas se mesurer à Denis Villeneuve ou David McKenzie, il compense cependant ce déficit de recherche esthétique par un fabuleux talent de conteur d’histoires humaines. Il dépeint parfaitement et avec une grande authenticité les difficultés de ces oubliés, ces meurtres de jeunes femmes non résolus dont les hautes autorités n’ont que faire privilégiant leurs grandes villes.

© 2017 The Weinstein Company

C’est comme si, « La piste du tueur »« Dans la brume électrique » rencontraient « Fargo » et « No Country For Old Men » des frères Cohen, le tout agrémenté de quelques petites touches des séries « Longmire » et « Banshee »,.Le long métrage de Taylor Sheridan est très bien ficelé, haletant et nous prendre à la gorge comme le froid des montagnes du Wyoming avec en apparence son enquête simple mais nourrie par un suspens qui monte crescendo.
Un torrent d’émotion esquissé par l’authentique portrait social dressé de ces laissés pour compte peuplant un monde glacé, d’une violence sèche et effroyable qui éclabousse sans prévenir, comme pour encore mieux dépeindre la dureté sans concession de cet univers loin des villes, aux airs de Far West enneigé.

© 2017 The Weinstein Company

Dans le désespoir et la mélancolie de ces contrées habitées par une souffrance palpable et visible dans chaque respiration et chaque regard, Taylor Sheridan plonge dans l’esprit torturé de ces locaux amérindiens confinés à l’indifférence de tous et qui portent en eux le deuil ainsi que la résignation quant à leur condition précaire.

Et encore une fois, comme ce fut le cas avec « Comancheria », c’est la réalité âpre du regard qui s’imprègne sur nos rétines, au-delà de l’efficacité d’une histoire menée avec habileté et maestria esquissant un savoir-faire indéniable pour concilier le tragique et l’horreur humaine au cœur d’un superbe récit dans lequel se mêle des acteurs qui jouent tous une partition juste et vraie.

© 2017 The Weinstein Company

Imbriquant à merveille sa peinture d’une Amérique désespérée dans une enquête criminelle palpitante aux accents de film sur la rédemption et la revanche. « Wind River » oscille subtilement entre le thriller de bonne facture et le drame d’auteur à forts propos. Une œuvre qui vogue à un rythme étrange entre un style épuré et des pics de violence pour nous dépeindre un portrait du pays de l’Oncle Sam dans lequel la loi se fait rare.

© Cluturarandom.com

Avec « Wind River », Taylor Sheridan démontre une nouvelle fois son talent inné pour raconter des histoires classiques dans des environnements riches de sens mais qui nous collent aux tripes.

Une œuvre brutale, glaçante et cruelle comme la vie elle-même dans cette contrée désolée.

Note : 7,5/10

Julien Legrand – Le 23 mars 2019

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