Compte à rebours d’une histoire d’amour.

L’Etrange Histoire de Benjamin Button 

Complexe, énigmatique, ingénieux, obsessionnel, voici plusieurs adjectifs qui qualifient souvent le talent de David Fincher. Un cinéaste hors du commun qui a déjà accouché de chefs d’œuvres cultes comme « Seven », « Fight Club » ou encore « The Game ».

Et après son fabuleux et en angoissant « Zodiac » en 2007, le metteur en scène revenait en 2008 avec « L’Etrange Histoire de Benjamin Button », un mélodrame tiré d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald et une œuvre à part dans la filmographie plutôt homogène de son auteur. 

Nommé à 13 Oscars et lauréat de 3 (« Meilleure direction artistique », « Meilleur maquillage » et « Meilleurs effets visuels »), « L’Etrange Histoire de Benjamin Button » est l’une des plus belles adaptations hollywoodiennes des années 2000.

Comment David Fincher, cinéaste manipulateur, spécialiste des récits psychologiques et des thrillers acérés a-t-il pu donner naissance à un film aussi lyrique ? Éléments de réponses.

Synopsis :

« Curieux destin que le mien… » Ainsi commence l’étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l’envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d’une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. L’étrange histoire de Benjamin Button : l’histoire d’un homme hors du commun. Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. Et ce qui survivra toujours à l’emprise du temps…

Les amateurs de la nouvelle de F. Scott Fitzgerald (également derrière « Gatsby Le Magnifique ») seront peut-être déçus de découvrir un film qui ne reprend que l’idée principale de l’ouvrage en question.

Ainsi dès son introduction, on retrouve les thématiques familières au cinéma du réalisateur : l’idée du temps qui passe à l’endroit ou à l’envers, le labyrinthe avec son entrée et sa sortie ainsi que cette fascination pour le destin.  

Grâce à cette ambiguïté temporelle, Fincher peut offrir une histoire linéaire entrecoupée de flashbacks, sorte d’album photos fait de souvenirs animés, retraçant la vie d’un homme ordinaire dans un corps hors du commun.

Là où l’écrivain dépeignait avec malice la notion de liberté, de la sérénité, et donc de la « jeunesse éternelle » qu’offre le vieillissement ; Fincher en brillant metteur en scène s’intéresse plutôt aux sens inverses, aux croisements, aux rencontres forcément singulières de son personnage principal avec les autres êtres humains. Thématique à laquelle, il vient greffer une histoire d’amour unique, réciproque, celle de Benjamin et de Daisy, bien plus intense et romantique que chez Fitzgerald.

Ce dernier, Benjamin Button, interprété par un Brad Pitt une nouvelle fois fabuleux, n’est pas en retard, et ne peut l’être : placé d’emblée hors du temps rationnel par ses problèmes physiques, il se laisse porter par les événements et glisse sur la vague de l’histoire sans jamais s’y cogner (sauf, littéralement, lors de l’épisode du sous-marin en pleine mer).

Mais comme son modèle de papier, le film s’interroge également sur la notion de destinée, celle inscrite dans nos gênes dès notre naissance, d’autre y voient la volonté divine ou la fatalité. Un sujet qui hante le cinéaste de « Seven » à tel point, qu’il lui consacre ici une séquence entière (l’accident de voiture de Daisy) dans laquelle, grâce à un montage ingénieux, Benjamin se questionne sur les actes de chacun et leurs conséquences sur le destin d’autrui.

Pourtant, la grande réussite du long-métrage est sa faculté à traiter avec une infinie tendresse la destinée de ses personnages liés à la figure de Benjamin Button. Une grande histoire au pluriel au service d’une relation amoureuse qui va subir les désagréments du temps.

Chaque rencontre avec Daisy (magnifique Cate Blanchett) offre une poésie sublime qui apporte tout son charme au film : Brad Pitt en clone de James Dean ou Robert Redford, Pitt en héros hemingwayen (la scène à Paris), etc.

Tout au long du film, Fincher s’échine manifestement à produire des scènes qui cultivent notre imagination : Quelle image résulte de l’amour entre un vieillard et une jeune femme ? Quel tableau offre un nourrisson qui s’éteint dans les bras d’une vieille amoureuse (scène absolument sidérante de tristesse) ?

« L’Etrange Histoire de Benjamin Button » est une émouvante parabole sur les liens tourmentés entre l’amour et le temps.  Un long-métrage qui raconte donc mille histoires d’amour en une, soutenu par des effets visuels ambitieux, des acteurs fabuleux et une mise en scène d’une grande maestria.

Le plus troublant dans cette romance entre un homme et une femme toujours en décalage physiquement, c’est que les deux êtres de cinéma que sont Brad Pitt et Cate Blanchett n’apparaissent jamais tels qu’ils sont, mais toujours modifiés par des effets spéciaux qui les rajeunissent ou les vieillissent sans que sous le maquillage leurs vrais traits ne disparaissent jamais.

Un excellent film mais peut-être pas le plus grand de David Fincher, qui de bout en bout, tente désespérément d’éviter les effets du temps sur ses acteurs.

Note : 8,5/10

Julien Legrand – Le 18 octobre 2019

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