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Un échec incompris

Le Roi Arthur (2004)

Sorti à l’été 2004, « Le Roi Arthur » d’Antoine Fuqua arrive bardé d’ambitions… et s’écrase violemment au box-office américain.

Avec un budget estimé à 120 millions de dollars, auquel s’ajoutent près de 40 millions de marketing, le film ne récolte que 51 millions de dollars sur le territoire américain (pour 203 millions de dollars à l’international). Un échec cinglant, d’autant plus cruel qu’il intervient sous la bannière de Jerry Bruckheimer, habitué aux succès massifs (« Top Gun » ou « Pirates des Caraïbes »).

Le casting, pourtant, a fière allure : Clive Owen dans le rôle-titre, Keira Knightley en Guenièvre guerrière, entourés de Mads Mikkelsen, Stellan Skarsgård, Ray Winstone, Hugh Dancy ou encore Ioan Gruffudd.

Autant de visages qui, avec le recul, composent une distribution impressionnante soutenue par les musiques emphatiques du grand Hans Zimmer. Pourtant en 2004, le public boude l’épopée historique du réalisateur de « Training Day ».

Trop formaté, trop brutal, trop éloigné de l’imaginaire médiéval classique, « Le Roi Arthur » mérite néammoins une plus grande attention. Le verdict est immédiat : cette relecture devient l’un des plus gros échecs commerciaux de l’année…

Nous sortons Excalibur de son fourreau pour défendre le Roi !

Critique « Le Roi Arthur » (2004) : Un échec incompris ! - ScreenTune
© 2004 Buena Vista Pictures Distribution

Synopsis :

Après cinq siècles de domination sur la Grande-Bretagne, l’Empire romain, chaque jour plus affaibli, abandonne l’île pourtant menacée par les invasions sanguinaires des Saxons.

Avant d’être libéré de ses obligations, Arthur se voit confier une dernière mission. Il doit secourir la belle Guenièvre, torturée pour hérésie. Avec ses chevaliers, il prend conscience qu’ils sont le dernier espoir face au massacre programmé par les Saxons.

Tandis que les chevaliers tentent de conduire le peuple et les nobles à l’abri du Mur d’Hadrien, Arthur doit choisir son destin. S’il s’enfuit, il sera libre ; s’il s’oppose aux légions de Saxons qui s’apprêtent à déferler, il sera certainement tué. Il ignore que sa décision changera le cours de l’Histoire.

La genèse : quand deux visions s’affrontent 

À l’origine du projet, une idée pourtant passionnante. Le scénariste David Franzoni, auréolé du succès de « Gladiator » de Ridley Scott s’intéresse à la théorie sarmate, selon laquelle Arthur (Arthurus) aurait été un commandant romano-britannique au Ve siècle, bien loin des châteaux, de la chevalerie et de la magie.

Antoine Fuqua, cinéaste fasciné par la mythologie mais aussi par la violence du réel (« Training Day », « Les Larmes du Soleil »), y voit l’occasion de livrer un péplum crépusculaire, quelque part entre « Braveheart » et « Excalibur ». Jerry Bruckheimer, lui, imagine un blockbuster estival accessible, calibré pour le plus large public possible.

Ce tiraillement va littéralement scinder le film en deux et même le charcuter. À la sortie, Fuqua voit son œuvre amputée d’environ quinze minutes, les batailles édulcorées, la violence atténuée, la narration resserrée. La version cinéma devient un compromis bancal pour offrir plus de projections car une durée de deux heures et 6minutes permet plus de séances et donc plus de rentabilité pour la production.

La director’s cut, plus tardive, révélera enfin le film tel qu’il aurait dû être : plus brutal, plus charnel (le triangle amoureux entre Arthur, Guenièvre et Lancelot), plus cohérent.

Critique « Le Roi Arthur » (2004) : Un échec incompris ! - ScreenTune
© 2004 Buena Vista Pictures Distribution

Arthur, Guenièvre et les chevaliers : une approche plus charnelle que mythique

On reproche souvent au film de Fuqua son manque de développement psychologique. C’est en partie vrai… Cependant, le long métrage compense ce manque par une écriture plus physique des personnages, où chacun des membre de la table ronde existe par sa manière de combattre, de se déplacer, de communiquer et de survivre.

Clive Owen impose un Arthur fatigué, tiraillé entre sa loyauté envers Rome et son désir de liberté, surtout pour ses hommes. Il n’est pas encore un roi mythique, mais un chef qui gagne son statut. Keira Knightley, à seulement 18 ans, dynamite l’image traditionnelle de Guenièvre en guerrière picte farouche, charnelle et aux idéaux politiques d’indépendance. La tension amoureuse avec Arthur et Lancelot (Ioan Gruffudd très juste et tiraillé entre sa volonté de liberté et de loyauté), volontairement discrète, renoue paradoxalement avec les sources les plus anciennes de la légende.

