Test de Rorschach réussi !

Watchmen

On le sait Zack Snyder est un cinéaste qui a su prouver son talent grâce à des œuvres comme « 300 », « L’armée des morts », « Sucker Punch » et « Le Royaume de Ga’hoole ». Un véritable filmmaker malin, doublé d’un expert esthétique ayant fait ses preuves grâce à son style et son sens de la narration.

Nous allons nous intéresser à son troisième long métrage, celui qui après « 300 » en 2007 a véritablement installé Snyder dans les petits papiers des grands studios hollywoodiens. Ce film, c’est « Watchmen » ! Une arlésienne de l’adaptation cinématographique, qui suscitait autant l’envie que l’appréhension. 23 ans que des « cinéastes-auteurs » se cassaient les dents devant l’œuvre richissime d’Alan Moore et Dave Gibbons.

Grâce au style élégant et au maniérisme du réalisateur, « Watchmen » est considéré par beaucoup aujourd’hui comme la meilleure adaptation d’un comics et comme le meilleur film de super-héros de tous les temps.

Comment ce film qui a fait un petit bide dans les salles a-t-il pu ouvrir les portes du DCU à Zack Snyder ? Éléments de réponse.

Synopsis :

Dans une Amérique alternative de 1985 où les super-héros font partie du quotidien et où l’Horloge de l’Apocalypse -symbole de la tension entre les Etats-Unis et l’Union Soviétique- indique en permanence minuit moins cinq. Lorsque l’un de ses anciens collègues est assassiné, Rorschach, un justicier masqué un peu à plat mais non moins déterminé, va découvrir un complot qui menace de tuer et de discréditer tous les super-héros du passé et du présent. Alors qu’il reprend contact avec son ancienne légion de justiciers -un groupe hétéroclite de super-héros retraités, seul l’un d’entre eux possède de véritables pouvoirs- Rorschach entrevoit un complot inquiétant et de grande envergure liée à leur passé commun et qui aura des conséquences catastrophiques pour le futur. Leur mission est de protéger l’humanité… Mais qui veille sur ces gardiens ?

« Watchmen » est une œuvre qui divise. À la fois considéré comme un navet abyssal, un produit ringard ou encore un chef d’œuvre culte d’intransigeance…Le film de Zack Snyder, c’est tout cela à la fois, un blockbuster gloubi boulga pour adultes qui, du haut de sa durée excessive de 2h40, consterne autant qu’il fascine dans sa volonté jusqu’au-boutiste.

La critique qui est souvent faite à l’œuvre de Snyder et qu’elle ne respecte pas son matériau d’origine. Argument soutenu en plus par Alan Moore, le créateur du comics qui a renié le long métrage du réalisateur de « Justice League ». Il est vrai que la tâche du cinéaste était ardue d’adapter une œuvre incontournable de la pop culture, du seul graphic novel à s’être fait une place dans les 100 plus grands romans anglais selon le Time.

Cependant, même si les puristes peuvent le déplorer, la première des qualités de « Watchmen » tient dans sa fidélité plastique et thématique. Le film rend autant justice à Dave Gibbons qu’à Alan Moore, autant qu’à son superbe décorum crépusculaire à la « Blade Runner » ou « Seven » qu’aux êtres s’y débattant. Par sa soumission quasi religieuse au roman graphique, « Watchmen » est une Bible, Snyder signe moins un blockbuster qu’un portrait d’individus complexes et ambigus sur fond de complot apocalyptique.

Un long métrage à l’esthétique renversante et au potentiel incroyablement élevé !

Un récital qui commence par cette ouverture surprenante alors que retentit « Times they are a-changin’ » de Bob Dylan et qu’une succession de flashbacks (toujours très beaux) pose sereinement et concisément les bases d’une histoire mondiale modifiée. Tout est clair, rapide et précis, une introduction qui permet de se plonger directement dans l’intrigue sans avoir recours à d’autres artifices pesants ou longuets.

