Boum ! Quand ma centrale fait boum !

Chernobyl

Il y a maintenant trente-trois ans, le 26 avril 1986, survenait une des catastrophes les plus importantes du 20ème siècle, un accident nucléaire sans précédent avec l’explosion d’un des réacteurs de la centrale de Tchernobyl située à l’époque en République socialiste soviétique d’Ukraine en URSS. Un événement dont les répercussions furent terribles tant sur le plan sanitaire, écologique, économique que politique.

Des conséquences sur lesquelles revient « Chernobyl » la dernière mini-série produite par HBO (en partenariat avec Sky), qui ne perd pas son temps pour refaire le buzz après la fin de « Game of Thrones » et nous offre une impressionnante reconstitution de la catastrophe.

Emplie d’humanité et brillante de rigueur dans sa mise en scène, elle permet au néophyte que nous sommes de mieux appréhender un événement dont on a forcément entendu parlé mais dont on ne connaît finalement pas grand-chose. Le tout agrémenté d’un casting riche d’expérience avec en tête de gondole Jared Harris (« Mad Men », « The Terror », etc.), Stellan Skarsgård et Emily Watson.

Reste à voir s’il elle mérite d’exploser les records (série la mieux notée sur « IMBd ») ou s’il s’agit d’un pétard mouillé.

Synopsis :

26 avril 1986, l’histoire vraie de la pire catastrophe causée par l’homme et de ceux qui ont sacrifié leur vie pour sauver l’Europe du drame. L’explosion d’un réacteur à la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, a de terribles conséquences aussi bien sur le personnel de l’usine, que sur les équipes de secours, la population et l’environnement.

Ce n’est pas la première fois qu’HBO décide de s’attaquer à l’histoire, la vraie, loin des dragons et des morts-vivant. Par le passé, elle nous a déjà gratifié d’excellentes séries ayant pour base la réalité historique parmi lesquelles « Rome », « Band of Brothers », « The Pacific » ou encore « Deadwood » avec toujours la même justesse et autant de succès.

Une fois de plus, les producteurs ont vu juste et nous offrent ce qui est déjà une des séries les plus réussies de ces dernières années avec un sujet franchement loin d’être facile.

Force est de constater qu’ils ont bien bossé le sujet en amont tant cette mini-série semble authentique dans son ensemble. Si on ne pourra jamais ressentir ce que les protagonistes de ce triste épisode de notre histoire ont vécu, et c’est tant mieux, la série nous immerge dès son entame dans une ambiance sombre et glaciale, oppressante au plus haut point.

La mini fiction scénarisée par Craig Mazin est un pur cauchemar réaliste, entre chocs et conséquences d’une catastrophe mondiale jamais vue auparavant. Ce qui frappe d’emblée, c’est l’impression de malaise qui en résulte, tout est mis en place pour nous faire ressentir le climat nauséabond de l’époque.

« Chernobyl » place avant tout son ambiance au service de l’histoire, ce qui constitue peut-être la plus grande qualité du show. Glauque et claustrophobe, la réalisation fait tout pour que la peur et l’impuissance des personnages imprègnent le téléspectateur. Elle adopte tous les codes de mise en scène capables de provoquer ces émotions : une pellicule froide, presque sans vie, des plans proches des corps pour ressentir au mieux la douleur des victimes et une musique environnante à glacer le sang, sans âme et contre nature.

La réalisation de Johan Renck se rapproche du cinéma d’épouvante par cette sensation constante que le danger guette. Cette menace invisible de l’irradiation est palpable à tout moment, que ce soit lors de l’intervention des pompiers, des ingénieurs ou des mineurs qui risquent leur vie ou simplement lorsque des citoyens observent la centrale depuis un pont sans se douter une seule seconde que le simple fait de respirer les conduits vers une mort certaine.

Ce qui fait aussi la force de la série, c’est qu’à aucun moment elle ne tombe dans le sensationnalisme, le tout est filmé sans effets grandiloquents ni aucune volonté d’en mettre plein la vue. De cette sobriété transpire le réalisme, elle nous place au plus proche des personnages, ce qui donne un caractère encore plus effrayant à la chose. La réalisation parvient à trouver un équilibre idéal entre ce qu’il faut montrer et ce qu’il faut suggérer : on voit la souffrance des victimes dont le corps se meurt (grâce à des maquillages d’exception) sans insister plus qu’il n’en faut.

Ce qui ressort surtout de « Chernobyl », c’est son côté humain, on se place du point de vue des hommes autant que de celui de l’accident. La série nous montre l’humain dans toute sa splendeur, le courage, le sens du sacrifice, la souffrance mais aussi son égoïsme et sa fierté mal placée au dépend du bon sens.

La série nous dépeint une image peu glorieuse de la politique soviétique, dont on ne jugera pas la véracité ici, avec son culte du secret et son aveuglement idéologique qui l’entraîne à nier l’évidence. Une bande de bureaucrates engluée dans le mensonge, plus soucieux de l’image que le pays renvoi que de la sécurité de sa population, symbole d’un U.R.S.S. en pleine décadence.

La bêtise humaine est au cœur du récit de la mini-série, peu importe qu’un scientifique expert en nucléaire annonce que le réacteur à exploser après avoir vu l’ampleur des dégâts, l’idéologie dominante consiste à dire que l’industrie nucléaire soviétique est infaillible, il ne peut qu’avoir tort, soit trop fatigué pour savoir ce qu’il dit, soit animé de mauvaises intentions envers le noble état soviétique. Même les compteurs de radiations pourtant fiables, ne sont pas pris au sérieux.

C’est cette négligence des puissants, prêts à sacrifier le peuple pour soigner leurs egos, qui est encore le plus effrayant dans toute cette histoire. Finalement, l’horreur se dévoile davantage dans le comportement de ces hommes de pouvoir que dans la tragédie elle-même.

La narration des événements n’est pas linéaire, et opère des bonds dans le temps bien que le point d’orgue reste le moment exact de l’incident. En procédant ainsi, le récit n’est jamais redondant et permet, jusqu’au dernier épisode, de décortiquer comment l’incompétence des hommes et la faiblesse de la technique nous a menés au bord du gouffre.

Un travail de vulgarisation a bien sûr été utile à la compréhension et impressionne lui aussi, notamment par la présence de Ulana Khomyuk (Emily Watson), personnage synthèse des nombreux scientifiques ayant levé la voix contre les agissements de l’Etat soviétique vis-à-vis de l’accident nucléaire. Ce protagoniste est à l’image du reste de l’écriture, si crédible et constant que la fiction nous retient constamment dans l’immersion.

La gravité du ton est bien entretenue par le casting, particulièrement bien dirigé. Mention spéciale à Jared Harris et Stellan Skarsgård, qui forment un duo crédible et livrent une prestation remarquable sur un sujet semé d’embûches.

Glaçante et terrifiante, « Chernobyl » mérite amplement toute l’attention qui lui est portée actuellement. La mini-série livre un récit d’une justesse et d’une efficacité remarquable, elle permet de mettre en lumière une catastrophe dont on ignorait les contours.

Une réalisation, sombre et sans fioritures, un travail de documentation efficace et des acteurs au diapason en font une série de grande qualité en plus d’être d’utilité publique. Relatant avec concision ce drame nucléaire, véritable danger invisible, et soulignant l’incompétence du pouvoir soviétique, « Chernobyl » rend en même temps un hommage plus que mérité à ces hommes, véritables héros oubliés, qui ont donné leur vie pour sauver l’Europe du désastre.

Une œuvre bouleversante et nécessaire.

Note : 8,5/10

Damien Monami – Le 14 juin 2019

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