Un Monstre Sacré.

Jack Nicholson

Il est sans doute l’acteur le plus talentueux d’Hollywood, et même du monde. Il a joué dans des films absolument fabuleux, devenus des classiques.

Aujourd’hui vieillissant et plus très actif, Jack Nicholson demeure ce qu’on appelle une légende vivante, un des plus immenses comédiens en activité au même titre que Robert De Niro, Dustin Hoffman, Harrison Ford ou Al Pacino, un type qui a contribué à redéfinir la notion d’acteur et à recomposer le paysage du cinéma américain.

Il n’y a qu’à voir l’énergie, l’intensité que l’acteur arrive toujours à déployer dans tous ses films. Sans compter l’incroyable variété de son jeu qui lui a valu 3 Oscars (2 comme « meilleurs acteur et 1 comme « meilleur second rôle »).

Jack Nicholson peut ainsi donc être qualifié de monstre sacré du cinéma, de véritable légende vivante. Retour sur la carrière de cet homme tant adulé par le monde entier.

Petite bio :

Ce qui va suivre est assez intéressant et loin d’être anodin. Le petit Jack est né de père inconnu à l’hôpital Saint-Vincent, dans le quartier de Manhattan à New York le 22 avril 1937. Sa mère June Frances Nicholson dite « June Nilson » est showgirl. Ses grands-parents décident de l’élever pour que sa mère continue son métier. Le petit Jack passe donc le plus clair de son temps avec son grand-père, John J. Nicholson, étalagiste dans un grand magasin à Asbury Park, et sa grand-mère, Ethel May Rhoads, coiffeuse, esthéticienne et artiste amatrice à Neptune.

Jack a toujours cru que ses grands-parents étaient ses parents et que sa véritable mère était en fait sa sœur. Ce n’est que des années plus tard, en 1974, qu’un journaliste du Time Magazine ayant fait de nombreuses enquêtes à ce sujet lui dira la vérité.

Le plus impressionnant dans tout cela est qu’un certain Arthur Kennedy, acteur qui faisait ses débuts à Broadway à l’époque de sa naissance, lui ressemble étrangement… Son père biologique peut-être ? Mais certains disent que c’est en fait Donald Furcillo, le mari de sa mère, d’autres pensent que c’est plutôt Eddy King, le manager de sa mère… Jack a finalement décidé de ne jamais faire de test de paternité. Les seuls à connaître la vérité sont sa mère et ses grands-parents qui emportèrent le secret dans leur tombe (mortes respectivement en 1963 et en 1970).

En tout cas, une chose est sûre, cela ne lui a pas empêché d’avoir un somptueux destin. Au début, il exerce de nombreux petits jobs, dont un au département des dessins animés de la MGM. A la même période, il prend des cours au très célèbre Actor’s Studio, école dont sont sortis des grands noms du cinéma comme Meryl Streep ou bien Robert de Niro pour ne citer qu’eux.

Il termine des études à la Manasquan High School où il est élu « clown de la classe » en 1948, Nicholson décide de lancer sa carrière d’acteur mais également de scénariste et producteur en collaborant avec Roger Corman. Il décroche son premier rôle en 1958 en interprétant un adolescent convaincu d’être un assassin. Le film s’intitule « The cry baby killer » et a été réalisé par Roger Corman qui l’a fait jouer dans quelques autres de ses œuvres comme « La Petite Boutique des horreurs » (1960) et « Le Corbeau et L’Halluciné » (1963).

Il peine cependant à trouver du boulot en tant qu’acteur, alors Joseph (son deuxième nom) se met à écrire des scénarios et se résigne à passer derrière la caméra. Il signe notamment les scripts de « Thunder Island de Jack Leewood » (1963), « Flight to Fury » (1964) et « L’Ouragan de la vengeance » (1965) de Monte Hellman.

