Itinéraire d’une actrice surdouée

Jodie Foster

Un charme électrisant, une élocution parfaite, un Français impeccable, un jeu prodigieux, une classe inégalable et une brillante actrice. Vous l’aurez compris, Jodie Foster collectionne tous les superlatifs et fait partie intégrante de ce qui se fait de mieux à Hollywood.


Après plusieurs décennies à arpenter les plateaux de cinéma, sur lesquels elle a enchainé les succès prestigieux (« Taxi Driver », « Panic Room », « Contact ») et les récompenses aux Oscars (le génial « Les Accusés » en 1989 et le chef d’œuvre « Le Silence des Agneaux » en 1992), Jodie Foster continue de nous étonner en ajoutant à sa palette, des talents de réalisatrice hors du communs avec le déroutant « Le Complexe du Castor » en 2011 et le maitrisé « Money Monster » en 2016.

Une femme incroyable qu’il est temps de vous faire découvrir sur ScreenTune.

 Jodie Foster de son vrai nom, Alicia Christian Foster est née le 19 novembre 1962 à Los Angeles. Elle est la fille de Lucius Foster III et d’Evelyn Brandy Foster née Almond. Son père est un ancien lieutenant-colonel dans l’Armée de l’Air américaine reconverti dans l’immobilier où il a fait fortune avant la naissance de sa fille.
La jeune actrice va démarrer sa carrière dès son plus jeune âge, à deux ans exactement, elle est engagée pour tourner des spots publicitaires notamment pour des crèmes bronzantes. Jodie Foster a tout de l’enfant prodige puisqu’elle sait lire couramment dès l’âge de trois ans. Un atout indéniable qui va l’aider à enchainer avec des rôles dans des séries télévisées à partir de 1968 (notamment dans « Mayberry R.F.D. », dans laquelle son frère Buddy exerçait déjà ses gammes). Elle va ensuite, quelques années plus tard, faire ses débuts sur grand écran dans « Napoleon and Samantha », aux côtés de Michael Douglas.

Des expériences et une célébrité qui pourraient s’avérer traumatisante pour une jeune enfant mais pas pour Jodie Foster, comme elle l’a expliqué dans « Libération » : « Ma rébellion s’est superposée à mon travail. Je n’ai pas vécu mon enfance comme une contrainte mais comme une éducation. Se retrouver à quinze ans avec des adultes qui vous traitent en égale est plutôt gratifiant et ne pousse nullement à la révolte. »

Grâce à sa famille et surtout au soutien de sa maman, qui élève seule ses enfants, et court avec eux les castings de Los Angeles.

A l’époque, Jodie compose parfaitement sur deux tableaux, la comédie et les études, qu’elle suit brillamment au lycée français de Los Angeles dans un programme pour enfants surdoués.

  • Martin Scorsese le dénicheur de talent :

En 1974, sur le tournage d’« Alice n’est plus ici », le grand Martin Scorsese la remarque, une rencontre qui va bouleverser sa vie et la propulser parmi les grands espoirs du cinéma. Le futur cinéaste de « Shutter Island » va lui proposer en 1976 le rôle d’Iris Steensma, une jeune prostituée de 13 ans, dans le fabuleux « Taxi Driver » aux côtés de Robert De Niro. Le début de la consécration et de l’envolée de sa carrière.

La critique et le public sont bluffés par sa superbe prestation qui lui vaut d’ailleurs sa première nomination aux Oscars comme « meilleur second rôle ».

Toujours en 1976, la jeune actrice interprète, une vamp dans une parodie de comédie musicale sur la mafia joué exclusivement par des enfants : « Bugsy Malone » (« Du rififi chez les mômes » » d’Alan Parker (« Angel Heart »).

Lors de cette même année, Jodie Foster découvre aussi le festival de Cannes afin d’y présenter « Taxi Driver », qui repart avec la palme d’or. Le début de son explosion et la consécration pour Martin Scorsese.

  • Francophile dans l’âme :

Elle sort finalement diplômée du lycée français de Los Angeles en 1980 et intègre ensuite la prestigieuse université de Yale où elle se spécialise en littérature anglo-saxonne. Elle décide en parallèle de continuer sa carrière d’actrice en enchainant les films mais aussi à parfaire sa culture et son français (qu’elle parle couramment et dont elle assure elle-même le doublage).

