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Une épopée fiévreuse sur le rêve américain

MARTY SUPREME (2026)

Pour son second long-métrage en solo après « The Pleasure of Being Robbed », sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes en 2008, Josh Safdie livre une adaptation (cosignée avec Richard Bronstein) de la vie du champion de tennis de table américain Marty Reisman (1930-2012), librement inspirée de son autobiographie « The Money Player : The Confessions of America’s Greatest Table Tennis Champion and Hustler », publiée en 1974.

Dans sa discipline, Reisman fut un joueur professionnel, sacré champion des États-Unis en simple en 1958 et 1960. Surnommé « L’aiguille » (« The Needle », en anglais) en raison de son physique, il a marqué les mémoires par son allure, son charisme, son panache et son style vestimentaire.

Critique « Marty Supreme » (2026) : Une épopée fiévreuse sur le rêve américain - ScreenTune
© 2026 Belga Films

Synopsis :

Manhattan, New York, 1952. Dans le quartier juif du Lower East Side, Marty Mauser (Timothée Chalamet) est vendeur de chaussures dans la boutique de son oncle Murray (Larry Sloman) et couche avec sa petite amie Rachel Mizler (Odessa A’zion), mariée à un autre homme. Marty a un rêve : devenir champion de tennis de table. Mais aux Etats-Unis, le succès de ce sport reste confidentiel. Il file alors vers l’Angleterre (en volant au passage son oncle pour financer son voyage), rêvant de conquérir le British Open et de vaincre le champion hongrois Béla Kletzki (Géza Röhrig). Il y séduit Kay Stone, une actrice déchue (Gwyneth Paltrow), mariée à un sponsor potentiel, l’homme d’affaires Milton Rockwell (Kevin O’Leary). Marty perd en finale contre Koto Endo (Koto Kawaguchi), un Japonais sourd utilisant une raquette innovante, en laissant derrière lui de sérieuses dettes. De retour à New-York, il affronte alors tous ceux qu’il a déçus et floués, pratiquant sans aucun scrupule l’art de la fuite, tout en misant sur une victoire au championnat du monde à Tokyo.

Une mise en scène sous influence : de Martin Scorsese à John Cassavetes

Josh Safdie livre ici une mise en scène grandiose, s’inscrivant, avec rythme et inventivité, dans le sillage de Sidney Lumet, John Cassavetes, Martin Scorsese ou encore Abel Ferrara, présent au casting dans la peau d’Ezra Mishkin,  un vieux mafieux qui va confier à Marty son chien blessé, une marque de confiance qu’il va vite regretter.

Safdie réussit le pari de transformer chaque moment de cet histoire hors norme, même les plus anodins, en scène originale, vibrante, surprenante, voir vertigineuse, en livrant par ailleurs en filigrane une radiographie de l’Amérique des années 1950, inscrite dans le contexte plus large d’un état du monde post-Seconde Guerre mondiale. Le cinéaste met en lumière une vision du « rêve américain » poussant à l’individualisme, incarné par Marty Mauser, un personnage à l’ambition et à l’orgueil surdimensionnés.

Critique « Marty Supreme » (2026) : Une épopée fiévreuse sur le rêve américain - ScreenTune
© 2026 Belga Films

La bande originale de Daniel Lopatin : anachronismes eighties et fièvre sonore

C’est au magicien sonore Daniel Lopatin (alias Oneohtrix Point Never) qu’a été confiée la composition de la bande originale du film. Ce fidèle collaborateur des frères Safdie, qui a également collaboré avec Sofia Coppola, The Weeknd, Rosalía, Iggy Pop ou encore FKA Twigs, ne s’est pas contenté de fournir une partition originale pour l’occasion. En effet, au fil d’une reconstitution bluffante de réalisme, tournée en 35mm et magnifiquement servie par son directeur photo Darius Khodji, qui signe avec ce film sa troisième nomination aux Oscars, Josh Safdie a adjoint au travail de Lopatin plusieurs chansons existantes, pimentant son récit, de façon ludique et anachronique, de tubes eighties (Tears for Fears, Alphaville, New Order, P.I.L.).

Critique « Marty Supreme » (2026) : Une épopée fiévreuse sur le rêve américain - ScreenTune
© 2026 Belga Films

Timothée Chalamet au sommet : une performance habitée et magnétique

Tout en énergie et en magnétisme, Timothée Chalamet (qui officie également en tant que producteur) excelle dans la peau de cet être narcissique, immature et impatient, qui le pousse à forcer le destin et construire sa propre légende, usant et abusant de tous les tours et détours imaginables au dépend de ceux qui l’entourent. Il y a tout d’abord cette transformation physique qui permet au comédien de prendre vie, portant des vêtements qui paraissent toujours trop grands pour sa silhouette filiforme, et ce visage, affublé de cicatrices d’acné sur les joues et d’un duvet-moustache.

À 30 ans, l’icône générationnelle, au palmarès déjà si impressionnant (« Interstellar », « Beautiful Boy », « Les Filles du docteur March », « Don’t Look Up : Déni Cosmique », « The French Dispatch », « Dune », « Wonka », « Un parfait inconnu »), livre une nouvelle performance de très haute tenue, en passant avec une aisance incroyable au travers des différents aspects de sa personnalité, à la fois charmeur, antipathique, cruel ou pathétique. Si son personnage se montre à la fois arrogant, manipulateur, menteur et magouilleur, le comédien parvient toutefois à y insuffler de multiples nuances, qui le rendent fascinant, voir irrésistible, tant dans les moments où il se montre survolté, fougueux, hargneux et exubérant, que ceux où il fait preuve de davantage d’intériorité.

À ses côtés, les personnages secondaires foisonnent et apportent chacun leur part de drame et d’émotions au récit. Au-delà des noms déjà cités, relevons notamment la présence à l’affiche de Fran Drescher (la mère de Marty) et du rappeur Tyler, The Creator (Wally, son meilleur pote).

Critique « Marty Supreme » (2026) : Une épopée fiévreuse sur le rêve américain - ScreenTune
© 2026 Belga Films

Une radiographie grinçante du rêve américain des années 1950

Avec « Marty Supreme », Josh Safdie signe une épopée improbable où la fuite en avant, guidée une ambition dévorante et nourrie d’amoralité, devient un Art, un parcours sinueux et chaotique décliné en montagnes russes faite d’ascension et de chutes, une fable existentielle qui se transforme en un marathon tumultueux où l’arrivée rêvée n’est faite que de gloire et d’argent.

NOTE :

0 /10

Un grand film jubilatoire et passionnant, à la fois grinçant et burlesque, porté et habité de manière magistrale par un comédien au sommet de son Art.

Vincent Legros – Le 2 mars 2026.

Sources Photos : 

© 2026 Belga Film

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