Ami de Bert Schneider et de Bob Rafelson, ce dernier lui demande d’écrire son premier long métrage, « Head », un film sur le groupe des « Monkees » (1968). Ce film marque leur première collaboration, Nicholson jouant par la suite dans cinq des films de Rafelson.

En 1967, il signe le scénario de « The Trip », film psychédélique réalisé par son ami Roger Corman et interprété par deux monstres du cinéma, Peter Fonda et Dennis Hopper. Le film remporte un grand succès suite l’image qu’il renvoie du mouvement hippie alors à son apogée. Fonda et Hopper décident deux ans plus tard, de lui offrir le rôle de George Hanson, un avocat alcoolique dans le film culte « Easy Rider ».

Le début de sa formidable carrière d’acteur.

Le Top 10 de la rédaction :

Faire un Top 10 des meilleurs rôles de Jack Nicholson est une tâche très ardue à la vue du nombre de grandes performances établies par l’acteur. Chacun possède sa propre sensibilité et son ressenti pour chaque œuvre mais nous avons tenté d’en faire un classement que nous pensons juste.

10. « L’honneur des Prizzi » (1986) de John Huston :

Huston signe dans cette fause comédie un style proche de la farce où, dès la première séquence à l’église, les mafieux sont dépeints avec leur visages d’abrutis sanguinaires et leurs poses de parvenus. 

« L’Honneur des Prizzi », est un chef-d’œuvre car il tient dans cet art d’être subtil en exagérant, de sous-entendre en appuyant, d’être sérieux en parodiant. La parodie ici n’est jamais un amusement gratuit mais la marque d’une distance morale vis-à-vis du sujet.

Dans cette comédie sur une famille mafieuse, Nicholson donne libre cours à deux lignes de force de son jeu : la vis comica et le don pour faire peur et remporte là son quatrième Golden Globes. Il avait rencontré John Huston sur le tournage de « Chinatown » ; là, c’est au tour de la fille, Anjelica, avec qui il formera un couple orageux.

9. « Profession : Reporter » (1975) de Michelangelo Antonioni :

A l’origine de « Profession : Reporter », il y a une idée très simple, tirée d’une phrase du célèbre physicien Robert Oppenheimer : « Si quelqu’un aperçoit une chose qui lui semble techniquement irrésistible, il s’y attache de fait ».

Dans ce film de l’un des pères du néo-réalisme italien, un journaliste échange son identité avec un mort pour fuir sa vie et surtout sa femme. Il se retrouve poursuivi par sa famille mais aussi par un groupe de révolutionnaires africains qui le prennent pour le décédé.

Ce road-movie politique, métaphysique et superbement stylisé se conclue par un extraordinaire plan-séquence circulaire où le héros rencontre… son destin. Magnifiquement dirigé par Antonioni, notre grand Jack en fait peu, tenu à distance de ses tendances au cabotinage. Une œuvre qui se situe parmi les grands films de sa filmographie et Le meilleur film de son auteur. Une balade mortifère proche de la perfection.

8. « Tendres Passions » de James L. Brooks (1983) :

Enorme succès pour cette comédie romantique signée James L. Brooks mettant aux prises deux tourtereaux quinquagénaires. Un film qui ne recevra néanmoins pas les honneurs des critiques sur notre continent. Casse-la tienne, le long métrage remporte 5 Oscars, Jack y déploie sa vista comique et affronte une partenaire à la hauteur en la personne de Shirley McLaine. Il rafle d’ailleurs son deuxième Oscar pour l’occasion. Brooks est un autre des cinéastes fidèles à l’acteur puisqu’ils se retrouveront pour trois autres longs métrages avec « Broadcast news » en 1987, « Pour le pire et pour le meilleur » en 1997 et « Comment Savoir ? » en 2010.

