Le cinéma dans la peau

Matt Damon

Certains acteurs connaissent des années de galère dans leur jeune carrière avant de se faire une place au soleil, certains finissent par y arriver à force d’abnégation, d’autres disparaissent des radars aussi vite qu’ils sont apparus, comme des feux de paille… Matt Damon, lui, a choisi de forcer le destin et de s’écrire un rôle sur mesure pour s’imposer sur les écrans. Pari réussi, avec « Will Hunting » il fait enfin son entrée dans la cour des grands.

S’en suit une brillante carrière qui le verra croiser la route de nombreuses pointures du septième art et prendre part à quelques chefs d’œuvres de ces vingt dernières années. De son rôle du soldat Ryan chez Spielberg à celui de jeune flic ripoux chez Scorsese, de braqueurs de casino à premier homme sur Mars, retour sur une carrière sans réelle fausse note d’un homme qui a le cinéma dans la peau.

  • « On n’est jamais mieux servi que par soi-même. »

Matt Damon est né à Cambridge dans le Massachusetts le 8 octobre 1970, c’est là qu’il passe la majeure partie de son enfance aux côtés de sa mère, enseignante et spécialiste en éducation de l’enfance, suite au divorce de ses parents alors qu’il n’avait que deux ans. C’est dans cette petite ville en périphérie de Boston qu’il va faire la rencontre de celui qui deviendra son meilleur ami, un certains Ben Affleck, également un cousin éloigné.

Durant leurs années passées dans le même lycée, ils montrent tous les deux un certain talent pour le théâtre. Ainsi, après des études littéraires à Harvard qu’il abandonne en 1992, Matt Damon connaît son premier succès sur les planches dans la pièce « The Speed of Darkness » de Steve Tesich.

Ses premières armes dans le métier d’acteur, il les fait dans des petites productions locales avec son ami Ben Affleck ou comme figurant dans des films de plus grandes envergures. Au début des années 90, il décroche quelques seconds rôles intéressants, on le découvre avec « À l’épreuve du feu » (1996) d’Edward Zwick aux côtés de Meg Ryan et Denzel Washington.

Pourtant, le jeune acteur n’est pas du genre à se contenter de si peu, il veut devenir la tête d’affiche d’une grande production… Porté par son ambition, il décide de prendre les choses en main et se lance dans l’écriture d’un scénario avec l’aide de Ben Affleck. Ce récit original, raconte l’histoire d’un génie des mathématiques rebelle vivant dans la banlieue pauvre de Boston. Le studio Miramax est séduit par son travail et acceptent de produire le film, c’est Leonardo DiCaprio qui a la préférence de la production pour incarner ce personnage hors du commun.

À force de persuasion, il obtient finalement le rôle. Après avoir trouvé son réalisateur, en la personne de Gus Van Sant, « Will Hunting » (1997) connaît un succès retentissant. Son duo avec Robin Williams fait mouche et le film obtient de nombreuses récompenses dont l’Oscar du meilleur scénario original et l’Ours d’argent au Festival de Berlin. Il permet à l’acteur de véritablement lancer sa carrière, tout comme celle d’Affleck, lui aussi présent au sein du casting.

Pour couronner le tout, durant l’écriture du scénario de « Will Hunting », il se voit offrir le rôle-titre dans « L’Idéaliste », nouveau projet de Francis Ford Coppola, réalisateur de légende après son splendide « Le Parrain ». Dans cette adaptation d’un roman de John Grisham, il incarne un jeune avocat qui tente de percer dans le métier, un joli parallèle avec sa carrière d’acteur.

  • Dans la cour des grands

La réussite de « Will Hunting » lui ouvre les portes des studios hollywoodiens et attire sur lui les regards des plus grands. C’est ainsi que Steven Spielberg lui offre le rôle clé du soldat James Francis Ryan dans un de ses nombreux chefs d’œuvre : « Il faut sauver le soldat Ryan » sorti en 1998. Le film qui met également en scène Tom Hanks, connu un énorme succès, au point d’être un des plus gros succès commerciaux de la carrière du réalisateur de « Jurassic Park ».

