Un pari risqué

Le Pacte des loups

Le cinéma français n’est pas trop réputé depuis quelques années pour nous sortir de grands films marquants. Pourtant, plusieurs cinéastes ont tenté d’insuffler un nouvel élan au Septième Art hexagonal par des prises de risques et des propositions de styles intrigantes. Dernièrement, « Le Chant du Loup » a réussi à nous offrir un vent de fraîcheur intéressant et bienvenu mais le long métrage d’Antonin Baudry n’est pas le premier à avoir tenté le pari. Des films comme « Vidocq », « Babylon AD » et « Les Rivières Pourpres » ont essayé de se démarquer des œuvres françaises classiques.

Le film qui nous intéresse aujourd’hui fait lui aussi partie de ce genre de proposition : « Le Pacte des loups » sorti en 2001, mis en scène par Christophe Gans et soutenu par Vincent Cassel, Samuel Le Bihan, Monica Bellucci, Emilie Dequenne et Jérémy Renier. Une œuvre folle qui aura coûté la bagatelle de 32 millions d’euros mais qui fut un véritable succès avec 5,1 millions d’entrées en France et une belle surprise outre-Atlantique.

Un long métrage pourtant décrié mais un pari fou porté par un beau casting franco-belge.

Synopsis :

Dans la France du 18ème siècle, le chevalier de Fronsac et son ami amérindien sont envoyés pour enquêter sur une centaine de meurtres commis par une bête mystérieuse.

Avec « Le Pacte des loups », Christophe Gans tente de réconcilier tous les cinémas qu’il admire et livre une sorte d’autoportrait cinéphile et le renouveau du film d’aventure français. Des combats au corps à corps, des décors et des costumes d’époque et une bête mystérieuse qui laisse une trainée de cadavres (la Bête du Gévaudan n’ayant jamais été clairement identifiée), un mythe non-élucidé sur fond de complot contre la monarchie, « Le Pacte des loups » possédait tous les ingrédients d’une fresque sombre et aventureuse made in France.

Pourtant, le cinéaste n’en était qu’à son second coup d’essai derrière la caméra, il n’avait réalisé que « Crying Freeman » en 1995, pour ainsi dire un novice avant « Le Pacte des loups » dont l’’idée de scénario est née au sein même des studios de « Canal+ Ecriture », une branche destinée à soutenir de jeunes scénaristes (ici, Stéphane Cabel).

 Comment expliquer le succès d’un film pourtant très attaqué par la critique à sa sortie ?

D’abord par sa volonté de vouloir rivaliser avec les blockbusters américains et surtout de proposer un cinéma français grand public qui s’éloigne des habituelles recettes académiques, les comédies.

« Le Pacte des loups » ne se réduit pourtant pas à un produit calibré pour séduire aussi bien les jeunes que le spectateur lambda. Bien au contraire, Gans tente de démontrer un véritable savoir-faire et des moyens techniques appréciables (même si ceux-ci ont considérablement vieilli) qui lui permettent de s’aventurer dans les contrées peu fréquentées dans l’hexagone du film d’aventure fantastique.

Le cinéaste s’exécute parfois de façon très maladroite (éclairages trop sombres et dialogues parfois sans âme) mais il le fait sans sombrer dans le ridicule ni craindre la comparaison avec ses modèles originaux comme le western et le film à suspense. Une œuvre qui déborde de belles idées visuelles (même si le progrès et le temps ont fait depuis des ravages), qui embrasse véritablement sa volonté de divertissement lorsqu’elle s’engage sur les chemins de l’action pure et des combats chorégraphiques.

Bien sûr, les maladresses du scénario, via des dialogues à rallonge, ne doivent pas occulter les audaces narratives et la prise de risque cinématographique qui donnent au film un goût d’interactivité.

Parfois trop délirant, trop fantasmatique pour répondre aux critères du bon goût et de la raison, « Le Pacte des loups » reste cependant une proposition de cinéma pleine d’audace et offre le reflet exact d’une énorme machine mise au service d’un rêve fiévreux de cinéphile.

Les autres raisons qui peuvent expliquer le succès du film de Christophe Gans sont aussi à trouver au niveau de sa production. La nouvelle garde qui réunit Vincent Cassel, Samuel Le Bihan, Monica Bellucci, Émilie Dequenne fait notamment face aux visages emblématiques du cinéma français composé par Jean Yanne, Jean-François Stévenin et Bernard Farcy.

Le développement du film est également passé par la société Eskwad, née de « Canal+ Ecriture », celle-ci collabore pour les effets spéciaux et notamment ceux de la « Bête » avec « Jim Henson’s Creature Shop », la compagnie du créateur des « Muppets » et à qui l’on doit aussi le sublime « Dark Crystal » en 1982.

De plus, même s’il faut reconnaitre que les décors et les costumes sont parfois superbes, ils sont également souvent traversés par des éclairs anachroniques. Le cinéaste étant un grand fan des films d’arts martiaux et de cinéma de genre sous toutes ses déclinaisons, surtout les plus impures et excentriques (westerns et épouvante européens, films de sabre) et il s’obstine à en abuser dès qu’il le peut pour véritablement faire de son film une compote parfois à la limite de l’overdose pour le spectateur le plus aguerri.

Il faut bien évidemment ajouter à tout cela les aléas d’un tournage initialement prévu sur 15 semaines finalement étalé sur 23, dans des décors extérieurs soumis à la météo capricieuse du Gévaudan.

Le budget va inévitablement en pâtir. Christophe Gans devra même couper plus de 12 minutes de séquences au montage afin de rendre un film de 2h22 pour que celui-ci puisse être diffusé quatre fois par jour dans les cinémas hexagonaux. Une production contraignante donc, qui a miraculeusement rencontré son public pour marquer une génération.

« Le Pacte des loups » est un film difficile d’accès, écrit et réalisé par un véritable amoureux du cinéma. Un film parfois maladroit qui reste cependant impressionnant dans sa démarche, sa prise de risque son casting réunissant une nouvelle vague de talents et des acteurs confirmés. Un regard neuf sur le Septième Art hexagonal teinté d’une profonde tristesse soutenue par son vrai/faux happy end.

Gans y démontre son rapport au cinéma, avec d’une part un devoir d’admiration qui l’oblige presque à se dissimuler derrière des images qui ne lui appartiennent pas (le besoin convulsif et ludique de la citation), d’autre part un désir généreux et sincère de réconcilier tous les genres, toutes les images, passées et futures.

Avec « Le Pacte des loups », Christophe Gans signait un véritable OVNI dans le paysage cinématographique français. Un long métrage dans lequel il transcende ses matériaux de base dans la surenchère, avec un côté « cinéma généreux » qui ne pouvait que plaire à un public en recherche de nouveautés. Une œuvre culte qui ne plaît toujours pas à tout le monde et portée par un véritable amour du cinéma populaire.

Un film proliférant, généreux, naïf, mélancolique et véritable hymne au métissage qui marqua le début des années 2000.

Note : 7/10

Julien Legrand – Le  17 décembre 2019

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