Jodie Foster est francophile, c’est une férue de la culture française tout comme sa mère. En 1977, cette proximité et ce besoin vont pousser la jeune actrice à tourner aux côtés de Jean Yanne et de Bernard Giraudeau dans le film « Moi, Fleur Bleue » d’Éric Le Hung.

Un petit béret sur la tête, elle chante « Je t’attends depuis la nuit des temps » la même année.

Pourtant, elle s’intéresse à moins de projets pour se focaliser sur ses études durant lesquelles elle se rend compte que le métier d’actrice est vraiment fait pour elle.

Elle tourne plusieurs films pendant les vacances scolaires comme « L’Hôtel New Hampshire » de Tony Richardson ou « Le Sang des autres » en 1983 de Claude Chabrol, mais aucun d’eux n’obtient un grand succès.

Son parcours est de plus un peu terni par un fait divers incroyable, en 1981, John Hinckley, un de ses fans qui la harcèle sans cesse, tire sur le président Ronald Reagan pour attirer son attention. Jugé en 1982, Hinckley fut considéré non coupable pour raisons psychiatriques et confié à l’hôpital Sainte Elizabeth de Washington.

Suite à cet incident invraisemblable, l’actrice commence à se tenir à l’écart des paparazzi, des grands évènements publics et s’étend rarement sur sa vie privée.

En 1985, elle obtient son diplôme de littérature dans la prestigieuse université de Yale et décide de se consacrer pleinement à sa carrière d’actrice.

  • Les Oscars lui tombent dans les bras :

En 1988, Jonathan Kaplan (réalisateur de la série à succès « FBI, portés disparus ») tourne « Les Accusés » et il est convaincu par Jodie Foster de lui offrir le rôle principal. Elle y incarne Sarah Tobias, une jeune femme victime d’un viol qui défend son cas devant la Justice. Un film fort et bouleversant qui pose d’intéressantes questions sans trop de manichéisme et porté par la prestation étourdissante d’une Jodie Foster complètement habitée.

Un jeu tout en fragilité, à fleur de peau, et touchant de sensibilité. L’actrice porte véritablement sur ses frêles épaules un long métrage qui sans elle, n’aurait probablement pas eu la même saveur. Un rôle éprouvant dans lequel elle crève l’écran et montre une nouvelle fois toute l’étendue de son talent. La comédienne parvient à cerner la confusion psychologique d’une victime de l’un des plus atroces crimes commis sur une femme, le viol de son corps, de son intimité.  L’académie des Oscars ne s’y trompe pas, elle lui offre à 24 ans à l’Oscar de la « meilleure actrice » et le Golden Globe de la « meilleure actrice dans un film dramatique » en 1989.

En 1990, elle tourne devant la caméra du grand Dennis Hooper dans le thriller « Une trop belle cible » dans lequel elle joue une jeune femme témoin d’un meurtre de la mafia. Le tournage est pour elle très difficile, ses relations avec son réalisateur et partenaire dans le film, étant désastreuses. Il est vrai que le cinéaste n’était pas réputé pour sa grande amabilité sur les plateaux, ce qui laissa difficilement la jeune actrice de marbre.

Chose rare, deux ans plus tard, se croyant déjà au faîte de la consécration, l’actrice reçoit ces mêmes récompenses pour le rôle de Clarice Starling dans « Le Silence des agneaux » de Jonathan Demme lauréat de cinq Oscars du « meilleur film », du « meilleur réalisateur », du « meilleur acteur », du « meilleur scénario » et de la « meilleure actrice ». Un film devenu culte porté par une fabuleuse Jodie Foster et un effrayant Anthony Hopkins, et considéré par beaucoup comme le plus grand thriller de tous les temps. Une œuvre adaptée du sublime roman de Thomas Harris qui a clairement redéfini les codes même du thriller psychologique.

Dans « Le Silence des Agneaux », Jodie Foster, comme son personnage, doit se battre pour se faire accepter, respecter dans ce monde d’hommes. Elle porte sur son corps un regard distant et rejette celui des figures masculines qui l’entourent en mettant en valeur ses qualités humaines et professionnelles, refusant les jeux de séduction qui lui seraient imposés. Une performance brillante qui prouve encore une fois tout son talent.

Pour la comédienne, devenue incontournable, il s’agit d’un nouveau coup d’accélérateur dans sa carrière.

