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Cat-Sitting imprévisible

Pris au piège (2025)

Trois ans après le très déconcertant « The Whale » – dont le principal intérêt réside peut-être finalement dans le fait qu’il signait le retour sur le devant de la scène de Brendan Fraser après une longue traversée du désert – Darren Aronofsky est de retour avec « Pris au piège – Caught Stealing », un film d’un tout autre genre.

En adaptant le roman éponyme de Charlie Huston (lui-même scénariste), le réalisateur, révélé au monde par le désormais culte « Requiem for a Dream », prend un virage à 180°, ou presque. Il laisse tomber le gore et la crasse (quoique) pour un thriller déjanté, quelque part entre « Pulp Fiction » et « After Hours », le tout dans un style à la Guy Ritchie.

Un « Snatch » 2.0 emmené par la fougue d’Austin Butler et la malice d’un chat plein de mordant.

Notre critique qui déménage.

Critique « Pris au piège - Caught Stealing » (2025) : Cat-Sitting imprévisible ! - ScreenTune
© 2025 Sony Pictures

Synopsis :

Hank Thompson a été un joueur de baseball prodige au lycée, mais désormais il ne peut plus jouer. À part ça, tout va bien. Il sort avec une fille géniale, il est barman la nuit dans un bar miteux à New York, et son équipe préférée, donnée perdante, est en train de réaliser une improbable remontée vers le titre. Quand Russ, son voisin punk lui demande de s’occuper de son chat pendant quelques jours, Hank ignore qu’il va se retrouver pris au milieu d’une bande hétéroclite de redoutables gangsters. Les voilà tous après Hank, et lui ne sait même pas pourquoi. En tentant d’échapper à leurs griffes, Hank doit mobiliser toute son énergie et rester en vie assez longtemps pour comprendre.

Lorsque le nom de Darren Aronofsky apparaît sur une affiche, on ne se dit pas forcément qu’on va passer un moment de franche rigolade et quitter la salle avec la banane. Ceux qui ont vu « Requiem for a Dream » peuvent en témoigner, car peu sont ressorti de ce visionnage totalement indemne. Le cinéaste signe avec « Pris au piège » un film moins viscéral et introspectif que ce à quoi il a habitué le public, mais toujours avec la maitrise et la virtuosité qu’on lui connaît.

Critique « Pris au piège - Caught Stealing » (2025) : Cat-Sitting imprévisible ! - ScreenTune
© 2025 Sony Pictures

On sent que le réalisateur a pris beaucoup de plaisir à tourner ce film qui, sans en avoir l’air, porte bien sa marque, agrémentée d’une bonne dose d’humour, moins habituelle, qu’il dissémine à bon escient. Certes on rigole et on passe un bon moment de cinéma, mais tout cela à un prix, et on souffre en même temps que le protagoniste qui porte en lui les stigmates d’un traumatisme passé et subit sans broncher les coups et les déconvenues au fil des péripéties auxquelles il doit faire face.

Un type qui se retrouve embarqué, bien malgré lui, dans une affaire qui le dépasse — juste parce qu’il se trouvait au mauvais endroit au pire moment — et qui va en prendre plein la figure, à un point presque indécent, au milieu d’événements et de personnages aussi dangereux qu’imprévisibles… bref, un sacré foutoir ! En dehors de son impressionnant coup de batte, c’est un gars tout ce qu’il y a de plus ordinaire, sympa mais avec ses failles, et qui semble incapable de se défendre.

Critique « Pris au piège - Caught Stealing » (2025) : Cat-Sitting imprévisible ! - ScreenTune
© 2025 Sony Pictures

Même si leur importance est moindre ici, les corps meurtris sont toujours partie intégrante chez Aranofsky (« The Westler », « Black Swan »), et « Pris au piège » n’y échappe pas mais de façon moins prépondérante, dans le sens où les blessures, qu’elles soient physiques ou mentales sont au service du récit et non l’inverse.

Avec son magnétisme singulier et son faux air détaché, Austin Butler – affublé d’un chat trop mignon – donne corps à un héros banal mais profondément attachant, dans lequel il est impossible de ne pas se reconnaître un peu. L’acteur, révélé sous les traits d’Elvis, s’érige au fil des rôles comme une valeur sûre du cinéma mondial.

Autour de lui gravite un casting haut en couleur, parfaitement en phase avec le ton du film. Zoë Kravitz incarne sa petite amie, mélange de sensualité et de douceur, qui vient apporter un peu de lumière dans ce monde de brutes. Son alchimie avec Butler donne au récit des respirations tendres, presque fragiles, qui contrastent avec la violence environnante. À l’opposé du spectre, Matt Smith s’éclate littéralement en punk anglais complètement barré, incarnation d’un chaos ambulant dont chaque apparition électrise l’écran. On sent qu’il s’amuse follement, et le spectateur avec lui.

