Une lettre d’amour au cinéma

Once Upon a Time... in Hollywood

Le dernier long métrage de Quentin Tarantino est peut-être le film le plus attendu de l’année avec « Avengers Endgame » et « Star Wars IX ». Il avait déjà bousculé les foules au dernier Festival de Cannes en mai dernier créant un vrai tourbillon de demandes pour visionner le film avant tout le monde.

Quoi de plus normal, le cinéaste étant un gage presque absolu de qualité à la vue de sa sublime filmographie et lorsqu’il se permet en plus de se payer deux des plus grands acteurs de leur génération.

Réalisé par Tarantino et interprété par Leonardo DiCaprio, Brad Pitt, Margot Robbie, Al Pacino et bien d’autres ; « Once Upon a Time… In Hollywood » a de quoi donner des étoiles plein les yeux à tous les cinéphiles de la planète.

Le neuvième (enfin dixième si on compte séparément les deux « Kill Bill ») était un évènement à ne rater sous aucun prétexte. L’impatience en était devenue palpable. L’attente en valait-elle la bobine ?

L’avis croisé de Julien et Yves Legrand sur une œuvre aussi majestueuse que le passif de son titre.

Synopsis :

En cette fin des années soixante Rick Dalton et Cliff Booth, sa doublure cascade, forme un duo quasi inséparable qui essaye tant bien que mal de s’accorder aux exigences et au rythme d’une industrie cinématographique dans laquelle ils ne se reconnaissent guère.

L’avis de Julien :

Il est très difficile de vous donner notre avis sur « Once Upon a Time… In Hollywood » sans en révéler quelques morceaux de l’intrigue. Pourtant comme Tarantino a poliment demandé que les critiques ayant vu le film avant le public en révèlent le moins possible pour garder le plaisir du visionnage intact ; nous allons tenter de faire de notre mieux.

Avec « Once Upon a Time… in Hollywood », le cinéaste de « Django Unchained » dépeint tout un pan de l’histoire d’Hollywood et de l’Amérique, il nous offre une reconstitution aux petits oignons de cette période vintage qu’il a si souvent évoquée à travers sa filmographie.

Ce film, le cinéaste le porte dans son cœur et sa mémoire depuis qu’il est enfant, bercé par les grands espaces des westerns de l’époque et son incroyable passion pour Howard Hawks, son modèle, Tarantino filme avec nostalgie une période et un type de cinéma qu’il chérit, et cela se voit : tout est iconisé.

Un récit amer dans lequel souffle une certaine mélancolie voire même par un instant une profonde tristesse. À Hollywood, chaque centimètre ressemble comme à un mausolée d’une époque jadis grandiose, à l’image des affiches de films, des voitures, des panneaux lumineux mais surtout des cameo de personnages célèbres (souvent morts trop jeunes) comme des icônes ramenées à la vie par la caméra du réalisateur.

Et dans tout ce microcosme californien, le metteur en scène se concentre sur deux personnages principaux incarnés par Rick Dalton, un acteur d’une série western célèbre mais à la carrière en accordéon (encore une fois un fabuleux Leonardo DiCaprio) et Cliff Booth, cascadeur, chauffeur et ami du premier depuis plusieurs années (éblouissant Brad Pitt au look de Steve McQueen).

Les deux protagonistes croiseront la route de la sublime Sharon Tate (touchante et magnifique Margot Robbie) alors épouse de Roman Polanski, actrice dont la carrière est en train de décoller.

Grâce aux péripéties de ses deux personnages, Tarantino signe peut-être son œuvre la plus mature. Une véritable déclaration d’amour au cinéma, celui des westerns spaghetti, des seconds rôles, des gueules de cinoche, des cascadeurs et des techniciens. Il offre au spectateur un décor figé dans le temps sans aucune limite de divertissement et d’émerveillement.

C’est surtout de cela dont il est question, offrir aux cinéphiles et aux nostalgiques une expérience de cinéma époustouflante à travers une fresque ambitieuse étonnement linéaire mais au cheminement surprenant. On frôle par moment l’overdose pendant la première heure et demi tant l’univers dépeint à l’écran foisonne d’idées et de thématiques riches (rêve illusoire où la crainte de la mort et de l’oubli côtoie un culte de la chance, et de l’autre, la dérive dans une violence incontrôlée, dévastatrice et criminelle).

