La Musique dans la peau

Alan Silvestri

Musicien attitré du cinéaste Robert Zemeckis, Alan Silvestri est devenu en quelques années l’une des figures majeures de la musique de film hollywoodienne. Son sens du rythme et de la mélodie l’ont amené à visiter tous les genres (action, aventure, comédie), genres qu’il a plusieurs fois surpassés à l’étonnement de tous. Il est temps de découvrir le meilleur d’Alan Silvestri.

L’alter-ego musical du réalisateur de « Back To The Future » n’aurait jamais dû devenir compositeur de musique de films ! C’est en effet par un concours de circonstances que ce brillant musicien est devenu l’un des plus courtisé dans le milieu de la B.O. Aussi à l’aise dans l’action que dans l’intimiste, Alan Silvestri se forge année après année une carrière hors du commun.

Petite bio :

Né le 26 mars 1950 d’un père italien et d’une mère irlandaise, tous deux émigrés aux Etats-Unis, Alan Silvestri se passionne très tôt pour la musique. En primaire, il intègre l’orchestre de son école, où il joue divers instruments comme les percussions, le basson, la clarinette ou le saxophone. A 15 ans, il est convaincu qu’il consacrera son avenir professionnel à la musique. En 1967, il forme un trio de jazz, « The South Winds Trio », dans lequel il joue de la guitare. Après avoir entamé des études à la prestigieuse Boston’s Berkeley College of Music, il abandonne au bout de deux ans et décide de partir pour Las Vegas où il rejoint le groupe « Wayne Cochran and the C.C. Riders » en tant que guitariste. Une expérience non concluante.

Il décide ensuite de produire un album avec sa petite amie du moment. Les tourtereaux filent à Los Angeles pour réaliser leur rêve. Nouvel échec. Le jeune homme connaît alors une période de vaches maigres qui le conduit de petits boulots en petits boulots. Dur, dur… Il rencontre le chanteur Bradford Craig qui lui demande de travailler à l’amélioration de ses chansons. Silvestri fait du bon boulot, ils deviennent amis. Lorsqu’une compagnie de cinéma demande à Bradford de composer une musique pour l’un de ses films, il pense tout naturellement à son pote Alan. En effet, il n’est que parolier et a de plus un projet sur le feu avec le grand Quincy Jones… Et c’est ainsi qu’en 1972, Silvestri compose sa première B.O., « The Doberman Gang », à l’âge de 21 ans ! Une production pour laquelle il a dû écrire la bande son alors qu’il n’avait absolument aucune expérience dans ce domaine. Après le succès de ce film pour lequel il a créé la partition en moins de 2 semaines.

Nanti d’une petite expérience musicale, le compositeur enchaîne les téléfilms et collabore à diverses séries télé (« Starsky et Hutch », « Chips », « Manimal ») avant de rencontrer le très talentueux Robert Zemeckis. Silvestri n’est pas tenté plus que ça par la musique de films. Il est « tombé dedans » par accident…

Sa rencontre en 1983 avec le réalisateur de « Forrest Gump » est un tournant pour l’avenir de sa carrière, les deux compères débutent leur fidèle collaboration sur « Romancing The Stone ».

Il compose néanmoins « A la Poursuite du Diamant Vert » sans se douter un instant qu’il vient de sceller son destin… Après un détour en France pour le navrant « Par où t’es rentré, on t’a pas vu sortir » de Philippe Clair avec le grand Jerry Lewis, où il marquera sa propension à la parodie musicale que l’on retrouvera dans « The Mexican » ou encore dans « Apparences » avec Harrison Ford, Alan Silvestri retrouve Zemeckis pour le cultissime « Back to the Future ». Avec ce long métrage, c’est définitif, il devient un grand compositeur. Le début d’une fabuleuse carrière.

Le Top 5 de la rédaction :

5. « Le Retour de la Momie » (2001) de Stephen Sommers :

Après le succès phénoménal de « La Momie » en 1998, divertissement popcorn efficace, Universal met très vite en chantier un second volet toujours dirigé par Stephen Sommers. Pourtant, Jerry Goldsmith (« Gremlins ») n’aimait tellement pas la partition qu’il avait composée faute d’inspiration qu’il refuse de signer la bande son de la suite. La production décide de faire appel à Silvestri, qui livre dans ce second volet l’une de ses épopées les plus gargantuesques et les plus agréables. À défaut d’un grand film d’aventure, le long métrage peut au moins se targuer de posséder une belle bande originale rythmée et subtile où se mêle des symphonies égyptiennes, des chœurs massifs, des mélodies entrainantes et des séquences déchirantes, Silvestri a toujours été l’un des compositeurs d’action les plus mélodieux d’Hollywood comme avec sa partition rythmée pour « Avengers ». Le compositeur maintient un excellent équilibre entre émotion et aventure.

4. « Seul Au Monde » (2000) de Robert Zemeckis :

Une œuvre délicate, humble et magnifiquement mise en scène par un Zemeckis au sommet de son art. Silvestri est d’ailleurs tout aussi inspiré que son réalisateur et signe un score absolument déchirant. Les deux premiers tiers de ce drame ne possède pourtant pas de note, ce qui signifie que les délicats sons des hautbois et des cordes du thème principal sont d’autant plus dévastateurs lorsque le personnage de Tom Hanks doit quitter son île sur laquelle il a élu domicile. C’est l’une des collaborations les plus belles et sensibles du compositeur avec Robert Zemeckis, qui lui a d’ailleurs valu un Grammy Award. Un immanquable !

