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Ready Player One

Alors que son récent « The Post » (la critique ici) vient de terminer son exploitation en salle, Steven Spielberg est déjà de retour avec « Ready Player One », adaptation du roman éponyme d’Ernest Cline. C’est l’auteur lui-même qui signe la transposition de son œuvre à l’écran, autant dire que la plupart des éléments de l’intrigue seront respectés.

Avec « Ready Player One », le papa des « Dents de la Mer » signe son grand « comeback » à la science-fiction, 13 ans après l’excellent et sous-estimé « La Guerre des Mondes » avec Tom Cruise. Une tâche difficile ? Pas pour Steven Spielberg !

Un best-seller qui fait la part belle à la Pop culture, un cinéaste de génie et un casting composé de jeunes pousses talentueuses. Ce nouveau Spielberg a tout pour plaire et offrir une aventure virtuelle détonante à tous amateurs de jeux vidéo et autres riches univers culturels.

Avec « Ready Player One », Spielberg donne à son public une œuvre pétillante qui ne s’offre aucune limite. Le réalisateur de 71 ans plonge son spectateur dans un univers, l’OASIS, où tout est permis ! Dès son introduction soutenue par les notes de « Jump » de Van Halen, le long métrage annonce la couleur dans une course de bolides trépidante et haletante ! 

 

« Ready Player One » est un excellent moment de cinéma. Parfois jubilatoire et magnifique, il offre un dépaysement garanti grâce à une mise en scène soignée et ingénieuse, en plus d’effets spéciaux absolument étourdissants.

 

 

Après son ouverture tonitruante qui lance son histoire sur un rythme effréné, le long métrage oscille entre un rythme mélancolique qui pourrait lasser son public et une course contre la montre qui augmente crescendo, parfois même un peu trop.  Car les plus gros défauts de l’entreprise « Ready Player One » sont : sa trop grande densité par rapport à son univers trop riche de références, en plus du rythme imposé par son réalisateur et de l’omniprésence de sur-découpage de plans. 

 

De plus, Spielberg a tendance à s’enfermer dans le monde virtuel de l’OASIS plutôt que de décrypter la réalité environnante de cet univers dystopique que veulent fuir les personnages.

 

Parfois fascinant d’ingéniosité et d’audace, « Ready Player One » est surtout une déclaration d’amour au cinéma faite par son réalisateur, véritable icône pop et monument du Septième Art, en plus d’être aussi une ode au monde du jeu vidéo, dont il reprend les grands fondements (construction, codes, méthodologie) sans jamais les dénaturer.

 

Car tout ce que touche Spielberg est souvent fait avec intelligence et respect, « Ready Player One » ne tombe jamais dans les travers d’autres adaptations grâce au talent de son auteur, mais on lui accordera cependant un scénario convenu et sans surprise, en plus d’une romance inutile et parfois peu inspirée qui s’étale sur 2h20.

C’est simple, le cinéaste se lâche et signe un film à l’opposé de tout ce qu’il a pu faire auparavant. Presque une œuvre testamentaire, « Ready Player One » est la définition même du cinéma « spielbergien ».

Car sous ses airs de film coloré et d’aventure, « Ready Player One » cache des questionnements philosophiques sur le cinéma de son auteur.

Entrer dans ce monde virtuel permet au metteur en scène de réaliser tous ses fantasmes (réécrire certains de ses films, participer à une expérience vidéoludique, alterner entre réel et virtuel, …).

Spielberg s’approprie le roman de Cline pour y déployer tout son patrimoine cinématographique, y réinventer une grammaire de cinéma et oser des transitions impossibles pour imprimer au récit une atmosphère sublime (la séquence déjà culte d’hommage à Kubrick d’une beauté et d’une aisance technique folle). Chaque scène semble pensée dans les moindres détails, un vrai film expérimental et personnel.

Au fil des minutes, « Ready Player One » se transforme en véritable autoportrait de son cinéaste. Spielberg se démultiplie et s’identifie derrière trois personnages de son film : L’un d’abord, Halliday, interprété par Mark Rylance (« Dunkerque » de Nolan) génie crédule et bienveillant qui tente d’offrir rêves et évasion au monde dans ce jeu de réalité virtuelle qu’il a mis au point. Halliday peut être vu comme le Spielberg actuel, celui qui est confronté à son héritage et à ses responsabilités, un inventeur qui a façonné l’imaginaire collectif et qui doit affronter sa création. La deuxième incarnation de Spielberg peut être vue au travers du jeune Wade Watts(Tye Sheridan), un adolescent animé par l’imaginaire et le merveilleux, qui veut surpasser ses pairs et créer pour les autres. Et le troisième, incarné par Nolan Sorrento (Ben Mendelsohn, « Star Wars : Rogue One »), l’industriel cynique et prêt à tout pour s’approprier l’OASIS afin de maximiser ses profits. Celui-ci peut être vu comme le Spielberg faiseur de blockbusters qui doivent rapporter de l’argent à tout prix au mépris du travail artistique (voir « Jurassic Park : Le Monde Perdu », « Indiana Jones 4 », …). 

Trois avatars de Spielberg qui se questionne sur son cinéma et qui affronte sa propre image pour mieux faire le bilan de plus de 40 ans de carrière.

En affrontant sa propre image, le papa d’ « E.T., l’extraterrestre » signe un film audacieux, radical et spectaculaire en offrant des références culturelles à tout va soutenues par des effets spéciaux travaillés et poétiques.

Pourtant, « Ready Player One » pourrait rebuter une partie de son audience qui ne connait pas grand-chose aux clins d’œil qui se trouvent sous ses yeux, que ce soit pour les plus jeunes ou les plus vieux. Mais là est également toute l’intelligence de Spielberg, qui ne fait jamais dans la gratuité référentielle car tous sont cohérents avec l’univers dépeint à l’écran. 

Nul besoin de les marquer au fer rouge à l’image pour les dénicher et ainsi ne pas tomber dans le plus pur « fan-service » qui pourrait faire décrocher le spectateur de son intrigue.

 

 

Malgré quelques défauts, « Ready Player One » est un très bon moment de cinéma dans lequel Spielberg pose un profond regard sur sa carrière de cinéaste. Soutenu par une mise en scène d’une maestria indéniable, le metteur en scène signe un nouveau tour de force d’une générosité débordante dans lequel les spectateurs assidus tenteront de débusquer les nombreuses références culturelles présentes à l’écran.

 

 

Une aventure colorée dans laquelle Spielberg réveille la nostalgie de notre enfance et qui reprend habilement la magie de certains de ses films pour en distiller les plus belles influences tout en démontrant qu’il est capable de s’adapter au cinéma de son époque. 

 

Pas un chef d’œuvre mais bien un hommage vibrant à la pop-culture et au cinéma pour notre plus grand plaisir.

 

Que la chasse aux easter eggs commence !

 

 

Note: 7,5/10

 

Julien Legrand – 03 avril 2018

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