Une fois cette exposition et le décor posé, le film prend un tournant attendu pour les connaisseurs (les autres devront faire leurs devoirs de recherche pour en prendre toute la mesure) qui plonge l’audience dans une atmosphère macabre qui colle aux tripes.

On passe de l’émerveillement au désenchantement grâce à une histoire aux tons crépusculaires soutenus par une mise en scène virtuose, des personnages géniaux, une reconstitution magnifique, le tout emporte le spectateur pendant plus de 2h40 pour ne plus jamais le lâcher. 

Avec « Once Upon a Time… in Hollywood » Quentin Tarantino montre, s’il le fallait encore, qu’il est l’un des plus grands cinéastes de sa génération. Sorte d’hommage au cinéma de son enfance et à Sharon Tate, visage de l’innocence de ce monde décadent.

Le cinéaste signe son œuvre la plus mature et la plus déroutante portée par une reconstitution fabuleuse, une mise en scène virtuose et un casting excellent. Un film brillant aux thématiques riches, en plus d’être une proposition artistique folle et intelligente.

Une expérience de cinéma jubilatoire à vivre intensément !

Note : 8,5/10

Julien Legrand  – Le 9 août 2019

L’avis de Yves :

Il y a peu de réalisateurs aussi passionné par le cinéma  et la culture populaire que Quentin Tarantino et « Once upon a time… in Hollywood », c’est un peu comme si on l’écoutait nous transmettre ce qui le captive depuis des décennies … en images.

Réalisé avec énormément d’attention, il s’agit certainement du film le plus ambitieux et le plus abouti de Tarantino (depuis « Kill Bill ») pour lequel il s‘est entouré d’une pléiade d’acteurs qu’il avait déjà eus le plaisir de diriger dans le passé avec en tête d’affiche Brad Pitt (« Inglorious Basterds »), Leonardo DiCaprio (« Django Unchained »), Kurt Russel ( « Les huitssalopards »), Bruce Dern (« Django Unchained » et « Les huit salopards ») auxquels s’ajoutent Al Pacino et Margot Robbie. S’il n’a pas fait appel à Jamie Foxx et Samuel L. Jackson, c’est sans doute parce que l’époque décrite ici (1969) est celle d’un monde cinématographique très blanc, où le racisme et le machisme sont ordinaires ( en témoigne cette réflexion de Cliff Booth (Brad Pitt) : « Don’t cry in front of the Mexicans »).

Bénéficiant d’une exceptionnelle reconstitution d’époque, le réalisateur américain s’amuse abondamment dans son histoire avec la ligne du temps. La direction artistique et la photo sont à couper le souffle, et font transparaître à chaque instant la touche très personnelle qu’il veut y insuffler.

Il a également porté une grande attention aux détails, sa trame musicale parfaitement assemblée (évidemment), son impulsivité et son rythme déjanté font de « Once Upon a Time… in Hollywood » un film captivant dans lequel on se glisse avec délectation et on s’absorbe dans les moindres petits détails que l’auteur nous présente. C’est un Tarantino nostalgique peut enclin à camoufler les travers de toute une époque ; ses vices, son égocentrisme et sa lutte des classes.

Tout y passe sans qu’aucune de ces questions ne soit un véritable enjeu, s’imposant plutôt comme les observations d’un cinéaste soucieux d’authenticité et de sincérité dans sa démarche, mais créant aussi une belle ambivalence autour de ses personnages.

Partageant de grands moments de comédie, des drames personnels, les scènes de tension et une séquence d’une violence inouïe, Leonardo DiCaprio et Brad Pitt composent un duo  tragicomique avec un bel enthousiasme et un abattage sans pareil. En arrière-plan  il y a l’histoire de Sharon Tate (Margot Robbie), jeune épouse de Roman Polanski, actrice candide et prometteuse, qui, dans la réalité, fera malheureusement la rencontre de trois membres de la « Famille » de Charles Manson.

Tarantino jette à ce moment un voile sur le sujet, soucieux de permettre à cet âge d’or hollywoodien dont  il se montre tantôt admiratif tantôt critique de se poursuivre, et aux stars si chères à l’auteur – même si  elle sont fictives – de prospérer un peu plus longtemps.

Note : 8/10

Yves Legrand  – Le 9 août 2019

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