7. « Des hommes d’honneur » (1992) de Rob Reiner :

Rob Reiner signe avec « Des hommes d’honneur » un film de procès remarquable dans la grande tradition hollywoodienne. Les fans du réalisateur américain (un des plus inventifs des années 80 comme l’attestent « Stand by me », « Quand Harry rencontre Sally » ou encore « Princess Bride ») doivent savourer ce film à sa juste valeur.

Un long métrage doté d’un scénario solidement charpenté, des dialogues vraiment efficaces et surtout un casting absolument impressionnant.

Le cinéaste nous offre une véritable joute orale, un combat de poids lourds jouissif (l’affrontement Cruise / Nicholson constitue une scène d’anthologie), la mise en scène, le cadrage sans fioriture bonifie encore plus l’expérience. Que dire de la prestation de Jack Nicholson aussi sympathique et chaleureux que le pire des dictateurs communistes. Une performance qui surclasse bien sûr tous ses partenaires et, lui offre une nouvelle nomination aux Golden Globes et aux Oscars.

6. « Batman » (1989) de Tim Burton :

C’est un constat partagé par tous les admirateurs de Batman : certains méchants sont parfois plus impressionnants et plus charismatiques que l’homme-chauve-souris lui-même. Encore un pic pour l’acteur, entre la maestria gothique de Burton et le comique diabolique de Nicholson qui lui va comme un gant. Le Joker est comme le rôle superlatif taillé à sa démesure, celui qui empile et encapsule tous les psychopathes hystériques qu’il a joué auparavant. Une performance déjantée et cultissime en plus d’un grand succès commercial de 400 millions de dollars sur lesquelles il touchera 10 pour cent des recettes.

Tim Burton n’avait pas droit à l’erreur dans le casting de son film. Pour le Joker, il ne s’est pas trompé.

Il remettra le couvert dans « Mars attacks » où il interprète le président des Etats-Unis.

5. « Les Infiltrés » (2006) de Martin Scorsese :

Remake du polar hong-kongais « Infernal affairs », « Les Infiltrés » est un rêve pour tout spectateur(s) ! Une performance sans faille de Jack Nicholson en chef de la pègre de Boston maniaque et paranoïaque, ainsi qu’une prestation sensationnelle et toute en nuance de DiCaprio. Jack y déploie comme toujours ce mélange de cabotinage et de génie, de folie anxiogène et de drôlerie.

En scrutant ce visage triangulaire et cet étrange regard incertain qui nous auront fasciné pendant cinq décennies, on a le sentiment que ce type pourrait nous étriper avec le sourire le plus radieux. Une nouvelle nomination aux Oscars et aux Golden Globes dans la poche !

4. « Shining » (1980) de Stanley Kubrick :

Autre sommet de la filmographie nicholsonienne où l’acteur déploie sa face la plus inquiétante avec ses yeux qui roulent et son regard par en-dessous. Kubrick adapte ici le roman d’horreur de Stephen King et signe une œuvre inspirée sur la folie, en explorant les mécanismes de la peur.

Jack est une nouvelle fois extraordinaire et fou à lier. On n’oubliera pas l’imitation moqueuse de son épouse (Shelley Duvall) ni son entrée à coup de hache dans la salle de bain familiale au cri de « Here’s Johnny » qui était le lancement du « Tonight show » de Johnny Carson, célèbre talk-show de soirée de l’époque. Humour noirâtre de Kubrick et de Nicholson qui placent l’annonce d’un présentateur télé populaire dans la bouche d’un père psychopathe.

« The Shining » possède de nombreux plans iconiques, mais le coup de maître, c’est que tout cela est entouré d’une menace psychologique fantastique, claustrophobe, lente et méthodique.