Critique « Pris au piège - Caught Stealing » (2025) : Cat-Sitting imprévisible ! - ScreenTune
© 2025 Sony Pictures

Regina King, elle, campe une flic ambiguë, à la frontière du ripoux et du justicier, toujours imprévisible. Son personnage, tout en nuances, fait partie de ces figures secondaires qui donnent au film une épaisseur bienvenue, rappelant que dans cet univers, personne n’est jamais tout blanc ou tout noir. Mais ce sont sans doute Vincent D’Onofrio et Liev Schreiber qui marquent le plus les esprits. En frères juif d’apparence affables mais redoutables, ils glacent par leur capacité à passer en un instant de l’humour bon enfant au meurtre le plus froid. Ce duo peu orthodoxe fonctionne à merveille, apportant une menace sourde et omniprésente.

Et puis il y a New York, pas  celui qu’on voit sur Instagram, mais celui de la fin des nineties, celui qui cherche un nouveau souffle – crasseux mais vibrant, usé mais bouillonnant de vie. Aronofsky, qui connaît la ville comme sa poche, en restitue une vision brute et organique, filmée comme une jungle urbaine, vivante et prête à engloutir quiconque s’y aventure sans méfiance. Il nous plonge dans les bars miteux, les ruelles sombres saturées de néons, les murs décrépis recouverts de graffitis, les toits branlants où tout peut basculer en une fraction de seconde. La ville devient un personnage à part entière, hostile mais fascinant, miroir de la chute inexorable du héros. Chaque plan semble sentir le bitume chaud et la sueur qui colle à la peau. Un environnement imprévisible qui rend chaque course-poursuite encore plus haletante, chaque plan encore plus nerveux.

Critique « Pris au piège - Caught Stealing » (2025) : Cat-Sitting imprévisible ! - ScreenTune
© 2025 Sony Pictures

Cette immersion est décuplée par le montage, vif et saccadé, qui imprime au récit une énergie fébrile. Découpage brut, caméra embarquée, zooms fulgurants qui fusent comme des uppercuts visuels : le film carbure à l’adrénaline. On retrouve ce ton percutant, cette caméra fiévreuse déjà présente dans « Requiem for a Dream », mais ici débarrassée de sa noirceur existentielle, comme si Aronofsky s’était autorisé à lâcher la bride et à s’amuser, tout simplement.  Il nous embarque dans une spirale de violence et de panique, sans jamais vraiment nous laisser reprendre notre souffle. On rit parfois, mais on grimace tout autant : le film alterne sans cesse entre chaos jouissif et douleur viscérale.

Reste que tout n’est pas sans accroc : le scénario use parfois de ficelles trop évidentes pour faire avancer le récit, multipliant les rebondissements souvent prévisibles au point d’en émousser la tension. Certaines poursuites, volontairement légères, presque burlesques, atténuent la gravité des enjeux. Mais malgré ces faiblesses, l’ensemble tient par son énergie, son rythme et sa capacité à privilégier l’élan vital à l’esbroufe.

Critique « Pris au piège - Caught Stealing » (2025) : Cat-Sitting imprévisible ! - ScreenTune
© 2025 Sony Pictures

Avec « Pris au piège », Darren Aronofsky déjoue les attentes et signe un thriller survolté, foutraque et délicieusement imprévisible. Loin de ses habituelles plongées dans l’abîme humaine, il livre ici une œuvre plus légère en apparence, mais toujours traversée de ses thèmes fétiches : les corps malmenés, les esprits cabossés, et cette petite lueur d’espoir qui refuse de s’éteindre. Emmené par un Austin Butler convaincant et une mise en scène dopée à la caféine, Aronofsky signe un film imparfait mais qui dégage une vitalité communicative.

« Pris au piège » embarque le spectateur dans un tourbillon où chaque instant semble à deux doigts de dérailler, comme si l’ensemble se jouait sur le fil du rasoir, à l’image de son protagoniste, qui subit les évènements sans trop comprendre mais qui trouve à chaque fois (on sait pas trop comment) les ressources pour rebondir.

NOTE :

0 /10

L’énergie du montage vient sublimer une descente aux enfers rocambolesque avec un New-York “underground“ en toile de fond, véritable moteur de cette cavalcade urbaine survitaminée, parfois jubilatoire, souvent déroutante… mais qui toujours retombe sur ses pattes !

Pas un chef-d’œuvre, mais une sacrée virée, à la fois brutale et euphorisante dont la véritable star s’avère finalement être… un chat.

Damien Monami Legros – Le 15 septembre 2025.

Sources Photos : 

© 2025 Sony Pictures

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