3. « Predator » (1987) de John McTiernan :

Un film iconique intemporel et bestial. Et pour faire un grand film, il faut également une grande musique. « Predator » est un voyage musical intense au cœur d’une jungle cauchemardesque. Silvestri évoque finalement la chasse, le piège, la peur, le mystère, le suspense, la violence et même le drame. Le thème principal nous introduit à un son plutôt sourd et silencieux. Du néant surgit alors une explosion de cuivres au moment où le titre du film apparaît à l’écran. Très vite, Silvestri impose dès le début du film le ton mystérieux du score : le motif de 4 notes ascendantes est entendu aux cordes alors que l’on voit passer à l’écran le vaisseau larguant l’extra-terrestre sur terre. Très vite, le climat mystérieux se gonfle d’énergie et laisse la place au superbe et célèbre thème principal, une sorte de marche guerrière écrite sous la forme d’une fanfare où dominent quelques intervalles de tritons, autre figure musicale servant à évoquer le diable (dans le langage musical classique, on surnomme cet intervalle le « diabolus in musica »). La bande son de « Predator » est la parfaite incarnation du long métrage de McTiernan.

2. « Back To The Future » (1985) de Robert Zemeckis :

Une pièce maitresse dans la collaboration (la deuxième) entre Alan Silvestri et Robert Zemeckis, avec le célèbre thème. Il s’agit d’un tournant majeur dans la carrière du compositeur, il se retrouvait obligé d’écrire une grande partition symphonique, lui qui était habitué jusqu’à présent à manipuler les claviers dans ses musiques électroniques du début des années 80.

Alan Silvestri y développait ainsi un style très personnel, y installant plusieurs de ses signatures sonores qui feront son succès tout au long des années 90. On y retrouvait ses fameux rythmes martelés, ses envolées martiales, ses orchestrations cuivrées et ses harmonies en tierces mineures qui aboutiront deux ans plus tard dans l’incontournable « Predator » (1987) de John McTiernan.

Le thème principal est une chevauchée héroïque et triomphante dominée par les cuivres, un hymne formidable à l’aventure, au courage et aux voyages dans le temps. Silvestri structure ses notes autour de l’intervalle très reconnaissable du triton, un intervalle plutôt inattendu dans un thème aussi héroïque mais qui apporte un petit « plus » tout à fait unique à cette mélodie majestueuse et extrêmement prenante, chargée d’un optimisme tout bonnement savoureux.

1.« Forrest Gump » (1994) de Robert Zemeckis :

Alan Silvestri signe ici son chef d’œuvre, avec un thème tendre et nostalgique qui a fait le tour du monde. Une partition incontournable du compositeur de Zemeckis, peut-être la plus émouvante et la plus touchante qu’il ait composée.

Bien aidé par les prouesses de mise en scène de son cinéaste fétiche et par le jeu sublime de Tom Hanks, Silvestri livre sans aucun doute son œuvre la plus poétique et la plus émouvante sur le plan dramatique.

Le compositeur a réussi à capter tous les aspects de l’histoire, que ce soit la naïveté et l’innocence de Forrest, son histoire d’amour avec Jenny, ses moments de mélancolie, ses moments de réussite et les différentes périodes de trouble qu’il doit endurer tout au long de ces cinquante années à travers une partie de l’histoire des Etats-Unis.

Silvestri construit une partition à la fois simple, modeste et sensible.

Le thème principal de la partition évoque très clairement le personnage de Tom Hanks en ouverture du film (« I’m Forrest…Forrest Gump ») alors que l’on voit à l’écran une plume voler dans les airs avant d’atterrir près de Forrest. Cette plume légère qui vole au gré du vent pourrait symboliser le côté léger et doux (comme une plume) du personnage, de même qu’à l’instar de la plume, Forrest traversera les périodes en gardant sa légèreté, en se laissant porter par le temps sans vraiment se soucier du monde trouble qui l’entoure.

Le thème principal suit les mouvements de cette petite plume aux côtés d’une mélodie très simple qui évoque le côté à la fois naïf, innocent et sensible du personnage. La douceur du personnage est mise en valeur par le piano tandis que des cordes viennent apporter une certaine émotion à ce très beau thème.

Grâce à ses sublimes partitions, Alan Silvestri est devenu un des musiciens les plus respectés de la profession. Spécialiste des scores d’action et des comédies (un genre dans lequel il semble s’être fait enfermer depuis quelques années), le style Silvestri a quelque fois été imité (Trevor Jones, John Debney) mais jamais égalé, preuve en est que ce compositeur a un talent sur dans la bande son cinématographique. Un style unique qui ne doit rien à personne, si ce n’est à son expérience de presque 40 ans au service de la musique de film.

NB : Pouvaient aussi être cités :

  • « Beowulf » de Robert Zemeckis (2007)
  • « Avengers » de Joss Whedon (2012)
  • « Le Pôle Express » de Robert Zemeckis (2004)
  • « Contact » de Robert Zemeckis (1997)
  • « Abysse»  de James Cameron (1989)
  • « Qui veut la peau de Roger Rabbit » (1988) de Robert Zemeckis

Julien Legrand – Le 26 mars 2019

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