Ses récents succès font de lui un acteur fort demandé et lui permettent grâce aux nombreux projets qui lui sont proposés de montrer toute l’étendue de son talent dans des registres variés. La fin du 20ème siècle est dès lors assez prolifique pour le jeune acteur de Boston : il tient le rôle-titre dans « Les Joueurs » aux côtés d’un autre acteur en pleine bourre, Edward Norton ; Il incarne avec brio l’ambigu Tom Ripley dans « Le Talentueux Mr Ripley » en compagnie de Gwyneth Paltrow et de Jude Law entre autres ; Enfin, il retrouve son ami de toujours Ben Affleck dans la comédie fantastique « Dogma ».

L’entame du nouveau millénaire se révèle un peu plus compliqué pour le jeune trentenaire avec quelques flops commerciaux parmi lesquels « La Légende de Bagger Vance » mis en scène par Robert Redford qui déçoit public et critiques malgré un très beau casting.

Cependant, ces échecs n’entament pas l’aura de l’acteur qui va prendre part à de nombreux projets d’envergures. En 2001, il s’invite dans, ce qui va devenir une des sagas les plus importantes de la décennie avec « Ocean’s Eleven » de Steven Soderbergh, remake de « L’Inconnu de Las Vegas » (1960) dans lequel jouait notamment Frank Sinatra.

Film de braquage par excellence, « Ocean’s Eleven » est le premier épisode d’une trilogie portée par un casting cinq étoile, en plus de Matt Damon, on retrouve des pointures du cinéma (George Clooney, Brad Pitt, Julia Roberts, Andy Garcia) ainsi que quelques promesses (Casey Affleck, Scott Caan). Le succès commercial de ce premier volet appelle deux suites de bonne facture avec « Ocean’s Twelve » en 2004 et « Ocean’s Thirteen » avec la légende Al Pacino en 2007 ainsi qu’un spin-off « Ocean’s Eight » sorti en 2018.

C’est ensuite une autre saga importante qui se profile à l’horizon, et cette fois c’est à lui que revient le rôle principal. Il casse son image de gendre idéal pour incarner Jason Bourne, le héros de « La Mémoire dans la peau » adaptation du roman éponyme de Robert Ludlum. Sa performance et le succès au box-office lui offre la consécration et le place définitivement dans le gratin du cinéma mondial.

Il reprend ce rôle deux ans plus tard dans « La mort dans la peau » non sans avoir entre temps exercé son métier sous la direction de Terry Gilliam pour la comédie fantastique « Les Frères Grimm » en compagnie du regretté Heath Ledger.

Après Coppola et Spielberg, c’est un autre réalisateur de légende, en la personne de Martin Scorsese, qui fait appel à lui pour son thriller « Les Infiltrés » (2006). L’intrigue de ce film se déroule dans la ville qui l’a vu grandir, Boston et nous plonge au cœur de la mafia irlandaise, menée d’une main de fer par Franck Costello (Jack Nicholson). Il incarne un officier de police corrompu à la solde du truand ; à l’inverse, son partenaire d’écran Leonardo DiCaprio joue le rôle d’un officier infiltré au sein de la mafia.

Le long métrage est encensé par la critique, raflant pas moins de quatre statuettes aux Oscars mais la performance de Matt Damon, bien que convaincante, est quelque peu éclipsée par celles magistrales des autres membres du casting dont un face à face mythique entre Nicholson et DiCaprio.

Il enchaîne ensuite avec le thriller historique « Raisons d’État » (2006) mis en scène par Robert De Niro avant de continuer en 2007 la saga Jason Bourne avec « La Vengeance dans la peau » et la trilogie des Ocean’s avec « Ocean’s Thirteen ».

Il va prendre un peu de recul avec les tournages avant de démarrer la nouvelle décennie tambour battant en collaborant avec Clint Eastwood par deux fois, d’abord sur « Invictus » dans lequel il incarne le rugbyman sud-africain Francois Pienaar, puis sur « Au-delà » où il donne la réplique à notre actrice belge Cécile de France. C’est ensuite au tour des frères Coen de le mettre en scène dans le très bon western « True Grit ».

