« Highway to Hell »

Lucifer

C’est un fait acquis, les séries tv puisent désormais leur inspiration dans les comics, parfois avec succès : « Gotham », « Preacher », « Daredevil » et d’autres fois non : « Iron Fist », « Luke Cage », … Et forcément, passés les grandes franchises, il convient de s’attaquer aux œuvres les plus obscures.

À l’origine, « Lucifer » est apparu dans la série « Sandman » du grand Neil Gaiman (à qui l’on doit également la série « American Gods » sur la chaîne Starz) avant de connaitre son propre comics sous la plume de Mike Carey.

Dans cette version, le prince des ténèbres s’ennuie ferme en Enfer et décide de remonter prendre du bon temps à Los Angeles, la cité des Anges.

Les trois premières saisons étaient produites par la Fox, jusqu’à son récent sauvetage pour une saison 4 par Netflix.

Un show qui sur le papier peut prétendre à devenir un joli vent de fraicheur dans le paysage télévisuel.

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Le pitch de départ de la série est assez simple. On observe Lucifer (Tom Ellis) accompagné de son acolyte Mazikeen (Lesley-Ann Brandt), faire ses petites affaires en ville avant qu’un meurtre sauvage ne mette à mal sa façon de vivre. Il fera équipe avec une inspectrice, le lieutenant Chloé Decker (Lauren German), pour résoudre différentes affaires, tiraillé entre sa nature maléfique et l’aspect humain de sa nouvelle vie. Cette nouvelle dualité qui le conduira sur le canapé d’une psychiatre Linda Martin (Rachael Harris).  

Le Diable est un séducteur que rien n’arrête, déterminé à suivre ses pulsions sans chercher à cacher son identité ni à obéir aux codes sociaux. Il aime surtout ne pas accomplir la tâche qui lui a été confiée par son père et son frère Amenadiel (D. B. Woodside).

Les adaptations libres de comics books trouvent souvent le matériel idéal pour donner vie à une série qui rendra ou non hommage au matériau d’origine et qui saura ou non respecter l’esprit de sa source d’inspiration.

Pour « Lucifer », les points communs sont limités, un fait qui est néanmoins totalement assumé par la production qui a avant tout souhaité emprunter des éléments pour mieux développer la série. Le but étant sans aucun doute de pouvoir injecter la composante policière à la série, là où le comics en est plus ou moins dénué.

Il est vrai que depuis la fin du « Mentalist » et « Castle » menacée d’annulation, les couples policiers où madame est une vraie détective et monsieur un type marginal, amateur mais surdoué, semblaient en cours de disparition.

Pour le coup, « Lucifer » est une nouveauté qui se présente comme « Second Chance », un drama se réappropriant un mythe qui a plus à offrir que les apparences veulent bien le laisser suggérer.

La série parvient pourtant d’entrée à trouver son ton, entre comédie et drame, à installer des personnages qui permettent de suivre les épisodes suivants sans déplaisir, tout en regardant d’un œil détaché des intrigues policières relativement quelconques.

Une ambiance à l’image de son personnage principal, désinvolte, amusé, attirant et gentiment rock’n’roll.

On ressent dès le début du show, la patte de Tom Kapinos, créateur de « Californication », qui a un temps travaillé sur le projet. Le personnage de Tom Ellis est à s’y méprendre un cousin britannique d’Hank Moody (David Duchovny), tombeur en décapotable, qui pousse par instant la chansonnette, amateur de rock (The Black Keys et Beck passent dans la BO), de belles femmes et des répliques qui tournent souvent en dessous de la ceinture.

La vraie bonne idée de « Lucifer » est d’offrir un héros irrévérencieux au premier degré. Il ne cache jamais sa véritable identité à personne, crie haut et fort : « ah, vous les humains » et « je suis immortel », mais personne ne le prend vraiment au sérieux, surtout sa partenaire. Même lorsqu’il s’exclame : « Allow me to introduce myself », comme dans la chanson des Rolling Stones, « Sympathy for the Devil ». Son côté dandy excessif, sa tendance à prendre les gens de haut, sa capacité à faire avouer leurs pires désirs et secrets les plus inavouables aux suspects (bien pratique pour mener l’enquête) offrent autant d’outils comiques plutôt bien exploités.

Le personnage interprété par Tom Ellis est un poil caricatural, forcément « so british » vu la nationalité de l’acteur (il est Gallois). Il montre ses belles dents blanches et joue avec l’intonation de sa voix. Il devient cependant attachant au fur et à mesure qu’il se découvre lui-même de l’affection pour certains humains.

Insensible au charme du Diable, le lieutenant Decker permet de mettre en perspective l’attrait du maître des Enfers et de contrebalancer son comportement en étant le plus souvent sérieuse et concernée. La relation entre les deux protagonistes fonctionne très bien, d’autant que la jeune femme semble immunisée contre ses pouvoirs, « Tu ne serais pas une sorte de Jedi ? », lui demande-t-il stupéfait par le don de la policière.

Avec cela, « Lucifer » tient un de ses principaux arguments, avec le tiraillement de son héros entre méchanceté naturelle et gentillesse naissante dans sa relation ambigüe avec le lieutenant.

De relation forcée, les épisodes progressent pour approfondir la collaboration et les liens qui unissent les deux personnages. Un procédé qui se retrouve dans la construction générale du show qui explore avec plus d’habilité qu’on ne pouvait l’espérer les dynamiques émotionnelles existantes entre ses protagonistes.

Pourtant, là où les excès du personnage menacent au début de créer un sentiment de lassitude, l’équipe créative de « Lucifer » parvient à légitimer son comportement en choisissant d’analyser celui-ci avec l’aide du docteur Linda Martin (Rachael Harris). L’idée de la thérapie a de quoi être insolite, mais aide définitivement à donner une indication aux agissements du prince des enfers.

Sous ses airs de série purement policière, le show cache une histoire familiale un peu tordue, avec un fils qui a décidé d’arrêter de faire ce que son père attendait de lui qu’importent les conséquences. Les thématiques familiales et religieuses permettent à la série d’étoffer le récit et de montrer que le visage du Diable est aussi terrifiant qu’il peut être amusant.

L’univers mythologique du show est à la fois contenu et maitrisé. Chaque épisode aide à mieux cerner les enjeux pour des personnages comme Mazikeen et Amenadiel (bien plus dynamisés à partir de la saison 2), exploitant avec parcimonie les éléments plus surnaturels et bibliques pour leur donner de la force lorsqu’ils prennent les devants. Le tout en injectant le plus d’humour et de situations amusantes possible.

Tout n’est pas parfait dans ce divertissement soigné. Il y a quelques dialogues faciles, des intrigues secondaires moins captivantes (sur la vie de couple de Chloé, sur la venue sur Terre d’un ange chargé de ramener Lucifer aux enfers) ou encore des apparitions d’autres membres de la Bible, mais l’ensemble fonctionne agréablement.

Une série qui a conscience des limites de sa formule, qui avait tout pour devenir redondante mais qui réussit cependant de par son humour, sa mythologie et l’évolution de ses personnage à se montrer divertissante.

Il faut juste espérer pour sa quatrième saison que « Lucifer » parvienne à conserver son énergie, tout en soignant la sensibilité de ses héros et les arcs narratifs peu développés, sans pour autant tomber dans les travers du romantisme nœud-nœud. La série pourrait ainsi prendre une place de choix dans le paysage télévisuel du polar amusé. Une série dont on n’est pas déchu !

Note : 7/10

Julien Legrand – Le 9 septembre 2018

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