coppola a le cinéma dans le sang

Dracula

Francis Ford Coppola n’est plus un cinéaste à présenter. Un réalisateur primé pour des chefs-d’œuvre tels que « Le Parrain » et ses deux suites ou encore le compliqué mais magnifique « Apocalypse Now » (le tournage a été un enfer pour le réalisateur).

Pourtant son cinéma n’a pas toujours été accessible à tous : la presse spécialisée et une partie du public trouvent ses films difficiles d’accès car Coppola aurait la fâcheuse tendance à se regarder filmer et à tomber dans une certaine contemplation.

Mais le metteur en scène a su prouver son talent à tous ! En passant du film noir et mafieux du « Parrain » à « Apocalypse Now », le cinéaste d’origine italienne prouve qu’il peut transcender tous les genres. Avec cette nouvelle adaptation de « Dracula » de Bram Stoker, le metteur en scène tente d’offrir la meilleure transposition possible au comte roi des vampires, véritable icône de la littérature fantastique.

Après plusieurs essais pas toujours fructueux avec Christopher Lee en comte assoiffé de sang, il était temps de rendre au célèbre personnage ses lettres de noblesse à travers une adaptation fidèle et profonde. Pour réussir son entreprise, Coppola s’entoure d’un casting talentueux et expérimenté avec l’excellent Gary Oldman, le toujours très bon Anthony Hopkins en docteur Van Helsing, la charmante Winona Ryder et le sympathique Keanu Reeves.

Un réalisateur de renom, un casting cinq étoiles et un ouvrage mythique, cette adaptation de Dracula ne pouvait être qu’une réussite !

Synopsis :

En 1492, le prince Vlad Dracul, revenant de combattre les armées turques, trouve sa fiancée suicidée. Fou de douleur, il défie Dieu, et devient le comte Dracula, vampire de son état. Quatre cents ans plus tard, désireux de quitter la Transylvanie pour s’établir en Angleterre, il fait appel à Jonathan Harker, clerc de notaire et fiancé de la jolie Mina Murray. La jeune fille est le sosie d’Elisabeta, l’amour ancestral du comte… (Allociné)

Ce « Dracula » de Francis Ford Coppola est encore aujourd’hui considéré comme une référence du cinéma fantastique. 

Autant salué par la critique que par le public à sa sortie en 1992 et auréolé de plusieurs prix (3 Oscars quand même !), cette nouvelle adaptation tente de revenir aux origines du mythe et de redévelopper une mythologie soignée de l’univers baroque et gothique propre au roman.

C’est là, la plus grande qualité de l’œuvre de Coppola. Grâce à un travail minutieux sur des décors et des détails, notamment emprunté à l’expressionisme allemand, le cinéaste livre un long métrage à la fois beau et poétique mais également une merveille plastique et visuelle.

Coppola ne désirant aucun effet spécial sur les décors, le spectateur peut pleinement se plonger dans cette atmosphère baroque magistralement travaillée soutenue par des plans qui par instant relèvent du génie.

Grâce aux savoir-faire de ses décorateurs, le metteur en scène propose une vision artistique et graphique sublime qui s’inspire autant de la peinture que de l’architecture fantastique.

Coppola parvient en effet à donner force et caractère à son long métrage pour rendre un vibrant hommage au travail de Bram Stoker et signe certainement la meilleure adaptation du roman de son auteur.

Pourtant, un film ce n’est pas seulement de belles images et de beaux décors. Certes le « Dracula » de Coppola est soigné mais son scénario l’est-il également ?

Pour autant, malgré les efforts de son metteur en scène, les bonnes intentions et toutes les qualités proposées par le métrage, ce « Dracula » souffre de quelques lacunes :

D’abord au niveau de son scénario, même s’il suit les grandes lignes du récit de Stoker, Coppola prend certaines libertés avec le personnage interprété par Winona Ryder (Mina Murray). Elle est la réincarnation de l’amour perdu du comte et celui-ci tombe littéralement sous son charme alors que dans le récit de Stoker, elle est sa victime et son ennemie.

C’est l’une des plus importantes différences avec le roman, Dracula y est dépeint comme un monstre sanguinaire alors que dans la vision de Coppola, il devient une victime de l’amour, facette qui vient considérablement approfondir son caractère tout en changeant nettement la finalité de l’œuvre originale.

Coppola vient en effet rajouter tout une dimension romantique, cette nuance modifie finalement le personnage de Dracula par un changement majeur dans ses actions et intentions.

Cherchant à en approfondir la psyché et en en faisant plus qu’un simple immortel assoiffé de sang. Malgré sa volonté de rester fidèle au livre, Coppola dévie de la ligne directrice de l’histoire réelle.

Au niveau du casting, Gary Oldman livre une prestation à la fois forte et mélancolique quant à sa condition d’âme torturée recherchant le bonheur éternel ; Winona Ryder oscille entre interprétation convaincante et manque de crédibilité en tant que jeune ingénue promise au comte.

Malgré tout son talent, Anthony Hopkins tombe lui dans la caricature du chasseur de vampire un peu fou et Keanu Reeves n’insuffle aucun charisme à son personnage de Jonathan Harker, étouffé par la performance de ses compères.

Porté par le talent de son metteur en scène, ce « Dracula » version Coppola est une œuvre très agréable à regarder pour les fans du réalisateur, mais aussi pour tous amateurs de mise en scène léchée et de décors démesurés.

Pourtant, plombée par l’inconstante partition livrée par ses acteurs secondaires, cette adaptation du célèbre roman de Bram Stoker pourrait finalement nous faire regretter la simplicité d’œuvres comme « Nosferatu » (1922) de Friedrich Wilhelm Murnau, « Le Bal des Vampires » (1967) de Roman Polanski ou encore « Entretien avec un Vampire » (1994) de Neil Jordan.

Alors est-ce la meilleure transposition du célèbre vampire à l’écran aujourd’hui ? Pour beaucoup la réponse est « oui » !

Pourtant, la question qui mérite le plus d’être posée est : Et si les meilleures œuvres sur les vampires n’étaient pas celles qui s’écartent le plus du mythe du comte transylvanien ?

Il est vrai qu’en raison de la richesse et de la difficulté quasi inadaptable du livre fondateur de Bram Stoker, il faudrait plutôt s’éloigner des sentiers battus et retranscrire une histoire qui s’éloigne au maximum du mythe originel.

Il est vrai, qu’en revenant systématiquement au Dracula de Bram Stoker, on finit par un peu se lasser de revoir éternellement le même film ou en tout cas la même histoire tant le sujet a été traité dans tous les sens depuis des années.

Cependant, malgré certains défauts, le « Dracula » de Coppola est dense parfois trop, mais n’en reste pas moins fascinant et souvent émouvant grâce à toute son énergie visuelle et conceptuelle.

Note: 8/10

Julien Legrand – Le  3 mai 2018

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur google
Google+
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn

Vous pourriez aussi aimer :

contact.screentune@gmail.com

Fermer le menu