Les seconds rôles brillent aussi par leur présence : Mads Mikkelsen en Tristan mutique, loyale et animal, Stellan Skarsgård en chef saxon terrifiant de froideur, Ray Winstone en vétéran désabusé et bon vivant. Tous participent à cette sensation de troupe, presque de bande, loin de l’imagerie chevaleresque idéalisée même si Hugh DancyJoel Edgerton et Ray Stevenson son les chevaliers les plus effacés de la troupe.

Critique « Le Roi Arthur » (2004) : Un échec incompris ! - ScreenTune
© 2004 Buena Vista Pictures Distribution

Un monde de boue, de sang et de pierre : la force du décor

L’un des grands atouts du « Roi Arthur » réside dans son ancrage physique. Fuqua tourne en Irlande, exploite la lumière froide, la boue, la pluie, la pierre. Le Mur d’Hadrien est reconstruit grandeur nature. Les villages sont précaires, les armures lourdes, les costumes usés.

Rien ne brille inutilement. Le monde d’Arthur est sale, brutal, instable. La fin d’un empire qui se meurt, où la civilisation romaine s’effondre et laisse place au chaos. Cette matérialité confère au film une identité visuelle forte,  trop souvent éclipsée par son échec commercial malheureusement alors qu’elle embarque le spectateur dans cette période de l’Histoire vive de tensions. 

Critique « Le Roi Arthur » (2004) : Un échec incompris ! - ScreenTune
© 2004 Buena Vista Pictures Distribution

La musique de Hans Zimmer : l’âme épique du film

Impossible de réhabiliter « Le Roi Arthur » sans évoquer la partition magistrale de Hans Zimmer. Le compositeur livre ici une œuvre massive, sombre et profondément émotionnelle. Percussions lourdes, chœurs guerriers, cuivres écrasants : Zimmer convoque une orchestration qui rappelle « Gladiator » ou «  USS Alabama », tout en y injectant une mélancolie sourde.

Le thème principal, porté par la voix envoûtante de Moya Brennan, accompagne le parcours d’Arthur avec une montée en puissance dramatique saisissante. Des morceaux comme « Woad To Ruin » ou « Do You Think I’m Saxon? » traduisent cette dualité permanente entre héroïsme et tragédie.

Moment suspendu, « Hold The Ice » offre un thème d’amour d’une rare élégance, presque spirituel, sublimant la relation entre Arthur et Guenièvre. Si l’on peut regretter un mixage sonore parfois maladroit, noyant la musique sous les effets lors des batailles, la bande originale demeure l’un des piliers émotionnels du long métrage.

Version cinéma vs Director’s Cut : le film enfin révélé

C’est dans sa director’s cut que « Le Roi Arthur » trouve enfin son équilibre. La narration respire. Les relations prennent sens. La violence retrouve sa fonction dramatique. La célèbre bataille sur la glace devient un sommet de mise en scène, alliant stratégie, tension et lisibilité.

Fuqua y retrouve son intention première : montrer que les batailles ne sont jamais gratuites, mais menées pour une idée, une liberté, un futur possible.

Le film cesse alors d’être un simple blockbuster contrarié pour devenir une tragédie épique âpre et humaine.

Critique « Le Roi Arthur » (2004) : Un échec incompris ! - ScreenTune
© 2004 Buena Vista Pictures Distribution

Un film à réévaluer

« Le Roi Arthur » n’est ni un chef-d’œuvre incompris ni un désastre total. C’est un film mutilé, coincé entre deux visions incompatibles et opposées.

Pourtant avec du recul, il apparaît comme l’une des tentatives  de relecture les plus audacieuses de la légende arthurienne au cinéma.
En refusant la magie facile, en privilégiant la chair, la boue et le sang, Antoine Fuqua a signé une œuvre imparfaite mais sincère, dont la version longue mérite aujourd’hui une véritable réhabilitation.

Un film qui, malgré ses défauts, a osé rappeler que les mythes naissent toujours dans la douleur des hommes.

NOTE :

0 /10

Une oeuvre épique, dense, parfaitement mise en scène et embellie par la musique d’un Hans Zimmer en grand forme.

On vous conseille donc de revoir sa version director’s cut qui amplifie encore plus un film qui demande à être reconnu !

Julien Legrand – Le 11 janvier 2026.

Sources Photos : 

© 2004 Buena Vista Pictures Distribution

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