Un ballon qui ne tourne pas rond

The English Game

Avant d’être le sport le plus populaire du monde, de remplir des stades et de brasser des sommes d’argent mirobolantes, le football était considéré comme un simple loisir pour l’aristocratie britannique et un moyen d’émancipation pour la classe ouvrière. A une époque où l’on jouait en pantalon, où le gardien ne portait pas de gant, où l’on ne faisait pas trembler les filets et qu’il n’y avait pas d’arbitre, le football avait un tout autre visage.

Quelque part entre « Downtown Abbey » et « Peaky Blinders », cette nouvelle série produite par Netflix, nous emmène aux origines de ce sport devenu roi. Au-delà du jeu, « The English Game » cherche à nous montrer comment le football a eu un impact sur la société en plein cœur de la révolution industrielle, pourquoi il déplace les foules et fédère autant de monde autour d’un simple ballon en cuir.

Du coup d’envoi au coup de sifflet final, reste à voir si les six épisodes de la série feront trembler les filets… penalty converti et victoire pour Netflix ?

Synopsis :

Angleterre, années 1870. Deux footballeurs issus de classes sociales différentes tissent des liens qui contribueront à démocratiser un sport alors réservé à l’élite.  

Le football tel qu’on le connait aujourd’hui est, comme de nombreuses autres disciplines, régi en grande partie par l’argent, les prix des transferts ne cessent d’augmenter, tout comme les salaires des footballeurs, atteignant des sommes astronomiques, voire indécentes. Cette inflation incessante se fait au détriment du jeu et des supporters qui ne se reconnaissent plus dans leur sport.

Les footballeurs qui restent fidèle à leur club, devenant parfois des icônes de celui-ci et les idoles de tout un peuple se font de plus en plus rares. De nos jours, ils changent de club comme de chemise, certains n’hésitent pas à rejoindre « l’ennemi juré », empêchant les fans de s’identifier à eux comme ce fut le cas par le passé.

Le football d’aujourd’hui est à des années lumières de ce qu’il fut par la passé. Aux origines, Ce n’était qu’un loisir créé par le bas peuple britannique pour échapper à la morosité de leur quotidien, un jeux d’une grande simplicité que la bourgeoisie s’est approprié et qu’elle a complexifié en y ajoutant des règles.

Si « The English Game » nous décrit fidèlement à quoi ressemblait ce sport au commencement, à une époque où il était inconcevable de payer un joueur pour ses talents. Pourtant le recrutement par le propriétaire d’une filature de la ville de Darwen, de deux footballeurs écossais dans l’équipe locale allait bousculer l’ordre établi.

A travers deux personnages que tout oppose au départ : Arthur Kinnaird (Edward Holcroft), symbole de l’hégémonie bourgeoise, et Fergus Suter (Kevin Guthrie), venu d’Écosse pour rallier le Darwen FC en vue de ces quarts de finale ; la série nous confronte à l’évolution de la manière de jouer au football, avec l’apparition de tactiques jusqu’alors jamais vues, mais aussi aux prémices de la professionnalisation…

Cependant comme a pu le faire la série documentaire « Sunderland’ Til I Die » précédemment, « The English Game » sort du cadre stricto sensu du football. Si elle nous offre des scènes de matchs assez bien fichues, nous faisant ressentir fidèlement ce que peuvent éprouver les joueurs, c’est ce qui se passe en-dehors du terrain qui a finalement le plus d’intérêt.

La série créée par Julian Fellowes, à qui l’on doit notamment « Downton Abbey », livre une analyse pertinente sur la lutte des classes à travers le football. A travers l’opposition de l’équipe des Old Etonians et celle du Darwen F.C., c’est la riche aristocratie face à la classe pauvre, ce sont les banquiers des hautes sphères qui affrontent les ouvriers sous-payés qu’ils dépouillent toujours plus.

La force de « The English Game », c’est que le football est finalement bien secondaire par rapport aux enjeux sociaux de cette période. Celui-ci fait surtout office de fil conducteur, tout au long des six épisodes qui composent le show, à l’analyse judicieuse qui y est proposée. Finalement, la série sort vite des limites du terrain et brasse un large éventail de thématiques avec beaucoup de tact et de justesse.

Les conflits sociaux et les problématiques économiques auquel sont confrontés les habitants de Darwen y ont évidemment une place centrale. On découvre des gens qui se tuent à la tâche pour gagner à peine de quoi nourrir leurs familles pendant que les riches propriétaires de leur manufacturent ne cessent de diminuer leurs revenus. Et lorsque ces notables sont en plus à la tête de la Fédération de football qu’ils dirigent avec orgueil, l’injustice n’est jamais loin.

A côté de cela, les questions liées à la maternité et les affres sentimentaux se font rapidement une place de choix même si elles ne s’avèrent pas toujours légitimes. Les histoires de famille jalonnent également le récit, notamment la filiation. Chacun à leur façon, Arthur Kinnaird et Fergus Suter doivent faire face à une relation compliquée avec leur père.

Avec son nouvel attaquant, Netflix propose une série prenante et émouvante, d’une grande richesse de propos, portée par de très bons acteurs, sur les origines parfois méconnues d’un sport adulé à travers le monde.

D’autant que les clichés ont été évités, pour ne pas tomber dans la caricature des braves et méritants ouvriers opposés aux cupides et arrogants fortunés. Les intérêts de chacun, de nature à parfois créer des désaccords profonds au sein d’un même milieu, apportent une nuance et une complexité émotionnelle aux enjeux de la série. « The English Game » a toutes les armes pour séduire un public bien plus large que les amateurs de football.

La coupe est remportée !

Note : 8/10

Damien Monami – Le 29 mars 2020

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