Ô capitaine, mon capitaine !

Le Cercle des poètes disparus

On peut dire que la poésie n’est pas souvent la matière la plus appréciée à l’école. D’ailleurs, de toutes les formes littéraires, celle-ci est peut-être la plus difficile et la plus abstraite à faire découvrir au grand public.

Il est vrai que quand on pense à la poésie, on se remémore les textes qu’il fallait apprendre par cœur et réciter au tableau lors de la scolarité. Ce qui vient aussi directement à l’esprit ce sont ces clichés bucoliques sur la nature, la beauté et l’amour.

Le cinéma ne s’y est jamais vraiment intéressé avant que Peter Weir ne signe en 1989 « Le Cercle des poètes disparus ». Véritable succès avec plus de 270 millions de dollars de recette. Une œuvre qui résonne encore aujourd’hui comme un symbole d’une jeunesse en recherche d’identité et de liberté.

Synopsis :

Todd Anderson rejoint la prestigieuse académie de Welton. Il devient ami avec le professeur Keating qui s’oppose à l’ordre établi.

« Le Cercle des poètes disparus » reste un classique du septième art car il sait toujours toucher et bouleverser les spectateurs grâce à un sens aigu de la dramaturgie.

Le mérite en revient à un scénario original signé Tom Schulman qui s’est notamment inspiré de sa propre expérience d’enseignant.

Certes, le côté manichéen du récit (les gentils élèves et leur professeur face l’autorité et l’archaïsme borné du système éducatif, de l’école aux parents) paraît encore aujourd’hui criant de vérité. Quant à la morale à base de « Carpe Diem » (« profite du moment présent »), sa simplicité n’est plus à démontrer.

Pourtant grâce à une écriture soignée, le film démontre que la poésie n’est pas qu’un genre littéraire. C’est également une façon importante de placer son regard sur le monde et sa pensée par rapport à celui-ci. Plus qu’une vision, c’est une démarche.

Le long métrage brasse de nombreux thèmes mais parvient cependant à ce qu’ils cohabitent en harmonie pour offrir un grand moment de cinéma gorgé de mélancolie. Un film dont les enjeux sont toujours d’actualité dans notre société : une jeunesse en quête de rêve et de liberté, bridée par les ambitions de leurs pères et par une institution pour qui la carrière et le prestige des hautes fonctions passent au-dessus de la culture et des aspirations personnelles.

Cette introspection est une étape pour tout un chacun, les passions amoureuses, l’émancipation, les devoirs et les désirs représentant des passages obligés vers la vie d’adulte.

Dénonciation de l’arbitraire, apologie de l’indépendance, « Le Cercle des poètes disparus » infuse des valeurs irrésistibles et questionne.

Néanmoins si le scénario joue beaucoup dans la popularité du film, Peter Weir y est également pour quelque chose. Le réalisateur offre ici une mise en scène sobre mais élégante qui met parfaitement en valeur chacun des protagonistes. Une réalisation qui fait la part belle aux émotions tout en restant proche de ses personnages. La fabuleuse scène de poursuite en caméra fixe qui tourne sur elle-même dans la chambre de Neil Perry (Robert Sean leonard) et Todd Anderson (Ethan Hawke) lorsque celui-ci saute sur les lits avec les notes de son condisciple reste un merveilleux moment de camaraderie.

Un telle maitrise de la part de Peter Weir n’est pas surprenante, le réalisateur est au sommet de son art après la mise en scène de « Witness » en 1984 et « Mosquito Coast » en 1985, tous deux avec Harrison Ford. Le cinéaste connaît son sujet par cœur et arrive à le sublimer. Ce qu’il fera à nouveau avec « The Truman Show » en 1998 en compagnie de Jim Carrey.

C’est d’ailleurs lui qui a l’excellente idée de choisir Robin Williams pour le rôle de Monsieur Keating alors que Dustin Hoffman ou Bill Murray étaient pressentis pour incarner le personnage.

Robin Williams éclaire de l’intérieur ce mentor facétieux, incisif et discret dans les mains duquel se forme une fervente génération de contestataires. On connaît bien sûr les talents de l’acteur pour passer du rire aux larmes, il représente ici un vrai idéal de pédagogie. Il est la voix de la conscience culturelle, qui pousse à la remise en question ; un guide poétique que chaque élève rêve d’avoir un jour comme professeur.

L’interprète de « Madame Doubtfire » campe ce personnage avec force et sincérité. Une performance qui lui vaut une nomination bien méritée aux Oscars en 1990 dans la catégorie « meilleur acteur ».

La sensibilité dégagée par l’acteur n’irradie pas seulement l’écran, elle contamine également le casting des étudiants. Ses disciples suscitent, tout comme leur mentor, la tendresse et l’empathie du spectateur. On se prend véritablement d’affection pour ces poètes disparus qui combattent chacun leurs propres démons.

Un groupe hétérogène porté par un bel esprit fraternel, par l’amour pour la vie, pour une fille ou pour un art. Ces étudiants de la prestigieuse et austère académie de Welton évoluent et grandissent pour devenir les hommes qu’ils désirent être. Une petite tribu brillamment mise en valeur par la vulnérabilité d’Ethan Hawke et la sensibilité de Robert Sean Leonard, le martyr de cette communauté alternative d’apprentis orateurs.

Un casting de grands talents pour une histoire tout aussi belle que tragique, au sublime final devenu mythique avec son «Ô Capitaine, mon Capitaine » et son efficacité émotionnelle toujours bien réelle grâce à la bande originale enivrante de Maurice Jarre.

Presque trente ans après sa sortie, « Le Cercle des poètes disparus » n’a rien perdu de sa puissance évocatrice grâce à un récit poignant et des comédiens épatants. Une œuvre qui diffuse toujours son message d’espoir : « assumez vos têtes ! » dit-il. « Il n’y a pas de poésie sans armes, armez-vous ! » « Sortir du rang se mérite ! ». Attention tout de même aux dérives de ce genre de discours, le film poursuit un idéal par toujours en accord avec les devoirs que nous impose le réel.

« C’est dans ses rêves que l’homme trouve la liberté, cela fut, est, et restera la vérité ». Une citation qui résonne encore aujourd’hui et qui reste d’actualité pour un film qui l’est tout autant. Un incontournable pour tout amoureux du cinéma et défenseur de la liberté de choix.

 Note : 9/10

 Julien Legrand – Le 13 octobre 2018

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