Explosion dans la Bay !

The Rock (1996)

Avec « The Rock », Michael Bay et le producteur Jerry Bruckheimer s’offrent un trip musclé sur Alcatraz où Sean Connery en ex-taulard badass, Nicolas Cage en expert paumé mais génial, et Ed Harris en militaire au bord de l’explosion s’affrontent dans un pur shoot d’adrénaline. C’est bourrin, c’est fun, ça pète de partout… bref : du Bay dans ce qu’il faisait de mieux.

Et pour ceux qui pensent que la collaboration Bruckheimer/Bay est un axe cinématographique du mal, « The Rock » est l’argument imparable qui les fera taire.

Critique « The Rock » (1996) : Explosion dans la Bay ! - ScreenTune
© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Synopsis :

L’expert en armes chimiques du FBI Stanley Goodspeed (Nicolas Cage) est envoyé en mission urgente avec l’ancien espion britannique John Patrick Mason (Sean Connery) le seul homme à s’être jamais échappé d’Alcatraz pour stopper le général Francis Hummel (Ed Harris), qui menace de lancer des armes chimiques sur San Francisco depuis l’île. Hummel réclame 100 millions de dollars de réparations de guerre pour les familles de soldats tombés lors d’opérations clandestines. Lorsque leur équipe de Navy SEALs est décimée, Stanley et John se retrouvent seuls face à l’impossible.

C’est bruyant, grandiloquent, bourré de filtres orange et de montages épileptiques. Et ça n’a pas toujours beaucoup de sens. Pourtant ça a une allure folle et une énergie qui, trente ans après, n’a pas pris une ride.

Critique « The Rock » (1996) : Explosion dans la Bay ! - ScreenTune
© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

John McClane a des émules

Au début des années 90, le filon « Die Hard » est une mine d’or. Le principe est simple : transposer l’idée dans un nouveau décor. Un bateau avec « Piège en Haute Mer », un bus avec « Speed », la montagne avec « Cliffhanger »… Jerry Bruckheimer décide alors de proposer sa version sur l’île d’Alcatraz, ancienne prison mythique de la baie de San Francisco.

Le scénario est signé David Weisberg et Douglas Cook, mais plusieurs scénaristes repassent sur le script avant le tournage. Pour mettre en scène le projet, Bruckheimer pense d’abord à son cinéaste fétiche Tony Scott, qui avait déjà officié sur « Top Gun », « Jours de Tonnerre » et « USS Alabama ».

C’est finalement le jeune Michael Bay qui hérite du projet alors qu’il ne comptait qu’un seul long-métrage à son actif, le sympathique « Bad Boys », où sa signature stylistique était encore loin d’être une évidence. Et pour le premier rôle, Arnold Schwarzenegger est approché avant de décliner, trouvant le scénario trop léger. Il confiera quelques années plus tard regretter amèrement cette décision.

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© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Le Bayhem enfin apprivoisé !

Le « Bayhem » est un mélange de Bay et de mayhem :désigne le style chaotique et frénétique du réalisateur : coupes vertigineuses, plans en arc de cercle, mouvements de caméra fébriles, explosions en cascade. Souvent, ce chaos sert à masquer les lacunes de l’intrigue. Dans « The Rock », cependant, le « Bayhem » est calculé, motivé et délibéré. C’est paradoxal, mais c’est précisément ce qui rend le film si spécial.

Le cinéma de Bay ressemble à une bête sauvage secouant violemment sa cage. Une fois apprivoisée et concentrée, cette même bête se transforme en créature précise et disciplinée qui n’en possède pas moins une nature féroce.

« The Rock » est le résultat d’un cinéaste en parfaite harmonie avec ses éléments. La grammaire en forme de bidon d’essence enflammé de Bay prenait pour la première fois véritablement ses aises, embrasant les rétines des spectateurs avec une maîtrise qu’il ne retrouvera plus jamais tout à fait. La poursuite en Ferrari à travers San Francisco qui aurait pu servir de climax à n’importe quel autre film de la concurrence n’est ici qu’un amuse-bouche.

Ce qui s’annonce, dans les entrailles d’Alcatraz, sera encore plus dévastateur.

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© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Le tout est sublimé par la partition du gran Hans Zimmer, l’une des plus mémorables de sa carrière dans une décennie pourtant faste où il signa aussi « Broken Arrow », « True Romance » ou le génial« USS Alabama » sans parler du « Roi Lion ».

Un thème lancinant et majestueux qui transforme chaque séquence en événement et annonce de l’action bien comme il faut !

Connery, Cage, Harris : un trio en or

C’est une initiative rare et intelligente pour un blockbuster que de mettre en scène un méchant dont on ne peut s’empêcher de sympathiser. Ed Harris campe un général blessé, idéaliste et tragique ; un homme pas fondamentalement mauvais, simplement égaré, qui le comprendra lui-même avant la fin.

Habité, presque méthodique sur le tournage selon plusieurs témoignages, Harris élève le film bien au-dessus du simple divertissement pyrotechnique.

