De l’autre côté du mur.

Room

Au sortir de la 88e cérémonie des Oscars, en 2016, peu de monde avait déjà entendu parler de Brie Larson, lauréate surprise dans la catégorie « meilleure actrice » pour sa brillante interprétation dans « Room ». Seul les plus cinéphiles d’entre nous avaient pu s’apercevoir du talent de la demoiselle dans le drame « States of Grace ».

« Room », c’est l’adaptation du roman éponyme d’Emma Donoghue, lui-même inspiré librement de l’affaire Fritzl, fait divers qui avait secoué l’Autriche il y a quelques années d’ici. Il faut dire que cette histoire sordide d’un père qui a séquestré sa fille et abusé d’elle pendant des années, donnant naissance à pas moins de sept enfants, ressemble plus à un thriller qu’à la réalité.

Le long-métrage de Lenny Abrahamson prend néanmoins ses distances avec le calvaire qu’a vécu Elisabeth Fritzl, il n’est ici pas question d’un père qui séquestre sa fille mais bien d’un enlèvement et de la captivité qui s’en suit pour la victime, ainsi que celle de son fils de 5 ans, issu du viol de cette même jeune femme. Et il faut bien avouer que ce film porté par Brie Larson et par le jeune Jacob Tramblay, un épatant gamin haut comme trois pommes, a tout pour plaire malgré un sujet aussi sensible.

Synopsis :

Jack, 5 ans, vit seul avec sa mère, Ma. Elle lui apprend à jouer, à rire et à comprendre le monde qui l’entoure. Un monde qui commence et s’arrête aux murs de leur chambre, où ils sont retenus prisonniers, le seul vrai monde, pas celui de la télé : le seul endroit que Jack n’aie jamais connu. Mais l’amour de Ma pour Jack la pousse à tout risquer pour offrir à son fils une chance de s’échapper et de découvrir l’extérieur, une aventure à laquelle il n’était pas préparé.

Au vu de la difficulté du sujet abordé, « Room » aurait pu se révéler casse-gueule pour son réalisateur Lenny Abrahamson mais au lieu de ça, le film est d’une justesse époustouflante, on est tout de suite happé par l’horreur de la situation vécue par « Ma » et par son fils à moindre mesure, on a de l’empathie pour eux. 

Le tour de force de « Room » est de nous faire découvrir le drame qu’est en train de vivre la jeune femme via le regard de son fils de 5 ans. Un petit garçon qui n’a jamais rien connu d’autre que les 10 m2 dans lequel il vit et s’épanouit, inconscient du monde extérieur et du calvaire de sa mère qui fait tout pour l’en préserver. 

Le fait que l’histoire soit racontée du point de vue de l’enfant apporte une dimension insouciante à l’intrigue malgré un sujet très sombre, du moins jusqu’à la délivrance ou Jack passe d’une certaine manière à l’âge « adulte » en découvrant que le monde est bien plus vaste que ce qu’il a connu jusque-là. Son regard d’enfant nous permet de faire quelque peu abstraction des moments difficiles vécu par sa mère tout au long du récit.

Ce choix scénaristique permet d’une part de se focaliser sur le rapport mère-fils dans cette situation, la façon dont Jack aide malgré lui sa mère à tenir le coup, à garder espoir, il est pour elle une éclaircie dans le brouillard, une échappatoire à son malheur. Et d’autre part, il permet de conserver une certaine part de mystère, notamment lorsque le ravisseur, renommé Vilain Nick, entre en scène. Lui, avec son insouciance d’enfant, le voit comme une sorte de magicien qui fait apparaître des choses lorsqu’ils en ont besoin, non comme un monstre, qui viole la mère de Jack chaque soir, et c’est l’unique chose que nous avons besoin de savoir de lui.

Mais la véritable prouesse de « Room » réside dans sa deuxième partie. Effectivement, dans celle-ci, le long-métrage change drastiquement de ton et offre une approche peu consensuelle pour un récit de la sorte. Leur libération aussi inespérée soit-elle n’est pas conçue comme un happy-end, les scénaristes ont eu l’intelligence d’évoquer l’après, où comment on se reconstruit après avoir été captif aussi longtemps, comment expliquer à son enfant qu’il existe un vaste monde quand celui-ci s’est toujours limité à une seule pièce. Tant de question auxquelles on omet généralement de répondre dans ce genre de film.

Ici, bien que les personnages soient délivrés physiquement, on ne peut en dire autant psychologiquement parlant, aucune des difficultés rencontrées par les protagonistes à leur sortie n’est occultée. On voit une mère traumatisée, marquée à vie par cette expérience et un enfant qui doit tout réapprendre du monde inconnu dans lequel il va vivre désormais. 

En plus de ça, Lenny Abrahamson n’oublie pas d’évoquer les difficultés que peuvent rencontrer l’entourage d’une personne séquestrée pendant des années, la difficulté pour des parents d’accepter que leur enfant ne reviendra probablement jamais et les conséquences qu’un évènement si dramatique peut provoquer. Il montre aussi qu’il n’est pas évident pour des parents d’accepter un enfant issu du viol de leur fille, et qui leur rappellera toujours le calvaire qu’elle a enduré même s’ils savent très bien au fond d’eux que celui-ci n’y est pour rien et est lui aussi une victime du ravisseur de sa mère.

« Room » est finalement une histoire de dualité, un film a deux faces matérialisées par le mur qui sépare les victimes du monde extérieur, il y a la vie confinée dans cette pièce et celle, presque inconnue de l’autre côté du mur. Cette dualité est également présente entre Jack et sa mère qui ne vivent pas ces situations (enfermement et délivrance) de la même façon et offre aux spectateurs plusieurs niveaux de lecture d’un récit très bien ficelé.

Brie Larson livre une prestation exaltée, elle est tout simplement magistrale dans ce rôle où elle retranscrit avec justesse les émotions de son personnage, la souffrance, l’espoir, l’angoisse et même la joie aussi rare soit elle. L’Oscar qui est venu récompenser cette performance de mère courageuse est tout sauf usurpé. Et que dire de ce gamin, Jacob Tremblay, véritable révélation qui, du haut de ses 9 ans au moment du film, a épaté la galerie et s’érige déjà comme une des stars de demain si la chance l’accompagne.

En tant qu’adulte, il nous arrive parfois d’être nostalgique de notre enfance et de l’insouciance qui était nôtre et nous permettait de vivre chaque moment sans se poser de questions, sans se soucier du lendemain. Dans « Room », on se sert de cette insouciance caractérisée par le petit Jack pour humaniser le drame qui se joue devant nos yeux, sans pour autant occulter la triste réalité. 

Un choix scénaristique osé mais efficace qui fait la réussite du film, un succès qu’il doit aussi à la gestion des évènements, le long métrage de Lenny Abrahamson ne se limite pas à une simple affaire d’enlèvement mais s’intéresse également à l’après, à ce qu’il se passe une fois la victime sortie d’affaire.

« Room » est un drame efficace auquel un scénario décousu de fils blancs apporte une touche d’originalité qui en fait un des meilleurs films de 2016. Il nous a aussi gratifié des performances cumulées et éblouissantes d’un duo d’acteurs complice dont on entendra encore parler à l’avenir.

Un film à voir absolument ! 

Note : 7,5/10

Damien Monami – Le  13 novembre 2019

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