Jusqu’à ce que le divorce vous sépare

Marriage Story

On pourrait croire en se fiant au titre du nouveau film de Noah Baumbach, sorti sur Netflix le 6 décembre, qu’il s’agit d’une petite comédie romantique bien sympathique sur le thème du mariage. Un récit classique sur la vie de famille et le temps qui passe sans altérer l’amour que se porte deux êtres unis jusqu’au bout du chemin. 

Mais détrompez-vous, comme son nom ne l’indique pas, « Marriage Story » est un drame touchant sur un thème devenu récurrent au cinéma, le divorce. Porté par le duo Scarlett Johansson / Adam Driver, le long-métrage s’inscrit dans la lignée de « Kramer contre Kramer », un des modèles du genre qui en a appelé d’autres dans deux styles opposés, d’une part la comédie avec des films comme « Madame Doubtfire » ou « Crazy, Stupid, Love », et d’autre part le drame avec notamment le récent « Jusqu’à la garde ».

Le film qui nous concerne se situe entre les deux, une comédie dramatique qui oscille avec brio entre joie intense et grande tristesse. « Marriage Story » peut se résumer à une fable aigre-douce sur le divorce.

Reste à voir si celui-ci est réussi.

Synopsis :

Charlie Barber est metteur en scène de théâtre à New York. Sa femme, Nicole, est une ancienne comédienne de films pour adolescents qui travaille aujourd’hui avec son mari. Mais le couple va mal et ils décident de divorcer. Tout se passe relativement bien jusqu’au jour où Nicole reçoit une proposition professionnelle à l’autre bout du pays et qu’elle décide d’y emmener leur fils, Henry.

Dans la vie d’un couple, la séparation est une étape des plus compliquée à traverser lorsqu’elle s’avère nécessaire. Comment effacer des années de vie commune ? Du moins lorsque celle-ci était saine comme dans le cas présent ; comment faire comprendre à un enfant qu’on ne s’aime plus ?  Comment se reconstruire et aller de l’avant ? Tant de questions auxquelles le réalisateur Noah Baumbach, figure de proue du cinéma indépendant, tente de répondre en s’inspirant de sa propre histoire.

Et il y parvient avec brio grâce à ce triste mais non moins poétique « Marriage Story ». Il réussit un traitement presque authentique d’un sujet qu’il maîtrise à la perfection après avoir déjà réalisé « Les Berkman se séparent » en 2005. Son approche très réaliste du divorce nous permet de voir à quel point cette épreuve est difficile pour les personnes concernées, comment des avocats peuvent aisément les monter l’un contre l’autre une fois que le problème de la garde de l’enfant arrive sur le tapis et ce, même lorsque celles-ci semblaient être sur la même longueur d’onde au départ.

Le film respire la sincérité, on sent bien que le cinéaste a vécu ces situations, les thérapies de couples qui ne mènent à rien, le fossé qui se creuse inexorablement dans le couple, la distance qui entrouvre encore plus la brèche dans le cas présent, l’un restant à New-York, l’autre retournant « chez elle » à Los Angeles. 

Chaque étape du divorce est évoquée avec toujours beaucoup de pudeur en plus d’une grande habileté dans la mise en scène, les moments de tendresse cèdent la place aux disputes avec toujours le même schéma narratif : on part de l’image du couple idéal qu’on voit se détériorer au fil des minutes. Une façon de faire qui a ses limites car on passe sans transition du rire aux larmes, ce qui peut être perturbant.

Cependant pour traiter ce sujet avec une telle justesse, il fallait des acteurs à la hauteur de celui-ci et sur ce point, la réussite est totale, Scarlett Johansson et Adam Driver sont époustouflants et forment un couple crédible à l’écran qui n’est évidemment pas sans rappeler celui formé par Meryl Streep et Dustin Hoffman dans « Kramer contre Kramer », le côté tendre en plus. 

Quel plaisir de voir l’interprète de Black Widow à l’œuvre ailleurs que dans des blockbusters de super-héros ou dans des films expérimentaux. Elle livre d’ailleurs sa meilleure performance depuis bien longtemps, on l’a rarement vue aussi touchante et naturelle que dans ce rôle, une prestation d’une intensité rare qui pourrait lui ouvrir les portes des Oscars (elle est déjà nommée aux Golden Globes). De son côté, Adam Driver est poignant dans la peau de ce père désemparé face à cette situation, une interprétation qui ne fait que confirmer, s’il le fallait encore, tout le talent du bonhomme.

Une association d’acteur qui fait mouche tant l’alchimie entre les deux est palpable, ce qui donne l’impression qu’on est face à un véritable couple. Le reste du casting est au diapason avec notamment une Laura Dern survoltée et un Ray Liotta impitoyable dans leurs rôles d’avocats respectifs. Une bonne dose d’humour est apportée par Julie Hagerty et Merritt Wever qui campent la mère et la sœur de Nicole.

Cet humour, distillé avec parcimonie amène une touche de légèreté à ce sujet délicat. Ce qui donne un film empli de tendresse et d’autant plus déchirant car on comprend que le couple s’est aimé d’un amour sincère et qu’ils auront toujours de l’affection l’un pour l’autre. En ce sens, l’introduction est criante avec la description des deux futurs ex-amants sous la forme d’une liste des choses que l’un aime chez l’autre.

Avec « Marriage Story », on est face à un excellent long-métrage sur le divorce, le récit d’une séparation parfaitement huilé qui alterne avec grâce entre joie et tristesse, une comédie dramatique comme on en voudrait plus souvent. Sans prendre parti pour l’un ou pour l’autre, Noah Baumbach réussi une œuvre à la fois touchante et réaliste sur un thème loin d’être aisé à aborder, d’autant qu’elle fait ici écho à sa propre expérience.

Si on peut lui reprocher un certain classicisme et un manque de prise de risque dans sa réalisation, il mérite avant tout des louanges. Avec un scénario bien ficelé, des dialogues brillants et des acteurs qui le sont tout autant, cette nouvelle production Netflix est une vraie réussite. Un nouveau succès pour la plateforme de streaming peut-être couronné aux Golden Globes, tout comme « The Irishman ».

« On parle des liens du mariage ! Mais les liens du divorce sont encore plus indissolubles ! »

Note : 7,5/10

Damien Monami – Le  10 décembre 2019

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