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Destinées compromises !

Les Rayons et les ombres (2026)

Le réalisateur césarisé Xavier Giannoli  met en scène Jean Dujardin dans la peau du  journaliste Jean Luchaire, dans « Les Rayons et les ombres », une vaste fresque sur la collaboration en France occupée.

Notre critique d’une époque trouble qu’on espère ne jamais revivre ! 

 Critique « Les Rayons et les ombres » (2026) : Destinées compromises ! - ScreenTune
© 2026 Cinéart

Synopsis :

Deux amis, Jean Luchaire (Jean Dujardin) et Otto Abetz (August Diehl), se battent pour la paix en Europe. Dans les années 1920, ils œuvrent pour l’amitié franco-allemande. Quand vient la Seconde Guerre mondiale, Otto Abetz est nommé ambassadeur du Reich à Paris et se rapproche de son ami… En 1940, Jean Luchaire crée un journal Les Nouveaux Temps ouvertement collaborationniste tandis que sa fille Corinne, actrice de cinéma, tente de se faire une place dans la France occupée…

Xavier Giannoli après Illusions perdues 

Cinq ans après le succès d’ »Illusions perdues » (7 Césars dont celui du meilleur film), le réalisateur Xavier Giannoli revient avec « Les Rayons et les ombres » qui tient son titre d’une œuvre de Victor Hugo publiée en 1840.  En voici un extrait issu d’un poème adressé à Mademoiselle Louise B. Ces quelques vers aussi édifiants que prémonitoires résument assez bien le sens du long (très long) métrage de 3h15 :

L’humanité se lève, elle chancelle encore, Et, le front baigné d’ombre, elle va vers l’aurore. Tout l’homme sur la terre a deux faces, le bien Et le mal. Blâmer tout, c’est ne comprendre rien. Les âmes des humains d’or et de plomb sont faites. L’esprit du sage est grave, et sur toutes les têtes Ne jette pas sa foudre au hasard en éclats. Pour le siècle où l’on vit - comme on y souffre, hélas ! — On est toujours injuste, et tout y paraît crime… 

 Critique « Les Rayons et les ombres » (2026) : Destinées compromises ! - ScreenTune
© 2026 Cinéart

Une plongée troublante dans la France occupée

Cette fresque  très riche, remarquablement filmée, couvre plus d’une décennie de la vie des principaux protagonistes,  magnifiée par les prestations de Jean Dujardin et de la magnétique Nastya Golubeva Carax (« Les sentinelles »),  fille du réalisateur Leos Carax (« Annette » en 2021) et de la regrettée actrice Katerina Golubeva (« L’intru » en 2004).

 Critique « Les Rayons et les ombres » (2026) : Destinées compromises ! - ScreenTune
© 2026 Cinéart

Un hommage assumé

« Les Rayons et les ombres » est un film inclassable et malaisant… On pourrait presque le résumer en ces termes, bulles de champagne, bouffées de cigarette et crachats…
En effet, le Paris occupé brûle la chandelle par les deux bouts (comme les collabos), entre nuits d’orgie (dont la mise en scène n’est pas sans évoquer certaines scènes du film « Babylon » en 2022 de Damien Chazelle),  les galas offerts par les occupants, où le champagne coule à flots (malgré les privations) et où les volutes des cigarettes embrument l’atmosphère…

Quant aux crachats et autres éructations , elles sont le fait du père et de la fille atteints l’un et l’autre de la tuberculose.

Le réalisateur dans une longue parenthèse ne nous ne épargne rien des soins en sanatorium que subit la pauvre jeune femme et de sa fuite en avant…

La vraie Corinne Luchaire a publié en 1949 une autobiographie « Ma drôle de vie ».

 Critique « Les Rayons et les ombres » (2026) : Destinées compromises ! - ScreenTune
© 2026 Cinéart

Un récit dense sur l’opportunisme et les compromis

La seule explication que l’on peut raisonnablement trouver aux comportements du père et de la fille (dans le film) ; c’est qu’ils se savent condamnés par la maladie à plus ou moins brève échéance et puisque le présent qu’on leur offre est bon à prendre, ils le vivent sans penser aux conséquences, faisant des compromis avec leur conscience, se trouvant des excuses et essayant de faire ce qui semble juste quand ils le peuvent…

NOTE :

0 /10

Entre fascination et malaise : un film dérangeant

Le réalisateur a choisi d’inclure la vie de Jean Luchaire et de sa fille (occultant les autres enfants de la famille) dans une grande reconstitution couvrant outre la période de guerre, les années 30 en portant un regard critique sur la société française de l’époque. Admirablement joué par Jean Dujardin, Jean Luchaire n’est ni détestable ni sympathique, il est comme son état de santé, tour à tour fringant ou perdu et constitue un édifiant exemple de l’opportunisme ou de l’aveuglement idéologique en ces temps incertains…

Le paradoxe pour le spectateur, épuisé par la longueur du film, c’est qu’il sort de la projection avec un goût âcre en bouche, pas seulement à cause des effluves des milliers de cigarettes consumées ni par les affres de la tuberculose mais parce qu’il se demande  combien de temps il faudra à la Société pour se remettre de ces cinq années de collaboration…

La note s’explique par la qualité des reconstitutions in situ, (le retour de Napoléon II aux Invalides, les soirées dans l’ambassade d’Allemagne, etc..) les décors et les costumes mais surtout le talent des trois principaux protagonistes dont la troublante Nastya Golubeva (20 ans).

Un film pour la mémoire et pour l’Histoire, certes, mais un récit difficile, indigeste et troublant !

A conseiller à partir de 16 ans. 

Yves Legrand – Le 18 mars 2026.

Sources Photos : 

© 2026 Cinéart

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