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Du gore fun et grinçant

Send Help (2026)

Sam Raimi bénéficie, tant aux yeux des fils de la pop culture des années 1980 et 1990, que de ceux qui ont nourri leur sens de l’imaginaire au travers de l’univers Marvel, d’un important crédit qui l’a porté au statut de réalisateur culte, malgré les soubresauts qui ont jalonné sa carrière.

Depuis ses premiers courts-métrages tournés en amateur au début des années 1970, Raimi a marqué les deux décennies suivantes avec « Evil Dead » (1981) et ses deux suites (1987 et 1993), « Mort sur le gril » (1985), « Darkman » (1990), « Mort ou vif » (1995), tout en développant ensuite plusieurs séries à succès pour la télévision (« Hercule » et « Xena la guerrière », 1995-2000). En tant que producteur prolifique, il s’est notamment associé à John Woo, Peter Hyams, les frères Pang ou encore Alexandre Aja, alors que les années 2000 le voient connaître d’importants succès commerciaux lorsqu’il intègre l’univers Marvel, avec la trilogie « Spider-Man » (2002-2007), puis le Multivers avec le bien nommé « Doctor Strange in the Multiverse of Madness » (2022), qui fit près d’un milliard de dollars de recettes au box-office mondial.

Critique « Send Help » (2026) : Du gore fun et grinçant - ScreenTune
Photo prise par Brook Rushton © 2026 20th Century Studios.

Retour aux sources horrifiques

Avec « Send Help », Sam Raimi renoue en quelque sorte avec ses premières amours, en livrant un divertissement bien tranché et fidèle au style de ses débuts, mêlant horreur et comédie, avec ses effets gore appuyés, qui aborde le monde du travail et ses rapports de force, basé sur un scénario signé Damian Shannon et Mark Swift datant de 2019.

Synopsis :

En voyage d’affaires, Linda Liddle, une « fille de la compta », employée dévouée et compétente (Rachel McAdams), et son jeune patron, Bradley Preston, fraîchement nommé PDG de la boîte héritée de son père, plutôt frimeur et méprisant (Dylan O’Brien), sont les seuls survivants du crash de leur appareil et se retrouvent sur une île déserte au large de la Thaïlande. Linda, qui possède de sérieuses compétences en techniques de survie (elle est une fan inconditionnelle de l’émission « Survivor »), est le seul espoir pour Bradley, gravement blessé, de pouvoir survivre dans un environnement hostile.

Critique « Send Help » (2026) : Du gore fun et grinçant - ScreenTune
Photo prise par Brook Rushton © 2026 20th Century Studios.

Survival, lutte de classes et humour noir

C’est finalement à un véritable affrontement psychologique, puis physique auquel nous assistons entre d’une part l’anti-héroïne, une employée moquée et dévalorisée, et d’autre part son boss, un « arrivé », « fils de », dénué de valeurs et d’empathie.  Il y a donc ici en filigrane cette réflexion sur une certaine toxicité du monde du travail existant au niveau des développements de carrière et des relations interpersonnelles, affectées par des comportements injustes ou inappropriés.

Le duel va cependant rapidement s’amplifier et s’envenimer au fil du récit, la méfiance et l’hostilité réciproque des deux protagonistes donnant lieu à tous les excès, dans une suite de scènes truffées d’humour grandguignolesque et pimentées d’effets gore jaillissants ici et là.

Critique « Send Help » (2026) : Du gore fun et grinçant - ScreenTune
Photo prise par Brook Rushton © 2026 20th Century Studios.

Rachel McAdams face au boss toxique

Retrouvant ici son réalisateur de « Doctor Strange in the Multiverse of Madness », Rachel McAdams livre ici une performance plutôt réussie dans la peau de cette employée mésestimée (et manifestement atteinte de troubles autistiques). Elle poursuit ainsi une carrière riche et particulièrement éclectique, puisqu’on l’a vue aussi bien chez Nick Cassavettes (« The Notebook »), Woody Allen (« Midnight in Paris »), Terrence Malick (« To the Wonder ») et Wim Wenders (« Every Thing Will Be Fine »), que chez Wes Craven (« Red Eye »), Guy Ritchie (« Sherlock Holmes »), Brian De Palma (« Passion ») et Antoine Fuqua (« Southpaw »). Face à elle, Dylan O’Brien, vu dans la série « Teen Wolf (2011-2017) et la trilogie du « Labyrinthe » (2014-2018), endosse sans trop forcer le rôle du beau gosse au comportement détestable.

Critique « Send Help » (2026) : Du gore fun et grinçant - ScreenTune
Photo prise par Brook Rushton © 2026 20th Century Studios.

Un divertissement fun mais imparfait

Le film est un agréable divertissement, toutefois marqué par la prévisibilité de son récit, des pertes de rythme qui affectent le niveau de tension, un développement insuffisant des personnages secondaires qui ne nourrissent pas suffisamment le récit et des effets spéciaux un peu grossiers (que les fans d’ « Evil Dead » apprécieront cependant à leur juste valeur…).

Quant à la bande originale, signée par le grand Danny Elfman, elle s’avère plutôt réussie, sans comparaison cependant avec ses sublimes compositions burtonniennes.

Doté d’un budget confortable (40 millions de dollars), Raimi, qui officie également en tant que producteur, a du faire preuve de ténacité pour que son film soit diffusé en salles.

Initialement destiné à sortir directement sur les plateformes de streaming, le film obtient finalement l’accès aux salles obscures, soutenu par une solide campagne promotionnelle grâce au soutien de 20th Century Studios, vers lequel le réalisateur s’était tourné face aux réticences de Sony.

NOTE :

0 /10

Une madeleine sanglante pour les fans de Raimi

Même si le film est loin d’être mémorable (une sorte de variation de « Lost » où se perd un peu Sam Raimi…), on appréciera son sympathique côté fun, avec un arrière-goût savoureux que ne désavoueront pas les fans de la première heure du réalisateur, le film agissant telle une madeleine de Proust, déclinée en rouge (sang) et (humour) noir…

Vincent Legros – Le 9 février 2026.

Sources Photos : 

© 2026 Disney Benelux

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