L’embarra du choix :

Désormais doublement oscarisée, Jodie Foster peut tout se permettre et jouit d’une réelle liberté dans le choix de ses rôles.

Elle enchaîne toute une palette de personnages dans des productions aussi variées que le drame « Sommersby » (1993), le western-comédie « Maverick » (1994) dans lequel elle rencontre celui qui deviendra son ami le plus proche, Mel Gibson.

« Mel Gibson est simplement le partenaire avec lequel je me suis le mieux entendue. »

On la retrouve également dans « Nell » la même année, un drame dans lequel elle interprète une jeune fille étrange et totalement coupée du monde. Une performance à nouveau saluée par une nomination à l’Oscar de la « meilleure actrice » en 1995

Parmi les autres œuvres qui ont marquées sa carrière figurent également le sublime « Contact » (1997), film de science-fiction ambitieux réalisé par Robert Zemeckis dans lequel elle donne la réplique à Matthew McConaughey.

Elle interprète idéalement Ellie Arroway, une scientifique solitaire, froide et déterminée. Cheveux tirés en arrière, sourcils froncés, mâchoires serrées, Foster nous convainc sans peine que les ondes qu’elle capte sur son radar proviennent de la planète Vega. 

On peut également citer des très bons films comme « Anna et le roi » (1999) et « Flight Plan » (2005) un autre succès et qui comme « Panic Room » imposent le nouveau profil de la star, désormais athlétique et crispée, veillant comme une bonne mère sur sa progéniture en péril dans des décors technologiques mais aussi au scénario très habile.

En mai 2001 d’ailleurs, elle a l’immense honneur d’être nommée présidente du Festival de Cannes. Malheureusement, elle est sollicitée par la Columbia, avec qui elle est sous contrat, pour remplacer au pied levé Nicole Kidman, blessée sur le tournage de « Panic Room » de David Fincher. Alors que le film du cinéaste de « Seven » est déjà en route depuis trois semaines et ne peut accuser aucun retard, Jodie Foster doit décliner la présidence cannoise et c’est finalement Liv Ullmann, la comédienne fétiche d’Ingmar Bergman, qui présidera le festival cette année-là.

Dans « Panic Room », Jodie Foster interprète Meg, la maman de Sarah (Kristen Stewart), une jeune mère fraîchement divorcée, à la recherche d’un nouveau logement, qui s’installe dans une vieille demeure située au cœur de Manhattan. Lors de sa première nuit dans cette immense demeure, trois voleurs viennent leur rendre visite.

Un scénario un peu simpliste dont le cinéaste de « Gone Girl » n’a strictement rien à faire et où il ne cherche aucunement à jouer sur d’éventuels effets de surprise. Ce qui l’intéresse avant tout, c’est l’expérience limite faite par Meg et sa fille lors de leur inévitable enfermement dans la chambre de survie, ou comment la maîtrise de la peur passe par celle de l’espace.

Jodie Foster livre d’ailleurs une prestation tout en self-control et apporte une présence magnétique qui donne au film de Fincher une aura et une âme incroyable.   

« Panic Room » est avec « Taxi Driver », « Les Accusés », « Le Silence des Agneaux » et « À Vif » un de ses rôles fétiches.

Plus tard, refusant de se laisser cantonner à un rôle, Jodie Foster décline de reprendre son personnage de Clarice Starling dans la suite du « Silence des Agneaux », elle est remplacée par Julianne Moore dans « Hannibal », réalisé par Ridley Scott.

En 2005, elle décide de se tourner alors vers des rôles plus ambiguës, notamment dans « Un Long dimanche de fiançailles » de Jean-Pierre Jeunet, et dans l’excellent « Inside Man » de Spike Lee en 2006 aux côtés de Denzel Washington, qui lui permettent de donner à sa carrière une nouvelle ampleur.

C’est pourtant avec « À vif » en 2007, qu’elle surprend à nouveau tout le monde.

  • Un nouvel élan :

« À vif » réalisé par Neil Jordan marque un nouveau tournant dans la carrière de Jodie Foster, davantage par la singularité du rôle que pour la qualité intrinsèque du film. Un long métrage qui sonne comme un remake déguisé d’« Un justicier dans la ville » (1974) avec Charles Bronson, même topographie (un architecte qui, à la suite de l’assassinat de sa fille et de sa femme, décide de nettoyer les rues de New York des malfrats, même schéma agression-trauma-vengeance sauf qu’ici Jodie Foster découvre l’ivresse de la vengeance après le meurtre de son fiancé. Le synopsis d’« À vif » ressemble en effet trait pour trait au célèbre film de Bronson.

