Dans L’abbaye personne ne vous entend prier !

La Nonne

Après les deux épisodes consacrés à la poupée maléfique Annabelle, le « Conjuring Univers » s’étend à nouveau avec ce cinquième opus dédié à la religieuse démoniaque découverte dans « Conjuring 2 » de James Wan. Cette fois, le spectateur va se glacer d’effroi avec « La Nonne » réalisé par Corin Hardy dans une abbaye au fin-fond de la Roumanie en compagnie de Taissa Farmiga, Demian Bachir et notre petit Belge Jonas Bloquet.  

« La Nonne » a réalisé le meilleur démarrage de la saga outre-Atlantique mais est-il vraiment un bon film d’horreur ?

Synopsis :

Quand on apprend le suicide d’une jeune nonne dans une abbaye roumaine, la stupéfaction est totale dans l’Église catholique. Le Vatican missionne aussitôt un prêtre au passé trouble et une novice pour mener l’enquête. Risquant leur vie, les deux ecclésiastiques doivent affronter une force maléfique qui bouscule leur foi et menace de détruire leur âme. Bientôt, l’abbaye est en proie à une lutte sans merci entre les vivants et les damnés…

Le nouveau-venu, Corin Hardy pérénise ainsi l’héritage et l’esprit rétro-horrifique mis en place par James Wan dans la saga « Conjuring ». Dans son premier long métrage « Le Sanctuaire » (« The Hallow ») en 2015, le jeune cinéaste avait su habilement mélanger « jumps scare » intéressants et ambiance glaçante. Des éléments que l’on retrouve dans « La Nonne » avec, en plus une direction artistique mieux soignée et une photographie de très bonne facture.

Un film qui a pour modèle principal les vieilles productions de la Hammer ou encore « L’Exorciste » de Friedkin et « Evil Dead » de Sam Raimi.

Une œuvre qui tente de jouer la carte de la nostalgie des productions d’antan tout en réveillant nos peurs les plus enfouies. Du moins, c’est ce que va tenter de faire le long métrage de Corin Hardy.

Dans les faits, c’est une toute autre histoire. Même si « La Nonne » se permet de nous offrir de beaux effets gores et quelques très beaux décors, le long métrage souffre d’une exposition des faits beaucoup trop lente et le film y perd en rythme et en terreur.  De plus, le réalisateur tombe souvent dans le piège du « jumps scare » en dépit d’une ambiance angoissante bien installée.

Pourtant l’œuvre de Colin Hardy se différencie stylistiquement de ceux qui l’ont précédée et renouvelle par instant les codes de fort belle manière. Le réalisateur joue la carte d’une ambiance plus européenne, plus excessive. Il met l’accent sur de lugubres panoramas et d’inquiétantes vues aériennes tout en s’amusant en permanence avec une stylisation gothique d’une forêt remplie de croix qui renforce ce sentiment de malaise constant.

Hardy convie le spectateur dans une abbaye qui n’a rien d’accueillante autour de laquelle ondule une brume lugubre.

« La Nonne » peut se voir comme un hommage aux films d’horreur italiens comme « La maison près du cimetière » de Lucio Fulci.

En terme d’ambiance, Corin Hardy sait y faire et injecte un peu d’énergie et de sang neuf dans un « Conjuring univers » qui en avait bien besoin depuis les deux opus d’« Annabelle ».

Ces points positifs sont malgré tout vite anéantis par des personnages, qui comme toujours dans les films de genre, ne possèdent pas de cerveau. Dès qu’un danger menace, les protagonistes foncent tête baissée vers les ennuis les uns après les autres. Et du coup, nous finissons vite par nous lasser des gags horrifiques qui se succèdent sous nos yeux.

Ce souci de personnage peut aussi s’expliquer par un scénario presqu’inexistant. Le script de Gary Dauberman (notamment derrière les deux « Annabelle » et « Ça ») ne sait vraiment pas quoi faire, ni raconter avec son Démon religieux toujours interprété par Bonnie Aarons. Une histoire sans rebondissement, cousue de fil blanc soutenue âr des dialogues d’une platitude impressionnante.

« La Nonne » est finalement une aventure horrifique décevante, tiraillée entre l’envie de son réalisateur de proposer une œuvre à l’atmosphère angoissante et un scénario qui recycle tous les clichés négatifs du genre.

La vraie horreur exige de l’anticipation pour fonctionner correctement, mais il est difficile d’anticiper quoi que ce soit quand tout nous est déjà jeté à la figure. La terreur se dissipe. Nos cris ne deviennent que des soupirs lassants. Un beau gâchis !

Note : 5/10

Julien Legrand – Le 15 septembre 2018

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