  • Continuité et diversification

Devenu incontournable dans la profession, il profite de sa notoriété pour choisir les projets auxquels il prend part avec parcimonie. En 2011, il est à l’affiche de deux thrillers bien différents : celui de science-fiction « L’Agence » aux côtés d’Emily Blunt d’une part et celui d’anticipation « Contagion » de Steven Soderbergh de l’autre. Les critiques se révèlent mitigées, tout comme celles concernant la comédie dramatique « Nouveau Départ » dont il partage l’affiche avec Scarlett Johansson.

C’est ensuite dans le drame social « Promise Land » (2012) de Gus Van Sant, avec qui il avait collaboré pour « Will Hunting », qu’on le retrouve. Dans un scénario abordant le recours au gaz de schiste sur le territoire nord-américain qu’il a co-écrit, il est encensé par la critique mais échoue lourdement au box-office.

Il retrouve ensuite Steven Soderbergh pour un pari délicat avec « Ma vie avec Liberace », téléfilm dramatique sorti en 2013 qui le voit incarner Scott Thorson, jeune artiste de cirque, dans une liaison secrète avec le pianiste Liberace, incarné par Michael Douglas. Leurs performances respectives en font le troisième téléfilm de l’histoire à concourir au festival de Cannes.

La même année, il revient aux blockbusters avec « Elysium », un thriller de science-fiction de Neill Blomkamp. Le film reçoit des critiques très mitigées, mais fonctionne correctement au box-office.

Il retrouve par la suite son ami George Clooney pour la comédie historique « Monuments Men » qui se révèlera être un énorme échec, tant critique que commercial. Il y avait pourtant du potentiel avec la récupération des œuvres d’art volées par les nazis durant la seconde guerre mondiale comme sujet et un casting de haut vol composé de pointure comme Bill Murray, Cate Blanchett, John Goodman ou encore Jean Dujardin.

Après ce revers, il va rebondir avec deux succès important :

Il fait partie de l’équipage du vaisseau spatial expérimental « Endurance » (2014) accompagné de Matthew McConaughey et Anne Hathaway dans « Interstellar » le blockbuster de science-fiction réalisé par Christopher Nolan. On y retrouve également Jessica Chastain et Casey Affleck.

Il incarne ensuite l’astronaute Mark Watney, abandonné par son équipage, qui le croyait mort, sur une planète hostile où il va devoir faire preuve d’ingéniosité pour tenter de survivre dans « Seul sur Mars » de Ridley Scott. Avec cette adaptation d’un roman de l’auteur américain Andy Weir, il se voit décerner un Golden Globes et est nominé à l’Oscar de « meilleur acteur » qui reviendra néanmoins à Leonardo DiCaprio.

La suite se révèle moins glorieuse avec plusieurs déceptions, ses retrouvailles avec le personnage de Jason Bourne dans le film du même nom déçoivent les critiques, ce qui n’empêche pas le film de bien fonctionner au box-office. Suivent « La Grande Muraille » de Zhang Yimou, « Bienvenue à Suburbicon » de George Clooney et « Downsizing » d’Alexander Payne qui se soldent chacun par des échecs. Espérons pour lui que sa prochaine apparition dans les salles obscures « Ford v. Ferrari » de James Mangold, dont la sortie est prévue pour l’année prochaine, fera mouche.

Matt Damon, c’est un parfait mélange de talent et d’abnégation, ce sont ces qualités qui lui ont permis de se faire un nom dans le monde du cinéma en forçant le destin : peu d’acteurs peuvent se targuer d’avoir scénariser avec réussite le film qui a lancé leur carrière comme il l’a fait avec « Will Hunting ».

C’est cette confiance en lui qui lui a permis de convaincre des réalisateurs de renoms de lui offrir des rôles importants. Spielberg, Scorsese, Eastwood ou encore les frères Coen parmi les plus réputés des réalisateurs contemporains, tous ont vu en lui une potentielle référence au métier d’acteur. Et si son personnage fétiche Jason Bourne a eu dans la peau mort ou vengeance, Matt Damon a quant à lui le cinéma dans la peau.

Damien Monami – Le 8 octobre 2018

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