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© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Néammoins la vraie alchimie du film, c’est celle de ses deux héros. Connery démontre qu’il peut encore porter un film d’action passé 60 ans, avec une autorité et un cynisme ravageur avec notamment sa réplique « Moi je trouve que vous êtes un vrai connard » reste l’une des répliques les plus jouissives des années 90.

Face à lui, Cage s’impose en héros d’action inattendu, sa façon d’être sauvage et imprévisible s’accordant parfaitement avec l’attitude bourrue de l’Écossais. Quand ils ne tirent pas sur Alcatraz, ils forment le duo de copains le plus drôle de la décennie.

Autour d’eux, un casting secondaire en béton armé : William Forsythe, John C. McGinley, Tony Todd, David Morse et Michael Biehn densifient chaque scène qu’ils habitent.

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© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Mason est-il vraiment James Bond ?

L’élément le plus savoureux de « The Rock » reste peut-être la théorie selon laquelle John Mason serait en réalité 007 lui-même. Agent anglais formé par les services secrets britanniques, emprisonné pour avoir dérobé les secrets les plus sensibles du gouvernement américain, d’origine manifestement écossaise, capable d’évasion et doté d’un charisme ravageur… La chronologie colle et sa capture par les Américains coïncide précisément avec le moment où Connery cessa de jouer Bond à l’écran, ce qui expliquerait limpidement l’arrivée de Roger Moore dans les années 70.

Bay l’a bien compris et utilise le capital culturel de Connery pour engager une conversation familière avec le public. La structure même du film joue d’ailleurs le jeu : un générique stylisé aux symboles poussés jusqu’à l’abstraction qui rappelle les ouvertures Bondiennes, un premier acte bâti sur la menace d’un armement secret, une poursuite urbaine digne des meilleures courses-poursuites de la franchise…

Et si Mason échappe à la capture à la fin sans jamais être vu des autorités, c’est que la légende ne meurt pas.

Une initiative brillante qui donne au film une profondeur inattendue.

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© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Un père, des fils, et le poids de la transmission

Ce qui est moins souvent souligné, c’est à quel point « The Rock » est un film sur la paternité. Goodspeed est mis en branle par l’annonce de la grossesse de sa compagne. Mason, lui, n’accepte de coopérer que dans l’espoir de s’échapper pour rencontrer enfin sa fille. Et la relation entre Cage, chien fou attachant mais sans cadre, et le vieux loup de mer Connery établit une transmission d’ordre paternel : le mentor surgit dans la vie de son fils putatif avant d’en disparaître mystérieusement.

À l’inverse, c’est précisément l’échec de cette transmission qui condamne Hummel : privé de ses fils symboliques par un gouvernement qui méprise ceux qui ont accompli ses sales besognes, il ne peut qu’être progressivement dévoré par ses regrets et ses propres hommes.

Un sous-texte étonnamment personnel pour un blockbuster à 75 millions de dollars.

© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Quand Sean Connery impose Michael Bay

Le saviez-vous ? Sur le tournage, Sean Connery a littéralement sauvé Michael Bay. En raison de son inexpérience, les producteurs de Disney l’avaient sévèrement malmené pour ses dépassements de délais.

Connery est alors intervenu lors d’une réunion, a regardé les hommes en costumes dans les yeux et a lâché :

« Ce garçon fait du bon travail, et vous, vous vivez dans votre put**n de tour d'ivoire ! - Nous avons besoin de plus de put**n d'argent ! » La réponse des producteurs ? « D'accord !! Combien ? »

Bay écrira des années plus tard, dans un hommage au Hollywood Reporter après la disparition de Connery en 2020 :

« Je n’oublierai jamais cet incroyable sourire à la James Bond qu’il me fit en signe d’approbation. Il m’a tant appris. »  Tout est dit.

Plein de personnalité, d’humour et de suspense, « The Rock » est arrivé à l’apogée de l’action des années 90 pour nous offrir un duo devenu légendaire.

C’est la quintessence de l’excès contrôlé, un Bay au sommet de son art, un film que même le plus snob des cinéphiles n’aurait pas honte de regarder.

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© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

Vous l’aurez compris, 30 ans plus tard, « The Rock » se matte toujours avec un plaisir non-dissimulé pour son énergie, son trio d’acteurs géniaux et ses moments de bravour sans temp-mort qui rapportèrent plus 335 millions de dollars au Box-Office

Un sacré bon moment de cinoche qui met à l’amende bon nombre de productions contemporais et qui prouve, une fois pour toutes, que le Bayhem peut être de l’art.

À condition d’apprivoiser la bête !

NOTE :

0 /10

Une note qui reflète notre enthousiasme : « The Rock » reste trente ans après l’un des films d’action les plus aboutis des années 90.

Un casting iconique, une mise en scène enfin à la hauteur de ses ambitions, une musique de Hans Zimmer inoubliable et un sous-texte plus riche qu’il n’y paraît.  Un modèle d’action nerveuse et explosive made in Michael Bay.

Incontournable !

Julien Legrand – le 7 juin 2026.

Sources Photos : 

© 1996 Hollywood Pictures / Don Simpson / Jerry Bruckheimer Films

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