Zack Snyder déroule alors son film avec un sens du rythme maitrisé de bout en bout. L’alternance entre les personnages et les histoires va de pair avec une juxtaposition entre des scènes plutôt dirigées vers l’action et d’autres qui servent à faire avancer le récit. Chef d’orchestre donc, il n’en reste pas moins également artiste peintre. La débauche de couleur est splendide et chaque parcelle du film est imprégnée d’une ambiance particulière, reconnaissable et bluffante.

Snyder offre une débauche d’effets spéciaux plus ou moins réussis (on notera un beau moment de destruction massive sur Mars), quelques carnages sanglants et même une scène que l’on croirait empruntée à une production horrifique façon « Massacre à la tronçonneuse ». Il confère également au récit une dose d’humour saupoudré d’un zeste de psychologie dépressive et d’une couche de philosophie misanthropique sur le sens nihiliste de l’humanité.

Même si certains trouvent que le cinéaste de « Batman VS Superman » ne respecte pas entièrement l’œuvre originelle. Snyder s’échine pourtant à la retranscrire le plus possible à l’écran.

Oui, le vertige temporel, élément fondamental cher à Alan Moore et sa représentation non pas comme une ligne ou une boucle mais comme un point figé dans lequel tout est simultané mais qui se heurte à la narration cinématographique du défilement là où les planches de BD sont, de toute façon, plus adéquates. Néanmoins le metteur en scène tente cependant de retrouver la majorité des scènes mythiques de son modèles de papiers et les adaptent au détail près. Un véritable bonheur et rêves pour certains fans ! Snyder a réellement donné vie à la bande dessinée mythique.

Pourtant à l’exception notable de Laurie Jupiter/le Spectre Soyeux dont les relations amour/haine avec sa mère ont été sensiblement écourtées du long métrage, l’essence même du comics a su être magnifiquement capturée ; qu’il s’agisse du cynisme destructeur du Comédien, de l’humanité en extinction de Dr Manhattan l’omniscient (fantastique performance vocale de Billy Crudup, la séquence martienne scandée sur du Philip Glass, incontestablement la plus belle du film), du mépris de soi du Hibou ou de la haine psychopathe rongeant Rorschach de l’intérieur (Jackie Earle Haley, juste incroyable). Un vrai travail d’orfèvre.

Le réalisateur s’évertue à détailler chaque personnalité, de façon très fouillée, avec une volonté positive de ne pas réduire le sur-homme et donc l’Homme tout court, à une figure, bonne ou mauvaise.

Snyder préfère insister sur l’ambivalence des héros (tour à tour défenseurs de l’espèce humaine, mais également tueurs sadiques éprouvant un certain plaisir dans la baston et l’accomplissement de sentences qu’ils aiment finales), ce qui est souligné par le rebondissement, en toute fin, absolument incroyable d’intensité dramatique.

Le Bien et le Mal se mélangent sur fond de sacrifices et pour le coup, le cheminement intellectuel du scénario nous interpelle dans sa réflexion.  Comme dans le comics, le film décide de brasser de nombreuses thématiques comme la déconstruction du mythe du superhéros en confrontation avec la vieillesse, la décadence, le doute et la dépression. Comme si, au-delà du divertissement, « Watchmen » voulait avant tout offrir matière à méditation comme son modèle de papier.

Avec « Watchmen » Zack Snyder signe une farce macabre, sorte d’uchronie qui oscille entre une relecture pop et décadente du « Dr Folamour » avec un vrai film de super-héros. Et, à l’instar du chef d’œuvre de Moore et Gibbons, le film de Snyder demande à être revisionné encore et encore pour en saisir toute la richesse.

Un film culte, viscéral, puissant et un véritable OVNI dans le monde cinématographique des super-héros qui donne encore plus envie de se plonger dans le fantastique comics d’Alan Moore et Dave Gibbons.

 Note : 9/10

 Julien Legrand – Le 1er décembre 2018

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