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Fable spatio-temporelle

Life of Chuck (2025)

Rares sont les auteurs à pouvoir se targuer de voir autant de leurs œuvres adaptées à l’écran que ce bon vieux Stephen King. Avec plus de soixante romans à son actif, sans compter les nombreuses nouvelles publiées, il est une source d’inspiration inépuisable pour le 7ème art. Dernier en date, « Life of Chuck », issu du recueil de nouvelles « Si ça saigne », nous invite dans un conte fantastique sur le temps qui passe.

Dans l’univers de Stephen King, certains de ses romans prennent la tangente, délaissant l’horreur pure pour mieux explorer l’intime. « La vie de Chuck », se situe dans cette mouvance, quelque part entre « Les évadés » et « La ligne verte », des récit à contre-courant, doux-amer qui nous emportent sans prévenir.

Mis en scène par Mike Flanagan, « Life of Chuck » fait partie de ces œuvres atypiques, douces et déroutantes, qui se glissent sous la peau sans prévenir. Une fable tendre, un peu mélancolique, souvent lumineuse, sur ce qui fait la beauté — et la fragilité — d’une vie humaine.

Notre avis, garanti sans perte de temps, sur un film aussi mystérieux que l’univers…

Critique « Life of Chuck » (2025) : Fable spatio-temporelle ! - ScreenTune
Photo prise par Dan Anderson - © 2025 NEON

Synopsis :

La vie extraordinaire d’un homme ordinaire racontée en trois chapitres.
Merci Chuck !

Quand on pense à Stephen King, on imagine plus volontiers un hôtel hanté, un clown mangeur d’enfants ou un Saint-Bernard enragé… mais il est surtout un conteur hors-pair, capable de retranscrire à merveille la vie dans ce qu’elle a de plus banal et de porter une réflexion douce et poétique sur la condition humaine.

C’est le cas de « La vie de Chuck », une de ses nouvelles les plus atypiques, publiée dans son recueil « Si ça saigne ».  Ici pas de terreur, pas de sang, pas même une lampe qui clignote. Juste une vie, celle de Charles « Chuck » Krantz, racontée à rebours, comme un album photo feuilleté en accéléré.

Critique « Life of Chuck » (2025) : Fable spatio-temporelle ! - ScreenTune
Photo prise par Dan Anderson - © 2025 NEON

Un récit qui méritait bien une adaptation au cinéma, avec à la réalisation Mike Flanagan, connu principalement pour sa fructueuse collaboration avec Netflix – dont la série d’anthologie « The Haunting » – ainsi que pour son adaptation, plutôt réussie, d’un autre roman du célèbre auteur : « Docteur Sleep ».  Avec ce nouveau projet, celui que l’on considère désormais comme un maître de l’horreur psychologique déjoue toutes les attentes en changeant radicalement de registre. Flanagan troque les maisons hantées pour les souvenirs, les fantômes pour les regrets, et ça fonctionne à merveille, il prouve qu’il n’a pas besoin de spectres pour faire frissonner : l’émotion suffit.

Là où le film frappe fort, c’est dans sa structure. Oubliez la narration classique : « Life of Chuck » se vit plus qu’il ne se suit. C’est une œuvre en trois mouvements, presque musicale, où chaque segment fonctionne comme une variation émotionnelle autour d’un même thème : la vie, dans tout ce qu’elle a de fugace et de précieux. Le spectateur est invité à recomposer le sens, à l’image de ces souvenirs qui nous reviennent en désordre.

Critique « Life of Chuck » (2025) : Fable spatio-temporelle ! - ScreenTune
Photo prise par Dan Anderson - © 2025 NEON

Fidèle à son style, Mike Flanagan prend le parti de la douceur et opte pour une mise en scène feutrée. Il mise sur l’atmosphère, sur l’émotion brute, sur les silences qui disent plus que mille mots. Il ne cherche pas à faire pleurer à tout prix, mais il touche souvent  juste, que ce soit par une image, une phrase, une musique bien placée. On pense à cette scène de danse improvisée au milieu de l’apocalypse, presque surréaliste, mais tellement bouleversante qu’elle en devient le cœur battant du film.

Le film se démarque par ses plans contemplatifs, une lumière chaude, presque crépusculaire, peu de musique tonitruante, beaucoup de silences… et une narration éclatée qui peut en dérouter certains… mais qui finit par retomber sur ses pieds avec une belle élégance. On pense parfois à « Stand by Me », dans cette manière de raconter l’essentiel à travers le détail. On retrouve aussi un peu de « La vie rêvée de Walter Mitty », dans cette impression que la réalité est peut-être plus étrange — et plus magique — qu’il n’y paraît.