Le film raconte la descente aux enfers d’une femme qui, après la mort de son compagnon, acquiert le pouvoir de vie ou de mort grâce à l’arme qu’elle détient. Sa vision du monde et son positionnement s’en trouvent bouleversés. Son arme, c’est l’équilibre de la terreur face aux voyous.

Un rôle qui lui vaut une nouvelle nomination aux Golden Globes.

  • Une réalisatrice est née :

Dans un entretien donné à Andy Warhol en novembre 1976 (pour son magazine « Interview »), la toute jeune fille, qui sort juste de ses deux expériences avec Martin Scorsese, affirmait déjà vouloir devenir réalisatrice. En 2008, dans une interview accordée à « Direct Matin », Jodie Foster avait analysé ce qui l’avait poussé derrière la caméra : « J’ai beaucoup plus la personnalité d’un metteur en scène que celle d’un acteur. J’ai commencé le cinéma à une époque où une femme ne pouvait pas se permettre de réaliser des films… Lorsque j’ai réalisé que c’était possible, cette idée ne m’a plus lâchée ».

Elle réalise finalement son rêve en 1991 avec « Le Petit homme », un film personnel qui lui tenait à cœur. On y voit notamment de grandes similitudes entre la néo-réalisatrice et cet enfant surdoué, Fred Tate, qui est contraint de vivre séparé de sa mère, pour rejoindre un institut où il pourra parfaire ses capacités intellectuelles.

L’actrice ayant elle-même quittée le foyer familial pour voler de ses propres ailes et suivre des études brillantes.

Grâce au succès de « Le petit homme », l’actrice réalisatrice ressort grandie de cette expérience et se penche sur la mise en scène de trois autres films.

Le premier, « Un week-end en famille » en 1995 avec Holly Hunter, qui déroule une chronique familiale sur fond de Thanksgiving.

Le second « Le Complexe du Castor » en 2011 pour lequel elle retrouve son ami de toujours Mel Gibson. L’actrice s’attaque au thème de la dépression et de ses conséquences sur l’entourage. Alors même si le film n’échappe certes pas totalement à la petite leçon de morale hollywoodienne (les intrigues secondaires, surtout), il offre néanmoins un rôle en or à l’acteur de « Braveheart », à la fois dépressif mais très touchant dans son personnage de capitaine d’industrie au fond du trou, qui parvient à surmonter sa dépression en s’effaçant totalement derrière sa nouvelle personnalité fantasmatique, un castor. Un pitch radical exploité au maximum par l’élégance de la mise en scène de Jodie Foster.

Enfin, en 2016, soit 40 ans après sa toute première participation au Festival de Cannes, Jodie Foster réinvestie le tapis rouge, pour y présenter son quatrième film, « Money Monster », accompagnée du prodigieux duo formé par George Clooney et Julia Roberts dans un film de siège assez désuet, mais attachant par endroits.

Jodie Foster a ensuite enchainé avec la comédie chez Polanski dans l’excellent « Carnage » (2011) aux côtés de Christoph Waltz et interprétée la méchante, une première, dans le très bon film de science-fiction « Elysium » de Neil Blomkamp en compagnie de Matt Damon.

Aujourd’hui, Jodie Foster aspire à réaliser plus de films et aimerait jouer avec Meryl Streep, Sean Penn ou encore Daniel Day-Lewis, ces acteurs « littéralement transcendants », comme elle les nomme, capable de se transformer complètement pour un rôle. Pour elle, « le cinéma est une manière de vaincre [ses] peurs sans être confrontée directement aux situations ».

Lauréate de deux Oscars et dotée d’un talent hors normes dès son plus jeune âge, Jodie Foster s’est véritablement imposée comme une actrice de premier plan à Hollywood. Grâce à plusieurs rôles marquants, la comédienne fait partie intégrante des plus grandes actrices du Septième Art et apparaît en plus comme une brillante réalisatrice avec plusieurs longs métrages salués par la critique.  

Un visage et des performances qui ont clairement marqué le cinéma à jamais et dont on espère encore profiter longtemps, pour notre plus grand plaisir.

Julien Legrand– Le 19 novembre 2019

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