Le désastre de Disney ?

Taram et le chaudron magique 

Mal-aimé, oublié, trop sombre, flop, échec cuisant, incompris, voici un florilège des adjectifs qui collent à la peau de « Taram et le chaudron magique » le dessin animé des studios Disney sorti en 1985 et réalisé par Richard Rich et Ted Berman. 

Une œuvre qui a bien failli coûter les oreilles aux studios de Mickey avant qu’il ne devienne le monstre tout puissant qui règne sur le paysage hollywoodien aujourd’hui.

La question est : pourquoi tant de haine et de méconnaissance de ce 25e classique des studios aux grandes oreilles ? Inspiré de la pentalogie de Dark Fantasy pour adolescents nommée « Les Chroniques de Prydain », écrite par Lloyd Chudley Alexander.

Désavoué par ses créateurs, son studio et apprécié par son auteur pour ce qu’il est, un dessin-animé, « Taram et le chaudron magique » a marqué son époque par ses coûts de productions et son flop au Box-Office (seulement 21 millions de dollars de recettes) battu même par les « Les Bisounours – Le Film ».

Retour sur un échec monumental et pourtant immérité.

Critique « Taram et le chaudron magique » (1985) : Le désastre de Disney ?

Synopsis :

Taram, un jeune porcher, apprenti du mage Dalben, vit au pays enchanté de Prydain. Rêvant de chevalerie et d’exploits, il apprend de son vénérable Maître l’existence du Chaudron Magique qui, doté de puissants pouvoirs de contrôle du monde entier reste introuvable à ce jour. Et pour cause, le Seigneur des Ténèbres le convoite jalousement… Pourtant, Tirelire, la petite cochonne qui prédit l’avenir, révèle sans mal à notre jeune héros, l’emplacement du précieux réceptacle. Taram se jure aussitôt de le protéger. Commence alors pour les deux compagnons une belle aventure aux mille dangers et autant de rencontres : de Gurki (un curieux petit personnage tout en poils, amateur de pommes, couard et astucieux) à la belle princesse Eilonwy et son ménestrel Ritournel en passant par le Seigneur des Ténèbres affublé de Crapaud, son pleutre valet pleurnichard…

  • Du rififi dans les studios :

Alors qu’il vient de terminer l’écriture de sa saga (1964 – 1968), Lloyd Chudley Alexander voit les droits de ses romans être rachetés par la firme Disney en 1971 alors en pleine mutation suite au décès de son fondateur Walt Disney. Le studio est renommé The Walt Disney Company suite aux changements de son comité directeur.

« Taram et le Chaudron Magique » est un vrai tournant pour la société aux grandes oreilles surtout au niveau de l’animation, puisqu’il s’agit de la première œuvre à être prise en charge par une toute nouvelle génération d’animateurs. Celle qui vient d’achever le superbe « Bernard et Bianca ».

Le projet va rester en gestation pendant plus de 10 ans après l’acquisition car adapter cinq volumes de Dark Fantasy et plus de 30 personnages importants en un seul long métrage est un travail titanesque, demandez à Peter Jackson ce qu’il en pense. Pourtant l’œuvre de Lloyd

Critique « Taram et le chaudron magique » (1985) : Le désastre de Disney ?

Chudley Alexander n’est pas le plus gros problème du studio. En 1984, le directeur de la firme, Ron Miller, gendre du regretté Walt Disney est la cible des critiques et notamment celles de Roy Disney, le neveu de Walt. Ce dernier considère l’entreprise mal gérée et voudrait offrir un nouvel élan à la société grâce à de nouveaux films « Live », la production animée est en effet vue comme un gouffre économique qu’il faut absolument colmater.

Roy Disney décide de ressortir du placard la société Touchstone, créée par Ron Miller, pour produire de nouveaux films (« Qui veut la peau de Roger Rabbit » de Robert Zemeckis notamment), quant au département animation, il est un peu mis de côté mais le dirigeant va pourtant tenter de le redynamiser. Le directeur décide donc de repenser tout le système dans ses prises de décisions et dans sa gestion des projets afin de rendre le processus plus souple et plus efficace.

  • Un produit trop sombre et pas adapté :

Après leurs prises de pouvoir, les nouveaux patrons du château enchanté décident de visionner le produit réalisé Richard Rich et Ted Berman déjà en phase de finalisation. Aux yeux des dirigeants, « Taram et le chaudron magique » est une catastrophe, il est trop sombre, sans inventivité ni personnages attachants. Les producteurs prennent finalement la décision d’imposer des coupes dans certaines scènes afin de rendre le long métrage plus accessible à un jeune public au grand désappointement des animateurs.

Toutes ces décisions font exploser le budget du film qui passe de 15 à plus de 25 millions de dollars. Malheureusement, cette pluie de dollars ne sert pas au film mais à combler une production chaotique. Nombres de dessinateurs et de collaborateurs sont mal utilisés notamment un certain Tim Burton qui fait plus d’un an de recherches sur le film sans qu’aucune de ses idées ne soit prise en considération.

