
Critique « Scary Stories » (2019) : Le Sal(aire) de la peur.
Le Sal(aire) de la peur Scary Stories Après un été plus ou moins divertissant en
Le réalisateur oscarisé Guillermo del Toro adapte le classique de Mary Shelley : Victor Frankenstein, scientifique aussi brillant qu’égocentrique, donne vie à une créature lors d’une expérience interdite.
Un acte de démesure qui conduira à la perte du créateur… comme de sa création.
Netflix poursuit sa quête d’un cinéma d’auteur spectaculaire en laissant carte blanche à des cinéastes à la vision singulière.
Avec un budget de 120 millions de dollars, Del Toro a pu transposer sur écran tout son patrimoine visuel : décors réels, effets organiques et artisanaux, loin du tout-numérique.
Loin de l’industrie standardisée, le cinéaste reste fidèle à sa philosophie : l’émotion naît du concret.
Comme sur « La Forme de l’eau » ou « Crimson Peak », chaque décor respire la passion du détail — du navire figé dans la glace au laboratoire démesuré.
Marqué par la version mythique de 1931 avec Boris Karloff, Del Toro livre ici une relecture grandiose, mélancolique et romantique du roman de Shelley.
À l’image du « King Kong » de Peter Jackson, « Frankenstein » rend hommage à l’âge d’or du cinéma tout en y insufflant une sensibilité moderne.
C’est un film d’atmosphères, de contrastes et de passions déchirées.
Comme si le gothisme tragique de « Crimson Peak » rencontrait l’humanisme poétique de « La Forme de l’eau », soutenu par une direction artistique à couper le souffle — paysages désolés, architectures imposantes et photographie glaciale.
Del Toro peut compter sur un casting habité et brillant. Oscar Isaac, en Victor Frankenstein, évoque le jeu expressionniste allemand : gestes appuyés, regards fiévreux, une présence tourmentée rappelant celle d’ « Ex Machina » d’Alex Garland.
Jacob Elordi, impressionnant de prestance dans la peau de la créature, offre un contrepoint bouleversant : derrière sa carrure d’1m96, il exprime une innocence d’enfant, avant de laisser éclater la rage du rejeté.
À travers ces deux figures, Del Toro interroge ce qui fait de nous des monstres : la démesure du créateur ou la douleur de celui qui est né sans amour ?
Le film ne se contente pas de revisiter un mythe : il questionne la nature humaine.
La noirceur, la difformité, la solitude — autant de thèmes chers à Del Toro, qui en tire une fable à la fois viscérale et profondément empathique.
En variant les points de vue, il brouille les frontières entre beauté et horreur, bien et mal.
Le spectateur oscille entre fascination et tristesse face à cette fresque organique où l’émotion prime sur la peur.
Malgré ses qualités indéniables, « Frankenstein » n’échappe pas à quelques longueurs. La perfection numérique et la photographie trop « propre » atténuent parfois l’émotion brute.
Certains reprocheront à Del Toro une mise en scène trop clinique, là où l’on espérait un peu plus de chaos et d’imperfection.
Pourtant chaque plan reste d’une élégance rare, sublimé par les musiques emphatiques d’Alexandre Desplat.
On se surprend à regretter de ne pas le découvrir sur grand écran tant l’ampleur visuelle appelle le cinéma, pas le canapé.
Avec « Frankenstein », Guillermo Del Toro signe un conte romantique et monstrueux fidèle à sa sensibilité : sublime, mélancolique, trop sage parfois, mais terriblement sincère.
Un vrai film d’auteur et une superbe déclaration d’amour au monstre, à la différence et à la tragédie humaine.
Un film à la fois somptueux, émouvant et un brin trop maîtrisé, aussi fascinant que son créateur.
Une belle réussite esthétique et émotionnelle, un peu trop lisse dans sa recherche de perfection visuelle.
Comme Victor Frankenstein, Del Toro semble parfois dépassé par ses propres ambitions — mais même ses excès valent mille fois les formules fades des blockbusters actuels.
Julien Legrand – Le 10 novembre 2025.
Sources Photos :
© 2025 Netflix

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