
Critique de « The Mule » (2019) – « Papy fait de la résistance »
Après l’échec de son dernier long métrage « 15h17 pour Paris », Eastwood était attendu au tournant. Avec « La Mule », il propose une sorte de western moderne.
Après « Space Cowboys », Clint Eastwood revient à ses premières amours, le thriller urbain, un genre qu’il maîtrise bien depuis la série des « Inspecteur Harry ».
Notre critique d’un film qui a du coeur mais qui manque parfois de souffle !
Terry McCaleb (Clint Eastwood) est l’un des meilleurs profilers du FBI. Une nuit, il se rend dans une maison où un carnage a eu lieu. Dans une chambre, un message inscrit sur un mur lui est adressé par le « tueur au code », un tueur en série qu’il traque. Il est surnommé ainsi, car il inscrit sur chacune de ses scènes de crime un message à Terry. Ces messages comportent tous une série de chiffres, dont la signification reste mystérieuse.
McCaleb sort dans la rue, où les journalistes se ruent sur lui pour l’interroger. Il remarque des taches rouges, vraisemblablement du sang, sur les chaussures d’une personne en arrière de la foule. Il se fraie un chemin en sa direction, la personne s’enfuit et il court après dans les rues obscures. Après une longue course, le suspect escalade une clôture. Terry s’agrippe à son pied, lui arrache une chaussure, puis s’écroule à terre, victime d’un infarctus. Le suspect qui avait repris sa course de l’autre côté de la clôture, fait demi-tour, l’observe et revient prudemment vers lui en restant dans la pénombre. Terry prend son révolver et vide son chargeur dans sa direction. La personne est blessée et s’enfuit. Terry s’évanouit.
Deux ans plus tard, Terry est à l’hôpital, un cœur lui a été greffé il y a deux mois. Il vit en retraité paisible sur son bateau, amarré dans le port de plaisance de Long Beach. Peu après, Graciella Rivers (Wanda De Jesus), dont la sœur a donné le cœur à McCaleb, vient lui demander d’élucider le meurtre de sa sœur.
Terry quitte donc sa paisible retraite pour enquêter et, en quelque sorte, payer la vie qu’il doit à sa sauveuse, en compagnie de son voisin Jasper « Buddy » Noone (Jeff Daniels).
Avec « Créance de sang », adapté du roman (« Blood Work ») de Michael Connelly, Clint Eastwood revient à ses premières amours, le thriller urbain, un genre qu’il maîtrise mais aussi à ses thèmes de prédilection, la vieillesse et le devoir. Un rôle écrit pour lui… Le flic retraité qui a survécu grâce au coeur de la victime d’un meurtre et à qui on demande de résoudre cet homicide.
Michael Connelly est l’un des maîtres du polar. Son premier roman s’intitule « Les Égouts de Los Angeles » (1989) dans lequel apparaît son héros récurrent, Harry Bosh, un inspecteur de LAPD. Quant à « Créance de sang » (1997), c’est le premier roman avec le profiler retraité Terry McCaleb .
Clint Eastwood est une nouvelle fois acteur, réalisateur et producteur dans cette adaptation cinématographique.
Il incarne parfaitement ce personnage marqué par la vie, dont l’état physique va de pair avec son âge ; une sorte d’inspecteur Harry vieillissant, à la santé fragile, qui nécessite des siestes régulières…
Ce film fait partie des cinq films tournés entre « Sur la route de Madison » (1995) et « Mystic River » (2003), période considérée par certains critiques comme faiblarde dans la filmographie d’Eastwood. C’est un peu injuste car à l’exception de « Space Cowboys », ces longs-métrages présentent tous un intérêt indéniable, bien que les recettes au box office n’aient pas été au rendez-vous.
Les fans de Clint dresseront des parallèles avec certaines productions antérieures. Eastwood était déjà confronté à un tueur en série dans « La corde raide » où il campait l’ambigu Wes Block inspecteur de la Nouvelle-Orléans. Dans la même veine, le psychopathe joué par John Malkovich qui laisse des messages de défi à Eastwood, dans le film : « Dans la ligne de mire ».
Ces deux films sont un cran supérieur à « Blood Work » pour des raisons de scénario mais également d’interprétation.
Avec « Créance de sang », Clint Eastwood livre un thriller policier élégant et mélancolique qui explore les thèmes de la vieillesse, de la culpabilité et de la rédemption.
Si cette adaptation du roman de Michael Connelly n’atteint pas l’intensité de ses plus grands polars, elle reste une œuvre attachante, portée par un Eastwood toujours aussi charismatique, aussi convaincant derrière la caméra que devant l’objectif.
Au final, un thriller intéressant même si le scénario de Brian Helgeland (« Braveheart ») n’apporte pas le dynamisme espéré à l’excellent roman de Michael Connelly.
« Blood Work », « Créance de sang » est le dernier film d’Eastwood dont Lennie Niehaus a composé la musique .
Depuis 1984 et La corde raide cité plus haut, il avait signé les musiques de « Haut les flingues ! », « Pale Rider, le cavalier solitaire », « Le maitre de guerre », « Bird », « Chasseur blanc, cœur noir », « La relève », « Impitoyable », « Un monde parfait », « Sur la route de Madison », « Les pleins pouvoirs », « Minuit dans le jardin du bien et du mal », « Jugé coupable » et « Space Cowboys ».
On regrettera nombre de simplifications apportées à l’intrigue imaginée par l’écrivain américain. Brian Helgeland supprime une large partie des personnages secondaires mais le changement le plus notable est le vieillissement de l’enquêteur, l’expert dans la recherche des tueurs en série est , en effet, âgé de 46 ans dans le roman mais en affiche de 72 dans le film…
Yves Legrand – Le 4 août 2026.
Sources Photos et sources :
© 2002 Warner Bros

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