Publicités

Un voyage sensoriel hors du temps

Résurrection (2025)

Avec son troisième long-métrage, après « Kaili Blues », primé à Locarno en 2015, et « Un grand voyage vers la nuit », sélectionné à Cannes et à Toronto en 2018, le cinéaste chinois Bi Gan nous offre une œuvre hors normes qui invite le spectateur à une véritable expérience de cinéma, un incroyable voyage sensoriel, loin des codes et des schémas narratifs courants.

Critique « Résurrection » (2025) : Un voyage sensoriel hors du temps - ScreenTune
© 2025 Alternative Films - HE RUIQIONG

Un monde où l’on ne rêve plus pour rester immortel

« Resurrection » nous convie à entrer dans un monde où les humains ne rêvent plus pour rester immortels. Les rares à s’y adonner sont connus sous le nom de « Rêvoleur ». L’un d’entre eux (Jackson Yee), au bord de la mort, ne parvient plus à distinguer l’illusion de la réalité. Une femme (Shu Qi) décide d’explorer ses rêves successifs pour le comprendre et saisir ce qui le pousse à rêver. Nous plongeons alors avec elle dans ses rêves, déclinés en cinq chapitres, chacun d’entre eux étant associé à l’un des cinq sens et à une période-clé de l’histoire de la Chine du XXe siècle, tout en épousant un style et un univers cinématographique distincts.

Critique « Résurrection » (2025) : Un voyage sensoriel hors du temps - ScreenTune
© 2025 Alternative Films - HE RUIQIONG

Une traversée sensorielle et historique du XXe siècle

Le cinéaste nous transporte ainsi successivement dans les années 1920 pendant les débuts de la République de Chine, à la suite de la chute de la dynastie Qinq (en y associant un premier sens, la vue), puis pendant la guerre civile chinoise et la seconde guerre sino-japonaise, dans les années 1930 et 1940 (l’ouïe), durant la Révolution culturelle des années 1960 et 1970 (le goût), pendant les années 1980, au moment de la réforme économique chinoise après la mort de Mao Zedong (l’odorat), et enfin le 31 décembre 1999, dans l’angoisse du passage à l’an 2000 et sous l’influence culturelle de Taïwan et de Hong-Kong, deux années après sa rétrocession à la Chine (le toucher).

Critique « Résurrection » (2025) : Un voyage sensoriel hors du temps - ScreenTune
© 2025 Alternative Films - HE RUIQIONG

Un hommage vertigineux à l’histoire du cinéma

Le film se veut aussi une véritable déclaration d’amour au 7ème Art, un hommage aux genres cinématographiques les plus divers (polar, science-fiction, film de vampires), ainsi qu’une traversée historique très référencée du Cinéma depuis le temps du muet, et où l’on croise les fantômes des frères Lumière L’arroseur arrosé »), de Murnau (« Nosferatu ») ou encore de Welles (« La dame de Shanghai »).

Sans oublier de nous rappeler, en toute fin de film, l’importance essentielle des salles obscures, dont la disparition, l’effacement s’annonce, implacablement… Le film se déploie pendant 2h40 au fil d’un récit ambitieux, labyrinthique et mystérieux, pouvant aller jusqu’à l’abstraction et l’hermétisme.

Une mise en scène virtuose et un plan-séquence hypnotique 

Le tout sous une forme plastiquement foisonnante et techniquement impressionnante (ah ce plan séquence qui emmène les deux amants du crépuscule à l’aube lors du passage à l’an 2000 !), qui oscille entre puzzle expérimental et sophistication extrême, servi par un riche travail sonore et musical où se croisent Bach, Chopin, des musiques traditionnelles chinoises et l’électro de M83, le groupe français constitué des musiciens multi-instrumentistes Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau.

Critique « Résurrection » (2025) : Un voyage sensoriel hors du temps - ScreenTune
© 2025 Alternative Films - HE RUIQIONG

Une expérience radicale, exigeante et clivante

« Résurrection » impressionne, captive. Il y a ici un voyage sensoriel, une expérience de cinéma rare à vivre, à condition de se laisser cueillir et de s’abandonner aux propositions audacieuses offertes par le cinéaste.

Force est cependant de constater que le résultat reste clivant aux yeux des spectateurs. Car ce film fleuve et monumental (2h40) est perçu tel un tour de force génial et virtuose par de nombreux cinéphiles (ainsi que par le jury cannois présidé par Juliette Binoche qui lui a décerné son Prix spécial), alors que d’autres crient à l’ enfumage bavard et indigeste.

NOTE :

0 /10

Un film hors catégorie, entre fascination et rejet

L’expérience est certes exigeante et déroutante, tortueuse et radicale, au cœur d’un récit complexe, parfois inintelligible, et qui oscille sans répit entre mirages, illusions, rêves et (tristes) réalités, visible et invisible, ombres et lumières, vie et mort, pour nous offrir un voyage envoûtant, hypnotique, aux accents gorgés (voire saturés) de dimensions oniriques, symboliques et métaphysiques…

Au final, un film hors catégorie à découvrir, aussi hallucinant qu’hallu-ciné !

Vincent Legros – Le 18 janvier 2026.

Sources Photos : 

© 2025 Alternative Films

Vous pourriez aussi aimer :

Critique « Le Murder Club du Jeudi » (2025) : Retraite et Cluedo ! - ScreenTune

Critique « Le Murder Club du Jeudi » (2025)

La nouveauté Netflix, « Le murder club du jeudi », était attendu tant pour son casting que pour son histoire mystérieuse à la Agatha Christie  aussi light qu’un thé à la bergamote assaisonné d’une pointe de sarcasmes « so British ». 
Notre critique d’une vieillesse pétillante !

Lire plus »

contact.screentune@gmail.com