Le père de BOB MORANE

Henri Vernes

A l’occasion du 101ème anniversaire de son auteur Henri Vernes, ScreenTune s’est penché sur la trop longue absence de ce héros légendaire au cinéma ou plutôt à la difficulté d’incarner le personnage.

Nous n’allons pas revenir ici sur l’immense carrière de Charles-Henri Dewisme et  sur les deux cents et quelques romans qu’il a écrits depuis  ses débuts en 1953  chez Marabout ; d’autres avant nous l’ont fait avec brio et pour plus d’informations nous vous conseillons les excellents sites du CAHV et du Club Ananké.

Petite bio :

C’était une idée qui nous tenait à cœur, rencontrer Henri Vernes  qui fêtera son 101ème anniversaire ce 16 octobre 2019 et retracer pour ceux qui nous suivent le parcours d’un des auteurs belges parmi les plus prolifiques du XXème siècle.  Charles Henri Dewisme de son vrai nom  est né en 1918 à Ath et a vécu une vie  bien remplie de baroudeur et d’écrivain. En 1953 il crée pour Marabout junior un nouveau personnage…Bob Morane dans un premier roman « La vallée infernale ». Le succès est immédiat et Henri Vernes devient l’auteur phare des éditions Marabout  ; 215 romans et 87 bandes dessinées plus tard,  le mythique Commandant Morane continue de défendre la veuve et l’orphelin aux quatre coins du monde.

Sur le plan télévisuel 26 épisodes TV ont été réalisés en 1963 avec Claude Titre et 26 dessins animés diffusés en 1999 sur  France 3 mais si beaucoup de personnages cinématographiques présentent des similitudes avec les aventures de Bob Morane, celui-ci n’ a ,à ce jour, jamais eu les honneurs du grand écran.

  • Henri Vernes merci de nous accorder un moment pour évoquer les rapports entre Bob Morane et le cinéma. Nous savons qu’après la série télévisée avec Claude Titre dans les années 60 et au moment où triomphent James Bond, OSS117 (d’André Hunnebelle (les Fantômas)) et Matt Helm (avec Dean Martin) il y a eu  un projet  cinématographique avec Jacques Santi (le futur « Tanguy » de la série tv les chevaliers du ciel) et puis plus rien pourquoi ?

HV : Parce que Jacques Santi s’est disputé avec le producteur, donc le film ne s’est pas fait !

  • En 2003-2004 réapparaît un projet avec Christopher Gans ?

HV : Oui effectivement  mais à cause du SRAS, le film devait se tourner en Chine et c’est à ce moment-là qu’il y a eu la maladie du poulet , de plus la Française des Eaux qui était le bailleur de fonds a fait faillite

  • Avec Vincent Cassel pour incarner Bob Morane ?

 HV : Je trouve que Cassel n’était pas fait pour jouer Bob Morane, mais c’était l’acteur fétiche de Gans, c’est ce dernier qui le voulait.

  • Aujourd’hui je crois vous savoir assez détaché des projets cinématographiques qui pourraient survenir mais si vous aviez la possibilité de choisir et les capacités d’être le réalisateur d’une de vos œuvres laquelle porteriez-vous  sans hésiter à l’écran (vite sans réfléchir) ?

HV : Sans hésiter, « La panthère des hauts plateaux », une jolie femme, un pays superbe et très photogénique (l’ Indochine) Tout pour faire un très bon film !

  • Et laquelle ne voudriez-vous en aucun cas voir passer du roman au film (vite sans réfléchir) ?

HV : Un de ceux qui sont écrits maintenant ! ( Henri Vernes a cédé les droits de son œuvre, il y a quelques années à la Bob Morane Inc. Et n’ajoute plus sa patte aux romans actuels).

  • Les technologies d’aujourd’hui telle la motion capture comme dans la récente trilogie de la planète des singes permettraient-elles de réaliser un bon film sur les « Crapauds de la Mort » (une de vos créations parmi les plus réussies) ?

HV : Je pense oui mais il faut faire confiance à un bon producteur et il faut que ce soit fait aux Etats Unis. Personnellement je préfère les vrais décors et les vrais acteurs mais il faut vivre avec son temps.

  • Et un Bob Morane  réalisé en motion capture comme le récent « Alita »  ou le « Tintin » de Spielberg aurait-il vos faveurs ?

HV : Non cela ne m’intéresserait pas mais je ne peux rien y faire.

  • Beaucoup d’aventures ont permis à Bob Morane de faire découvrir le monde dans les années 60 à des milliers de jeunes (dépourvus de télévision à l’époque) serait-il logique de resituer le film dans cette époque (comme Tarantino vient de le faire) ?

HV : Oui parce que c’était la belle époque du cinéma, avec de vrais acteurs, une vraie histoire. Le grand cinéma pour moi se situe entre les années 30 et 80.

  • Par exemple si on réalise un film sur l’Ombre Jaune ? Plutôt les années 50/60 (dans un Londres encore meurtri par la guerre) ou un film contemporain ?

HV : ll faudrait faire un film en come-back car on ne perçoit plus les Chinois maintenant comme avant.

  • Je ne veux pas vous fâcher avec cette question mais je me dois de la poser jusqu’à présent on s’est toujours focalisé sur qui pour jouer Bob, qui pour jouer Bill, qui pour Miss Ylang Ylang et si comme dans « l’affaire Pélican » (où Denzel Washington joue un personnage qui dans le roman est blanc et plus âgé) on faisait table rase comme ceux qui veulent désormais un James Bond noir vous dites oui à un William Ballantine noir ?

HV : Je suis pourtant obligé de dire non, car Bill Ballantine c’est d’abord du whisky, il est écossais et il est roux. je n’ai rien contre les noirs mais Bill n’est pas noir. On ne peut pas faire un Bob Morane indien avec des plumes sur la tête…

HV : Spielberg, parce que c’est un grand metteur en scène et ce serait un très bon film (par ailleurs je ne connais pas les autres).

  • J’ai eu cette chance de lire tous vos romans  quasiment au rythme de leur parution et j’ai eu plaisir à évoluer dans le monde, dans le temps, dans l’espace mais ce que j’en garde c’est aussi l’indéfectible amitié entre les personnages et l’amour pudique entourant Bob et ses conquêtes ; Voudriez-vous voir conserver cette  importante thématique à l’écran ?

HV : Oui, je pense que c’est complexe avec les hommes et les femmes, c’est ça qui ferait le succès de Bob à l’écran. Et surtout il faut laisser les personnages tels qu’ils ont été créés par moi.

  • Je ne sais pas si vous pouvez encore vous faire une toile de temps en temps mais j’aimerai savoir quel film vous a plu récemment ?

HV : Cela fait des années que je ne suis pas allé au cinéma. Le cinéma actuel ne me dit plus rien.

Je vous remercie de nous avoir accordé cette interview et je vous souhaite  en mon nom , au nom de ScreenTune et de ceux qui nous suivent un joyeux anniversaire.

HV : Merci à vous, ce fut un plaisir.

Propos recueillis par Yves Legrand  le 3 septembre 2019.

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