Critique « Life of Chuck » (2025) : Fable spatio-temporelle ! - ScreenTune
Photo prise par Dan Anderson - © 2025 NEON

Dans le rôle-titre, Tom Hiddleston, toujours aussi magnétique, livre une prestation pleine de subtilité et d’une pudeur rare. Sans jamais surjouer, il incarne Chuck comme un homme ordinaire, discret, presque effacé… mais dont la présence finit par rayonner sur tous ceux qui l’entourent. Son jeu tout en retenue donne à l’histoire une gravité paisible, une mélancolie douce qui n’est jamais plombant. Il impressionne dans sa capacité à rendre ce personnage banal, totalement inoubliable et profondément attachant, avec trois fois rien : un regard, un sourire, une façon de traverser la vie en la regardant de côté. Une sorte de Forrest Gump, la naïveté en moins.

Et quel plaisir de retrouver Mark Hamill, notre Jedi préféré, dans un rôle plus discret mais tout en finesse. Méconnaissable, il prouve, dans un registre plus intime, qu’il n’a pas besoin de maîtriser la force pour impressionner. On en oublierait presque le reste de la distribution qui s’avère tout aussi excellent, avec Chiwetel Ejiofor, Karen Gillan ou encore le jeune Jacob Tremblay qui a bien grandi depuis ses premier émois d’acteur dans « Room ».

Critique « Life of Chuck » (2025) : Fable spatio-temporelle ! - ScreenTune
Photo prise par Dan Anderson - © 2025 NEON

Outre son excellent casting, « Life of Chuck » est profondément imprégné de cette poésie du quotidien propre à Stephen King. Pas celle des monstres tapis dans l’ombre, mais celle des gestes simples, des douleurs sourdes, des souvenirs d’enfance, des visages qui s’effacent trop vite. On y retrouve ce regard tendre, parfois nostalgique, porté sur l’Amérique de l’intérieur, ses maisons ordinaires, ses routes de campagne, ses visages marqués par le temps.

Les gens ordinaires ont parfois des vies extraordinaires, du moins quand on prend le temps de les regarder. Et c’est exactement ce que fait « Life of Chuck ». Le film n’a pas besoin d’intrigues alambiquées ni de rebondissements tonitruants. Il préfère les petits miracles du quotidien, les éclats de rire inattendus, les danses improvisées dans un parking pendant l’apocalypse. Un peu absurde, beaucoup touchant.

Alors bien sûr, « Life of Chuck » ne plaira pas à tout le monde. Certains lui reprocheront son rythme lent, son refus de l’intrigue linéaire, son goût pour les métaphores. Mais c’est précisément dans cette approche contemplative que réside sa force. Le film n’est pas là pour impressionner, mais pour faire ressentir. Il nous tend un miroir, discret mais sincère, sur nos propres vies — et nos fins inéluctables.

Critique « Life of Chuck » (2025) : Fable spatio-temporelle ! - ScreenTune
Photo prise par Dan Anderson - © 2025 NEON

« Life of Chuck » est une œuvre sensible, atypique et profondément humaine. C’est un conte réaliste, une méditation aigre-douce sur la mémoire, le temps qui passe et la trace que l’on laisse. Mike Flanagan, avec sa mise en scène feutrée, y trouve un équilibre fragile mais idéal entre la fable existentielle et le drame intime. Un film qui ne cherche pas à briller, mais qui réchauffe durablement. Et qui nous rappelle, simplement, que toute vie mérite d’être célébrée.

Mike Flanagan signe une œuvre douce, sensible et profondément humaine. Porté par un Tom Hiddleston touchant de sincérité, le film interroge avec poésie la manière dont on mesure une vie : non pas en exploits, mais en souvenirs. À mi-chemin entre la fable existentielle et le conte moderne, c’est un film qui ne paie pas de mine mais qui touche au cœur et reste longtemps dans la tête – on en entendra encore parler dans vingt ans, pari tenu.

NOTE :

0 /10

« Life of Chuck » ne cherche pas à révolutionner le cinéma. Il ne hurle pas, ne chope pas le spectateur par le col. Il murmure des vérités simples, parfois banales qui résonnent pourtant en chacun de nous : chaque vie compte, chaque moment peut être précieux.

Et même si le monde finit par s’effondrer, une danse improvisée au bord du vide vaut bien tous les discours.

Damien Monami Legros – Le 7 juillet 2025.

Sources Photos : 

© 2025 Neon

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