3. « Chinatown » (1974) de Roman Polanski :

Nicholson réendosse le costard et le chapeau porté auparavant par Sam Spade et Philip Marlowe, les privés des années trente, dans cette relecture du « noir » signé Polanski, à la fois chic, violente et rétro. On n’oublie pas la scène où le privé se fait taillader le nez au couteau (c’est le cinéaste lui-même qui tient l’arme blanche) avant de passer le reste du film avec un sparadrap sur le pif. Tous les codes des films noirs des années 1950 sont ici réunis. L’intrigue policière est parfaitement portée par le couple Jack Nichoslon / Faye Dunaway. Une performance qui lui vaut à nouveau des nominations aux Oscars, aux Golden Globes et au Bafta. Il réalisera lui-même une suite en 1990 intitulée « The Two Jakes ».

2. « Pour le pire et pour le meilleur » (1997) de James L. Brooks :

James L. Brooks met patiemment en scène cette comédie dramatique géniale. Il le fait peut-être sans grand génie mais avec un sens du détail évident, parvient à faire durer les scènes assez longtemps pour faire monter la pression, pousser les personnages dans leurs retranchements et leur faire dire ce qu’ils cachent.  

Et puis il y a Nicholson. On dirait qu’il fait partie de notre famille. Ce type, son rôle, les deux confondus, à n’en pas douter, on les connaît. Parfaitement à l’aise dans ce rôle d’atrabilaire, il joue de ses demi-sourcils et de ses quenottes supérieures comme d’un Stradivarius. Mais ses tics sont justifiés par ses T.O.C. (troubles obsessionnels compulsifs). Bref, le génial Jack parvient à renouveler son rôle fétiche de timbré en y apportant encore un peu plus de variété, d’humour et surtout de maturité. Un rôle qui lui rapporte son troisième Oscar, une performance inouïe qui égale le légendaire Clark Gable. Emouvant et terriblement drôle.

1.« Vol au-dessus d’un nid de coucou » (1975) de Milos Forman :

« Vol au-dessus d’un nid de coucous » parvenait à se jouer de tout le monde et brouillait toutes les pistes. D’abord en falsifiant le film de genre : l’asile d’aliénés n’est qu’un prétexte, ou plutôt une déclinaison. On est ici autant en plein film de prison que sur les terres du western, avec des personnages codés s’opposant en un long duel. « Vol au-dessus d’un nid de coucou » fut un immense succès dès sa sortie. Il a conservé aujourd’hui toute sa force.

Une comédie grinçante, un brin histrionique, qui fut un immense succès et dans laquelle Jack s’en donne évidemment à cœur joie. Le rôle pour nous le plus mémorable de sa riche carrière qui le couronne de son premier Oscar de « meilleur acteur ». Magistral !

Jack Nicholson a clairement marqué l’histoire du Septième Art, on le voit au travers de tous ses films (il en a tourné plus de 70), tous pour la plupart devenus des chefs d’œuvre, des classiques ou alors dans le pire des cas des films cultes.

L’acteur peut tout jouer : le fou, le grand malfrat, le séducteur, le névrosé, le sadique. Autant dire que très peu d’acteurs y arrivent. 

Une véritable légende hollywoodienne qui inspire et inspirera encore les générations d’acteurs à venir, il est le seul avec Michael Caine à avoir été nommé aux Oscars sur cinq décennies (années 1960, 1970, 1980, 1990, 2000). Un record qui ne sera peut-être jamais égalé dans les prochaines années. On espère bien revoir notre grand Jack sur les écrans dans un nouveau très grand rôle, à la mesure de son talent.

Nul doute qu’il saurait encore en bluffer plus d’un. Tu nous manques Jack !

NB : Pouvaient aussi être cités :

  • « Easy Rider » de Dennis Hooper (1969)
  • « The Pledge » de Sean Penn(2001)
  • « La dernière Corvée » (1973) d’Hal Ashby
  • « Missouri Breaks » (1976) d’Arthur Penn
  • « Les Sorcières d’Eastwick » (1987) de George Miller
  • The Crossing Guard (1995) de Sean Penn
  • « Monsieur Schmidt » (2002) d’Alexander Payne.

Julien Legrand – Le 22 avril 2019

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