Guy Ritchie rate encore sa cible

In the Grey (2026)

Depuis Snatch, Guy Ritchie a le don de convaincre du beau monde de le suivre dans ses aventures et le talent de les faire regretter d’avoir dit oui.

Avec « In the Grey », il réunit cette fois Henry Cavill et Jake Gyllenhaal dans un film d’espionnage aux allures de grande promesse. Sur le papier, les retrouvailles entre le réalisateur d’« Agents Très Spéciaux – Code U.N.C.L.E » et son Napoléon Solo d’origine avaient de quoi faire saliver.

Dans la salle ? C’est une autre histoire.

Retour sur un film maudit qui a mis trois ans à sortir et qu’on comprend un peu pourquoi. 

Critique « In the Grey » (2026) : Guy Ritchie rate encore sa cible - ScreenTune
© 2026 The Searchers

Synopsis :

Une unité d’élite est chargée de récupérer des fonds pour le compte de clients fortunés. Pour mener à bien leur mission, une avocate ambitieuse (Eiza González) et deux agents (Henry Cavill et Jake Gyllenhaal) forment un trio aussi improbable qu’explosif. Entre trahisons, coups tordus et action à gogo, ils devront faire équipe pour s’en sortir.
« In the Grey » est réalisé par Guy Ritchie sur un scénario de Guy Nattiv. Le film réunit Henry Cavill (Agents Très Spéciaux – Code U.N.C.L.E, Superman), Jake Gyllenhaal (The Covenant, Road House) et Eiza González (Baby Driver, Le Ministère de la Sale Guerre).

Guy Ritchie tourne plus vite qu’il ne pense. Et ça se voit.

Il faut rendre justice à Guy Ritchie sur un point : il bosse.

Pendant qu’« In the Grey » prenait la poussière dans les entrepôts de Lionsgate,  tourné fin 2023, finalement sorti en mai 2026, soit presque trois ans plus tard ;  le cinéaste avait entre-temps mis en boîte « Fountain of Youth » avec Natalie Portman, tourné la comédie « Wife & Dog » avec Benedict Cumberbatch et Rosamund Pike, enchaîné « Viva la Madness » avec Jason Statham, et lancé deux séries pour les plateformes. Un rythme de production qui ferait pâlir d’envie un Jean-Pierre Mocky en grande forme.

Le problème, c’est que la quantité n’a jamais vraiment compensé la qualité. Depuis « Snatch » et « Arnaques, Crimes et Botanique », le cinéaste enchaîne les projets avec un bonheur inégal : quelques réussites (« The Gentlemen », « Code U.N.C.L.E », « The Covenant »), beaucoup de ratés (« Opération Fortune : Ruse de guerre », « Fountain of Youth »), et une tendance de fond à livrer au studio exactement ce qu’on lui demande ni plus, ni moins.

Un exécutant stylé, certes, mais un exécutant quand même.

Critique « In the Grey » (2026) : Guy Ritchie rate encore sa cible - ScreenTune
© 2026 The Searchers

Cavill et Gyllenhaal : le duo qui ne prend jamais feu

Sur le papier, associer Henry Cavill et Jake Gyllenhaal est une idée enthousiasmante. Deux acteurs taillés dans la même roche, capables d’endosser l’action physique avec crédibilité, on se souvient du Gyllenhaal habité et intense de « The Covenant », l’un des meilleurs films de Ritchie, où il portait le film à bout de bras avec une sobriété remarquable.

Ici, les deux compères semblent davantage sur pilote automatique que véritablement investis.

Gyllenhaal livre un jeu au strict minimum, loin de la profondeur qu’il avait démontrée dans les terres afghanes de « The Covenant ».

Cavill, toujours impeccable de prestance et de classe, semble lui aussi en roue libre, bien loin de la sophistication et de l’ironie mordante de son Napoléon Solo dans « Code U.N.C.L.E », sa meilleure collaboration avec Ritchie. On attend une étincelle entre eux. Elle ne viendra jamais vraiment.

Quant à Eiza González, fidèle à elle-même, elle occupe son espace avec ce mélange de beauté et d’efficacité qui est sa marque de fabrique sans vraiment creuser ni surprendre. Ritchie, comme à son habitude, ne sait visiblement pas quoi faire de ses personnages féminins au-delà de les faire paraître compétentes et bien habillées.

