Plus Belle La Vie !

La Vie est Belle

Des années 30 au tout début des années 60, Frank Capra était le pourfendeur des puissants, défenseur des citoyens ordinaires, inlassable porte-parole de la démocratie. Il donna à James Stewart certains de ses plus beaux rôles, dont l’inoubliable « Mr Smith au sénat » (1939) ou « La Vie est Belle » (1946), le film qui nous intéresse aujourd’hui.

« La Vie est Belle » est un classique adapté d’un récit de Philip Van Doren Stern, un sommet du cinéma américain d’après-guerre qui surprend par son modernisme et son actualité qui résonne encore aujourd’hui. Le chef d’œuvre de la filmographie de Frank Capra est comme on l’a déjà dit, l’un des plus beaux rôles de la carrière du grand James Stewart en compagnie de la superbe Donna Reed.

Un film culte et un classique de Noël qu’il est temps de découvrir ou de redécouvrir.

Synopsis :

Le décès de son père oblige George Bailey à reprendre l’entreprise familiale de prêts à la construction, qui permet aux plus déshérités de se loger. Il entre en conflit avec l’homme le plus riche de la ville, qui tente de ruiner ses efforts. Au moment où il approche de la victoire, il égare les 8 000 dollars qu’il devait déposer en banque. Le soir de Noël, désespéré, il songe au suicide. C’est alors que le Ciel dépêche à ses côtés un ange de seconde classe, qui pour gagner ses ailes devra l’aider à sortir de cette mauvaise passe…

Il est toujours intéressant de se pencher sur la filmographie d’un auteur comme Frank Capra, non seulement pour sa qualité intrinsèque de récit mais aussi pour ses comédies et sa direction d’acteurs. Le réalisateur prend très souvent parti pour les faibles contre les puissants, une marque de fabrique du cinéaste et son souci de l’intérêt général face aux intérêts particuliers des dominants.

« La Vie est Belle » n’en n’est pas l’exemple le plus frappant mais ce conte de noël pour petits et grands est l’archétype du « feelgood movie ». C’est sans aucun doute, le plus célèbre long métrage de Capra, celui que de nombreux Américains aiment justement revoir à noël (il est d’ailleurs très souvent rediffusé durant les fêtes).

On peut en effet préférer le Capra loufoque de « Vous ne l’emporterez pas avec vous » (1938) ou d’« Arsenic et vieilles dentelles » (1944), ou celui plus politique de « Mr Deeds » (1936) (pas le remake avec Adam Sandler et Winona Ryder) ou « Monsieur Smith au sénat » (1939), mais il faut bien admettre que le cinéaste est très fort pour représenter le bien et qu’il est ici magnifiquement épaulé par l’un de ses acteurs fétiches, l’immense James Stewart, incarnation de l’honnêteté et du bon sens rooseveltien que prônait le metteur en scène.

Toujours est-il que « La Vie est Belle » est le premier film de fiction d’après-guerre de Capra, puisqu’entre-temps, il venait tout juste de quitter Hollywood pour diriger les studios de cinéma de l’armée. Avec cette œuvre, le réalisateur marque l’apogée de son style mais aussi celui de la comédie américaine.

Capra arrive dans « La Vie est Belle » à mélanger les genres avec une grande habileté, illustrant ainsi une vision contrastée du récit. Capra offre aux spectateurs une sublime fantaisie romantique et familiale doublée d’une critique sociale et fantastique emballée à la perfection avec une intelligence narrative étonnante.

Le film est entièrement baigné d’un faux cadre réaliste, le cinéaste imposant une distance à son public par l’utilisation d’arrêts sur image interpellant, et l’intrusion, au moment où on ne s’y attendait plus, d’une touche de merveilleux (les astres qui convoquent Clarence, l’ange-gardien pour aider George Bailey).

Le cinéaste choisit de parler de la petite histoire pour raconter la grande, la vie de George Bailey pour illustrer celle des Etats-Unis. Les choix auxquels est confronté George sont ceux d’une Nation. Les Etats-Unis d’alors, ceux de la crise de 1929 et de la seconde Guerre Mondiale, sont en construction.

Capra n’a cessé tout au long de sa carrière de narrer les antagonismes de classe dont il avait souffert dans sa jeunesse. Il en fait encore une fois la critique dans ce long métrage en montrant le conflit opposant George à l’ignoble Potter (Lionel Barrymore), l’ennemi monopolistique, qui illustre la déperdition des valeurs américaines.

Le personnage de George, de l’enfance à l’âge adulte, est donc bien le double du cinéaste, qui trouve en James Stewart un porte-parole humaniste et sincère qui prône la famille plutôt que l’aventure, l’aide et la solidarité plutôt que l’égoïsme.

« Le rêve américain, ce n’est pas l’argent, mais le bonheur et la liberté » disait le réalisateur.

Capra distille intelligemment dans son œuvre une vraie critique de l’argent comme mètre étalon d’une vie ; critique qui résonne bruyamment ici et maintenant. Le cinéaste souligne ce glissement sémantique de la « valeur d’un homme », les critères moraux font place à la monétarisation de l’humain.

Le personnage de Stewart pense qu’il vaut plus mort que vivant, ce qui l’amène à sa tentative de suicide. Une plongée poignante dans le désespoir car sous ses airs de bon samaritain, bienfaiteur de toute une communauté, se cache un homme avec ses troubles et ses accès de violence. George Bailey nourrit une amertume face aux sacrifices d’hier et peine à accepter pleinement son présent. Lorsque Clarence le sauve, l’ange confronte George au monde tel qu’il serait s’il n’avait pas existé. Il découvre un monde dominé par la cupidité.

Il est vrai que « La Vie est Belle » est un récit optimiste mais qui est cependant tempéré par un ton amer et le thème récurrent de la mort, preuve que les années de guerre ont marqué le réalisateur. Pourtant, nulle trace de mièvrerie et de boy-scoutisme dans ce petit monde où les véritables problèmes ne peuvent être résolus que par une intervention surnaturelle (l’ange Clarence).

« La Vie est Belle » est un petit bijou de l’âge d’or hollywoodien. Un Succès d’estime mais sans plus à sa sortie, ignoré par les critiques de l’époque, le long métrage de Capra ne fut réévalué que bien plus tard. Un magnifique conte de Noël à la fois fantaisie romantique et familiale où se mêlent à la perfection critique sociale et fantastique, le tout avec une intelligence narrative et un sens plastique magistrale. Un pur chef d’œuvre !

 Note : 9,5/10

 Julien Legrand – Le 21 décembre 2018

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