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Zhao sublime Shakespeare et le deuil

HAMNET (2026)

En dix ans et quatre longs-métrages, la cinéaste d’origine chinoise Chloe Zhao a acquis une place majeure dans le monde du 7ème Art. Après son premier film, « Songs My Brothers Taught Me”, présenté à Sundance et à Cannes en 2015, “The Rider” décroche deux années plus tard le Prix Art Cinema sur la Croisette dans la section de la Quinzaine des réalisateurs ainsi que le Grand Prix du Festival du cinéma américain de Deauville.

Son troisième long, « Nomadland », avec Frances McDormand et David Strathairn, la porte aux sommets, puisqu’elle décroche le Lion d’or à la Mostra de Venise, un Golden Globe, deux BAFTAs et deux Oscars en 2017.

Contre toute attente, elle intègre ensuite le Marvel Cinematic Universe en réalisant son 26ème opus, « Eternals », un blockbuster qui rapporte plus de 400 millions de dollars au box office mondial.

Avec « Hamnet », Chloe Zhao revient à un cinéma plus intimiste en adaptant le roman éponyme de Maggie O’Farrell publié en 2020 et récompensé par le National Book Critics Circle Award et le Women’s Prize de la meilleure fiction. Le film nous invite à plonger au cœur de la vie d’un couple depuis sa naissance jusqu’à sa métamorphose, hanté par la mort d’un de ses enfants, un fils âgé de 11 ans.

Un événement tragique qui agira tel un élément fondateur dans la genèse du chef d’oeuvre de William Shakespeare, agissant in fine tel un élément cathartique pour les deux parents.

Critique « Hamnet » (2026) : Chloé Zhao sublime Shakespeare et le deuil - ScreenTune
© 2025 FOCUS FEATURES

Synopsis :

Stratford, Angleterre, 1580. Will, un professeur de latin fauché (Paul Mescal), fait la connaissance d’Agnes, une jeune femme à l’esprit libre (Jessie Buckley). Fascinés l’un par l’autre, ils entament une liaison fougueuse avant de se marier et d’avoir trois enfants, Susanna, puis les jumeaux Hamnet et Judith. Tandis que Will tente sa chance comme dramaturge à Londres, Agnes assume seule les tâches domestiques. Lorsqu’un drame se produit, le couple, autrefois profondément uni, vacille. Mais c’est de leur épreuve commune que naîtra l’inspiration d’une œuvre à portée universelle.

Shakespeare, le deuil et la naissance d’Hamlet

« Hamnet », c’est tout d’abord la rencontre amoureuse de deux univers mis en contrepoint. Agnès est ancrée dans le quotidien, proche du vivant, de la nature, de la terre, d’une nature presque féérique, avec laquelle elle communique, dans une forme de spiritualité traversée par des accès de mysticisme, ce qui lui vaut d’être considérée comme une sorcière des bois. Will est quant à lui porté par ses aspirations créatives et ses ambitions artistiques.

De leur rencontre nait une dynamique solaire et fiévreuse, trois enfants venant célébrer leur amour. Au fil du temps, la distance s’installe alors que Will s’absente de plus en plus fréquemment pour embrasser sa carrière de dramaturge dans la capitale. 

Critique « Hamnet » (2026) : Chloé Zhao sublime Shakespeare et le deuil - ScreenTune
© 2025 FOCUS FEATURES

Le traumatisme né de la mort de leur enfant est un véritable séisme où apparaissent des zones de déchirure et de fracture intimes, de la colère, de la rage et des moments d’anéantissement, alors qu’Agnès n’a de cesse de puiser au plus profond de ses forces face à l’enchainement des événements douloureux et son impuissance à enrayer l’issue fatale. Chloé Zhao construit son récit avec minutie,  jusqu’à cet épilogue poignant où, dans un moment de résilience et de deuil, Agnes assiste à la première d’Hamlet dans le Globe théâtre construit par Will comme une nouvelle demeure où accueillir ce fils disparu.

Critique « Hamnet » (2026) : Chloé Zhao sublime Shakespeare et le deuil - ScreenTune
© 2025 FOCUS FEATURES

Jessie Buckley magistrale face à Paul Mescal

Jessie Buckley (« Jersey Affair », « Wild Rose » et « The Lost Daughter », déjà aux côtés de Paul Mescal) porte le film de bout en bout. Elle incarne avec force et sensibilité ce personnage complexe, une femme intelligente, guidée par son aspiration à la liberté et à l’authenticité, un être fort et indépendant, spontané dans l’expression de ses émotions, mais aussi une mère courageuse et combattive, souvent laissée à elle-même dans son quotidien, puis face aux épreuves traversées.

Le film porte à ce titre un message féministe clair, qui célèbre la puissance des femmes et la crainte qu’elles inspirent lorsqu’elles s’éloignent des conventions sociales et veulent vivre conformément à leurs aspirations propres, sans être guidées par l’église ou soumises aux pressions familiales.

Critique « Hamnet » (2026) : Chloé Zhao sublime Shakespeare et le deuil - ScreenTune
© 2025 FOCUS FEATURES

Face à elle, Paul Mescal (« God’s Creatures », « Aftersun », « All of Us Strangers », « Gladiator II ») incarne avec mesure et finesse le grand dramaturge, alors que l’on soulignera les prestations absolument remarquables livrées par les jeunes comédiens incarnant les enfants du couple  (Bodhi Rae Breathnach, Jacobi Jupe et Olivia Lynes). Le reste du casting est impeccable, avec une mention particulière pour Emily Watson (« Breaking the Waves », « Hilari and Jackie », « Small Things Like These »), qui joue, avec toutes les nuances nécessaires, l’austère mère de l’écrivain.

Une reconstitution élisabéthaine naturaliste

Sur la forme, Chloé Zhao a opté pour un décor rendu de manière très naturaliste, où l’Angleterre élisabéthaine, son atmosphère, ses traditions, la précarité et le poids de la religion sont rendus avec beaucoup de détails et de réalisme. Son oeuvre est remarquablement sous-tendue par le travail opéré sur les lumières par son directeur de la photo, le Polonais Łukasz Żal, qui avait déjà excellé dans des films tels que « Ida », « Cold War » ou encore « The Zone of Interest ».

Malgré ses nombreux atouts et si tous les ingrédients pour faire un très grand film sont bien présents, on peut tout de même ressentir une forme de frustration à la vue de certaines scènes et plans esthétisants, marqués par un lyrisme et une mélodramatisation quelque peu excessifs, qui fait perdre en force l’impact des détails apportés au rendu de l’intime, de l’organique et du viscéral.

NOTE :

0 /10

Hamnet, sérieux prétendant aux Oscars ?

Cette belle épopée humaine sur l’amour et le deuil est en tout cas riche de tous les codes destinés à glaner un maximum de récompenses dans la course aux Oscars, un pari sans doute gagnant pour cette coproduction américano-britannique marquée du sceau de Sam Mendes et Steven Spielberg.

Vincent Legros – Le 19 février 2026.

Sources Photos : 

© 2026 Universal

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