Critique « In the Grey » (2026) : Guy Ritchie rate encore sa cible - ScreenTune
© 2026 The Searchers

Un scénario bancal qui se cherche pendant une heure

« In the Grey » souffre d’un problème structurel majeur : on ne sait pas vraiment où il veut aller pendant quasiment une heure. Le film s’embourbe dans ses propres mécanismes de mise en scène, voix off omniprésentes, split screens décoratifs, multiplication des lieux et des séquences d’exposition, sans que tout cela ne serve réellement la narration.

C’est le paradoxe Ritchie dans ce qu’il a de plus agaçant : cette énergie formelle que le cinéaste met en œuvre pour cacher le vide de son scénario.

Aller vite, toujours plus vite, avant que le spectateur réalise que l’histoire de recouvrement de créances musclée ne tient pas vraiment debout, que les dialogues sonnent creux malgré leur préciosité affichée, et que les enjeux ne provoquent pas grand-chose d’autre qu’un haussement d’épaules.

Critique « In the Grey » (2026) : Guy Ritchie rate encore sa cible - ScreenTune
© 2026 The Searchers

De l’action lisible, mais sans fièvre

Quand « In the Grey » arrête enfin de se regarder tourner et passe aux choses sérieuses, c’est honnête. Les séquences d’action, lisibles et bien chorégraphiées, offrent ce que le public venu pour ça attendait : du mouvement, de la testostérone et quelques séquences bien senties où Cavill et Gyllenhaal montrent qu’ils savent se servir d’un lance-roquettes.

Ritchie sait filmer l’action physique : c’est son fond de commerce depuis ses débuts et on ne lui retirera pas ça.
Pourtant  comparé à la tension viscérale de « The Covenant » ou à l’élégance stylistique de « Code U.N.C.L.E », c’est un peu maigre.

On s’amuse un peu, on s’ennuie beaucoup, et on repart avec le sentiment tenace d’avoir assisté à un film qui s’est contenté du service minimum.

La promesse trahie d’un grand duo 

Le vrai drame d’« In the Grey », c’est moins sa médiocrité que l’occasion manquée qu’il représente. Ritchie & Cavill, c’était la promesse de retrouver l’esprit de « Code U.N.C.L.E » ; ce film d’espionnage sixties aussi chic qu’irrévérencieux, trop vite oublié, où Cavill avait démontré tout son potentiel comique et charismatique. Y ajouter Gyllenhaal, acteur capable du meilleur quand on lui en donne les moyens, aurait dû donner quelque chose de roboratif.

À la place, on a un film tourné en quelques semaines, mis au placard par son distributeur, sorti en catimini en mai 2026 sur 2 000 écrans pour ne rapporter que 3 petits millions de dollars le premier week-end aux Etats-Unis, derrière « Projet Dernière Chance », qui en était pourtant à sa neuvième semaine d’exploitation.

Un désastre discret, pour un film qui méritait au moins le droit d’exister vraiment. 

Critique « In the Grey » (2026) : Guy Ritchie rate encore sa cible - ScreenTune
© 2026 The Searchers

Guy Ritchie, série B et grande boucherie

Le cinéaste qui nous avait offert « Snatch », « Arnaques, Crimes et Botanique », « The Gentlemen » et le très attachant « Agents Très Spéciaux – Code U.N.C.L.E » semble désormais fonctionner en pilote automatique.

« In the Grey » n’est ni un nanar jouissif ni un film potable : c’est du Ritchie pur jus depuis quelques années, ni vraiment bon ni franchement mauvais, aussi vite vu et presque aussitôt oublié.
Dommage.

On espère que « Wife & Dog » ou « Viva la Madness » lui redonneront l’envie de vraiment se donner.

Le talent est là mais la flemme aussi. 

NOTE :

0 /10

Faut-il voir « In the Grey » ?

Une note qui résume bien l’affaire : « In the Grey » est un film de confort pour son réalisateur, pas un film d’ambition.

Le duo Cavill/Gyllenhaal méritait mieux qu’un script bancal et une mise en scène en pilote automatique.

À regarder un dimanche soir d’un oeil distrait, si vraiment vous avez épuisé toutes les autres options de vrais bons films !

Julien Legrand – Le 21 août 2026.

Sources Photos et sources : 

© 2026 The Searchers

Vous pourriez aussi aimer :

contact.screentune@gmail.com