La face cachée de la Lune.

First Man

Après deux films à caractère musical dont le succès planétaire de « La La Land » qui lui a permis de devenir, à 32 ans, le plus jeune de l’histoire à être auréolé de l’Oscar du « meilleur réalisateur » en 2017, Damien Chazelle est de retour dans un registre très différent. Avec le biopic « First Man », il retrace le parcours au sein de la NASA de Neil Armstrong, premier homme à avoir posé le pied sur la Lune en juillet 1969.

Pour son quatrième long-métrage, le réalisateur franco-américain s’est inspiré du roman éponyme de James R. Hansen, biographie officielle du célèbre astronaute. En plus de décrire l’implication d’Armstrong dans le programme spatial américain, celui-ci nous livre un aperçu touchant de sa vie familiale.

Pour incarner cette légende, Chazelle a fait appel au talentueux Ryan Gosling avec qui il avait déjà collaboré sur « La La Land », tandis que l’épouse de ce dernier est incarnée par Claire Foy, connue pour son rôle d’Élisabeth II dans la série britannique « The Crown ». Le reste du casting tient la route avec des noms comme Jason Clarke ou Kyle Chandler, entre autres.

Synopsis :

Pilote jugé « un peu distrait » par ses supérieurs en 1961, Neil Armstrong sera, le 21 juillet 1969, le premier homme à marcher sur la lune. Durant huit ans, il subit un entraînement de plus en plus difficile, assumant courageusement tous les risques d’un voyage vers l’inconnu total. Meurtri par des épreuves personnelles qui laissent des traces indélébiles, Armstrong tente d’être un mari aimant auprès d’une femme qui l’avait épousé en espérant une vie normale.

Un des rouages essentiels dans la conception d’un film est son entrée en matière, c’est souvent dès les premiers instants que le spectateur accroche au sujet, et ça le jeune cinéaste l’a bien compris. Souvenez-vous de la chorégraphie dans les embouteillages en ouverture de « La La Land ».

Pour « First Man », il nous propose une immersion dans un engin d’essai en pleines turbulences piloté par Armstrong. Filmée de façon très brute, cette scène d’ouverture nous fait ressentir avec maestria toute la tension et l’angoisse que subit le pilote.

Cette façon de filmer est immersive et donne un avant-goût de ce qui attend le spectateur pour chaque scène de mission. Le jeune réalisateur nous offre une plongée au plus près des pilotes et de ce qu’ils ressentaient dans ces engins qu’on ne prendrait même pas pour la route tant ils avaient l’air obsolètes en comparaison avec ce qui se fait de nos jours.

Avec « First Man », il nous propose une expérience maitrisée à la première personne grâce à l’alternance de plans resserrés sur le visage et une superbe utilisation de plans en caméra subjective. Avec cette approche, le spectateur peut ressentir la terreur que peut provoquer les secousses dans la fusée, les bruits de métaux et l’angoisse qui en découle.

Par certains aspects, le nouveau film de Chazelle ressemble à un film d’épouvante. Il emprunte de nombreux codes du genre, notamment dans les bruitages qui vont d’un grincement lors de la fermeture des portes jusqu’aux tremblements des vis lors du décollage. Une expérience incroyable, sensorielle et oppressante lorsqu’on se retrouve coincé dans ces capsules spatiales. Avis aux claustrophobes : accrochez vous !

Comme dans ces précédentes œuvres, la gestion du son pour faire transparaître les émotions des protagonistes à une importance primordiale. Il est parfaitement utilisé pour faire transparaître l’acharnement du jeune batteur poussé au-delà de ses limites par son professeur dans « Whiplash », premier gros succès du réalisateur.

Avec « First Man », il nous fait ressentir toute une panoplie de sensations auxquels doivent faire face les astronautes, notamment celle du vide interstellaire qu’on ressent dans une scène silencieuse où Armstrong sort de sa capsule avant de poser le pied sur le sol lunaire.

Si la mission Apollo 11, ainsi que celles qui la précèdent, est le ciment de l’œuvre, le réalisateur nous propose avant tout un drame familial des plus touchant et c’est finalement cette partie qui confère au film ses nombreux atouts. Si tout le monde a déjà entendu parler des exploits de Neil Armstrong, très peu de gens savent vraiment qui est l’homme derrière ce grand pas pour l’humanité.

On découvre alors un homme meurtri par une terrible épreuve familiale et personnelle qui laisse des traces indélébiles sur sa psyché et dans sa façon d’appréhender son travail au sein de la NASA. On le voit se jeter corps et âmes dans ses différentes missions pour tenter d’oublier cet événement tragique.

Ce drame se révèle alors être le fil conducteur du parcours de cet homme hors du commun. On s’attarde alors sur ses difficultés à extérioriser ses sentiments, notamment auprès de sa femme pour qui il essaye tant bien que mal d’être un mari aimant. Sa vie familiale finit alors par prendre le dessus sur le reste de l’intrigue, reléguant son aventure sur la Lune à une sorte de thérapie à ses maux.

Et comme l’adage veut que « derrière chaque grand homme, se cache une femme », le long métrage nous présente une épouse dévouée à son mari malgré que celui-ci soit de moins en moins présent.  Auprès d’un époux rongé par le drame auquel ils ont dû faire face, elle est d’une bonté à toute épreuve, comme un socle sur lequel il peut se reposer. Dans ce rôle de femme forte, l’actrice Claire Foy révèle un jeu d’une grande finesse et livre une prestation touchante et sensible.

La mise en scène de la vie quotidienne de la famille Armstrong est elle aussi d’une grande maîtrise. La gestion de la luminosité fait directement écho au voyage spatial : les lumières sont toujours tamisées, les pièces de la maison sont ainsi plongées dans une sorte de pénombre semblable à celle qu’affronte les astronautes durant leur périple.

Certaines scènes sont d’une rare beauté comme celle du décollage de la fusée habilement mise en image. Chazelle focalise toute notre attention sur des petits détails comme les goûtes de condensations, la fumée et enfin la déflagration, le tout filmé en très gros plan. On a l’impression d’assister à un levé de soleil quand la navette prend de l’altitude.

Dans une autre scène du même niveau de maîtrise, le réalisateur rend un hommage assez appuyé à Stanley Kubrick et son chef-d’œuvre de science-fiction « 2001 : L’odyssée de l’espace » dont on vous passe les détails afin que vous puissiez l’apprécier pleinement.

La prestation de Ryan Gosling dans la peau de Neil Armstrong ne souffre quant à elle d’aucune contestation. Il est fidèle à lui-même dans un rôle d’homme taiseux auquel il nous avait déjà habitué par le passé, parvenant à faire passer ses émotions sans avoir besoin d’en faire des tonnes, celles-ci étant plutôt intériorisées.

Avec « First Man », Damien Chazelle prouve, s’il le fallait encore, qu’il va falloir compter sur lui à l’avenir. Par la maîtrise de sa réalisation, il s’inscrit dans la lignée de ses illustres ainés et démontre qu’il peut s’attaquer à des thématiques diverses et variées.

Il nous propose un portrait touchant de cet astronaute de légende dont on connaissait finalement peu de chose tout en cassant les codes du biopic classique. « First Man » ne nous raconte finalement pas la conquête de la Lune par l’homme mais bien celle d’un homme cherchant un exutoire à sa peine.

« Chacun de nous est une lune, avec une face cachée que personne ne voit ». (Mark Twain)

Note : 8,5/10

Damien Monami – Le 24 octobre 2018

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