La guerre selon Frank Castle

The Punisher Saison 1

Véritable révélation de la deuxième saison de « Daredevil » sur Netflix dans laquelle Jon Bernthal crève l’écran dans la peau du Punisher . Il était évident que Frank Castle méritait une série à son éffigie pour explorer sa sombre et complexe histoire.

Netflix avait besoin de retrouver des couleurs après les déceptions « Luke Cage » et « Iron Fist » en attendant sans doute la troisième saison du démon de Hell’s Kitchen. C’est chose faite avec ce super soldat.

Frank Castle débarque sur nos petits écrans armé jusqu’aux dents et prêt à en découdre pour découvrir la vérité sur le meurtre de sa famille.

« The Punisher » est une série portée par le véritable charisme cinématographique de Jon Bernthal, véritable second couteau de luxe de cinéastes renommés (« Sicario » de Denis Villeneuve, « Le Loup de Wall Street » de Martin Scorsese) tout autant qu’il est un squatteur malin du petit écran (« The Walking Dead », « Mob City ») et qui attendait qu’on lui offre enfin un rôle à la mesure de son immense talent.

On se souvient qu’au milieu d’une intrigue qui virait un peu trop aux films de ninjas, l’arc consacré à l’introduction et à l’avènement du Punisher avait suscité l’intérêt dans la seconde saison de « Daredevil ». Une fois n’est pas coutume, Jon Bernthal y déployait un jeu riche d’une quantité de nuances impressionnantes, et se révélait le bloc volcanique de charisme qu’il avait jusqu’à présent échoué à sculpter.

Avec la naissance de son personnage torturé ivre de violence et de vengeance, c’était bien l’aura de l’artiste qui se modifiait en profondeur, presque un sosie de Robert De Niro dans « Taxi driver » à déchirant sociopathe. Physiquement au fait de sa puissance, dopé par une vulnérabilité bouleversante, Bernthal était véritablement la révélation de cette deuxième saison de « Daredevil ».

La Première saison centrée sur Frank Castle un show qui offre un joli déluge d’action couleur vermeil et qui rassure un peu quant à l’investissement de Netflix dans le domaine des super-héros. « The Punisher » est la belle promesse d’un bon gros hit Marvel/Netflix pour les sériephiles fans du justicier à tête de mort.

En faisant de « The Punisher » le récit de l’impossible reconstruction d’un vétéran, en remettant fortement en question l’action de l’armée américaine à l’étranger tout en osant faire de son personnage principal une incarnation de monstre absurde et protéiforme (les tueurs de masse, qui défraient la chronique aux USA), Netflix renoue avec une volonté de proposer une fiction contemporaine qui interpelle.

La série embrasse pleinement la passion maniaque pour l’ultra-violence jouissive de leur héros et offre un grisant thriller à l’action qui fait mal, un polar noir urbain et moderne (son propos est cruellement d’actualité comme dit plus haut), avec un parfum mélancolique sur son exploration de la gestion du deuil et l’utilisation de la douleur et de la colère qui en découle.

L’acteur porte le programme sur ses robustes épaules avec un mélange de fureur explosive et de retenue bouillonnante qui imprime incroyablement bien l’écran.

Cette première saison sous la houlette de Steve Lightfoot envoie suffisamment de petits bois pour captiver son auditoire, et se placer gentiment d’un point de vue qualitatif, derrière les deux premières cuvées du justicier aveugle de Hell’s Kitchen. La mise en scène fait preuve d’inventivité et soigne très bien sa photographie, tout comme on apprécie régulièrement un soin particulier apporté tant à la composition d’image qu’au tempo du montage, presque toujours très stimulant.

Pourtant, si le show remplit parfaitement sa mission de divertissement sur-vitaminé, il est frappé des mêmes tares que tous les autres sortis sous le giron Marvel de la plateforme de streaming.

Si la série sait s’offrir des thèmes forts et si elle interpelle sur l’humanité perdue de son anti-héros avec une belle frontalité, elle a bien du mal à penser sa représentation de la violence.

La série est néanmoins beaucoup trop longue, elle compte treize épisodes alors que huit aurait été amplement suffisants. Le show tourne un peu en rond, la faute à un scénario écrit en quatrième vitesse (ça sonne creux une bonne partie de la saison, même s’il boucle parfaitement l’arc narratif entamé dans « Daredevil »).

Cette première saison souffre d’une intrigue principale qui prend du temps à décoller, empêtrée entre les traumas de son héros et les dossiers noirs de la CIA.

La lenteur de l’ensemble a également pour effet de laisser certaines questions en suspens : certains thèmes se promènent sous nos yeux jusqu’à perdre leur sens.

Une nouvelle fois, Netflix a préféré délayer son intrigue au profit de quelques dollars supplémentaires, plutôt que d’assumer ne pas avoir entre les mains de quoi tenir plus de 5 ou 6 épisodes.

Un traitement plus resserré, beaucoup moins bavard, plus cinématographique, aurait sans doute permis à « The Punisher » de ne pas se perdre dans ses méandres idéologiques et de devenir une vraie référence d’action télévisuelle.

Au final, cette première saison est ce que l’alliance entre Netflix et Marvel aura offert de plus excitant depuis les deux saisons de « Daredevil ». Sommet de nihilisme sanglant tout autant qu’il est un portrait follement empathique d’une figure malade et fascinante à la fois, la première saison de « The Punisher » a beau être bancal par instant, elle n’en reste pas moins un sommet de rudesse captivante et attractive. Une seconde saison est déjà en tournage et on espère qu’elle sera encore plus inspirée et furieuse que la première.

Note : 7/10

Julien Legrand – Le 29 août 2018

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