Le mal est cependant plus profond puisqu’il se situe en amont du processus de production répartis en plusieurs groupes les dessinateurs et animateurs ne communiquent jamais entre eux. La rivalité est exacerbée et conduit à d’autres problèmes notamment au départ de deux artistes de qualité : Ron Clements et John Musker. Ils quittent le navire pour travailler sur le projet « Basil, Détective Privé ». On ne saura finalement jamais si ces cuts dans le long métrage aurait pu apporter plus de cohérence à un projet qui en manquait cruellement.

Critique « Taram et le chaudron magique » (1985) : Le désastre de Disney ?
  • Le film est-il si mauvais que ça ? :

On le répète mais il était très difficile pour l’équipe du film de transposer l’essence des cinq romans de Lloyd Alexander en un long métrage de 80 minutes. Le scénariste Joe Hale décide alors de se rabattre sur les deux premiers volets en offrant une place prépondérante au Seigneur des Ténèbres alors que celui-ci n’est pas considéré comme un protagoniste incontournable de la saga.

Une belle idée sur le papier et à l’écran, sa première apparition est particulièrement réussie, à peine suggérée, sortant de l’ombre, le malfaisant monarque affiche alors une aura vraiment menaçante et effrayante qui ne nous quitte plus jusqu’à la fin du récit. La mélodie qui accompagne chacune de ses scènes fait froid dans le dos. Rien de bien étonnant quand la bande originale est composée par une sommité, le grand Elmer Bernstein, compositeur des « Sept Mercenaires », « Les Dix Commandements », « La Grande Évasion », « Ghostbusters »… La bande son de « Taram et le chaudron magique » est une merveille pour les oreilles et nous transporte directement dans le monde de Prydain mêlant noirceur, peur, désespoir, aventure et héroïsme. Chaque thème et ses variations étant associés à un personnage ou une situation. Le compositeur élabore ainsi un riche panel de thématiques à l’opposé des standards Disney de l’époque.

Critique « Taram et le chaudron magique » (1985) : Le désastre de Disney ?

L’autre grande réussite du film, c’est son animation. Le rendu de l’image est tout simplement splendide et à couper le souffle pour un film d’animation. La première bonne idée est d’être revenu au format scope disparu depuis « La Belle au Bois Dormant » en 1959 ; la seconde est d’avoir fait appel à la caméra multiplane qui sert à offrir un effet de profondeur. Celle-ci est notamment utilisée dans la superbe séquence de l’enlèvement de Tirelire avec le vol des dragons sur fond de ciel rouge.

Ajoutons à cela des décors tout simplement somptueux et des effets spéciaux fabuleux qui font la part belle à la richesse des angles de caméra.

Aucune autres production Disney avant « Taram et le chaudron magique », pas même le superbe « Fantasia » n’a bénéficié d’autant de ressources du département effets spéciaux. Certains s’avèrent d’ailleurs de véritables gouffres financiers.

Critique « Taram et le chaudron magique » (1985) : Le désastre de Disney ?

On notera cependant quelques recyclages de plans d’autres productions Disney, le film de Richard Rich et Ted Berman est une prouesse visuelle, plaisante à admirer et qui n’a encore aujourd’hui pris aucune ride.

Malgré l’intrigue de la saga réduit à son stricte minimum, le scénariste Joe Hale parvient à nous offrir un voyage initiatique enrichissant et sombre qui brasse de nombreuses thématiques comme le passage de l’adolescence à l’âge adulte, la responsabilité de nos actes, l’amitié ou encore la mort.

Il est vrai que parfois, le long métrage le fait de façon appuyée à travers des personnages très stéréotypés comme Taram ou Ritournelle ou Gurgy qui auraient tous mérités un développement plus complet sur plusieurs chapitres.

Critique « Taram et le chaudron magique » (1985) : Le désastre de Disney ?

Il ne faut néanmoins pas bouder son plaisir devant la prise de risque de Disney de nous offrir un récit déchirant de Dark Fantasy gorgé de merveilleux, de sorcellerie, de ténèbres, de vengeance, de magie et de courage.

Avec « Taram et le chaudron magique », Disney revenait aux traditions de ses grands classiques grâce à des musiques sublimes, une animation absolument bluffante tout en nous offrant un conte merveilleux, sombre et sérieux.

Quel dommage que le succès n’ait pas été au rendez-vous devant cette audace visuelle et scénaristique qui reste pourtant un grand moment de cinéma à ne pas jeter aux oubliettes. 

Note : 8/10

Julien Legrand– Le 10 octobre 2020

Sources Photos :

  • Copyright The Walt Disney Company : https://www.imdb.com/title/tt0088814/mediaindex?ref_=tt_pv_mi_sm

 

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