Un super-héros sur courant alternatif.

Shazam!

Eternel poursuivant de Marvel et son cinematic universe qui connaitra son apogée avec « Avengers Endgame », DC Comics avait lancé son monde avec « Man of Steel » et « Batman V Superman » en 2013 et 2016. Après l’échec de « Justice League », Warner entrepris fin 2018 un virage à 180° visant à se dépêtrer du sérieux bourbier existentiel initié par Zack Snyder et ses relectures freudiennes (que nous aimons beaucoup) de Batman et Superman.

Après le carton de l’actioner musclé « Aquaman » de James Wan qui a engrangé plus d’1 milliard de dollars de recettes, voici qu’arrive « Shazam! » de David F. Sandberg avec en tête d’affiche Zachary Levi.

Après le raz-de marée du roi d’Atlantis, le héros à l’éclair scintillant peut-il accroître le retour en grâce des films DC Comics ?

Synopsis :

On a tous un super-héros qui sommeille au fond de soi… il faut juste un peu de magie pour le réveiller. Pour Billy Batson, gamin débrouillard de 14 ans placé dans une famille d’accueil, il suffit de crier « Shazam ! » pour se transformer en super-héros. Ado dans un corps d’adulte sculpté à la perfection, Shazam s’éclate avec ses tous nouveaux super-pouvoirs.

« Shazam! » qui à l’origine s’appelait « Captain Marvel » a été créé par C. C. Beck et Bill Parker en 1940, fut plus populaire que Superman, au point d’être le premier super-héros adapté à l’écran. Son succès tenant à la qualité de ses dessins plus dynamiques et la force de son concept, un jeune garçon qui se transforme en super-héros en prononçant un mot magique.

Le personnage fut rebaptisé « Shazam! » en 2007 suite à des décennies de conflit avec Marvel Comics qui avait entre-temps racheté les droits sur le nom laissé vacant en 1967 pour un de ses personnages. C’était pour la petite histoire.

Quelle heureuse coïncidence, les deux personnages sont sortis au cinéma à quelques semaines d’intervalles sauf que les deux films ne possèdent pas les mêmes ambitions.

C’est un euphémisme de dire que l’on n’attendait vraiment pas grand-chose de ce « Shazam! », qui paraît complètement déconnecté des grands super-héros en vogue.

Depuis un certain temps, on reproche à Warner et à son DCU de manquer d’une vision globale cohérente, qu’elle soit narrative, esthétique ou thématique et avec « Shazam ! », DC impose enfin un ton qui diffère avec ses concurrents de chez Marvel et leurs films toujours formatés pour le plus grand nombre.

David F. Sandberg signe plutôt un teen movie encourageant, même si c’est très loin d’être une réussite, et qui pourrait cependant ne pas toucher un large public.

Pourtant, cette originalité d’ambiance rend ce super-héros agréable et offre une pure comédie, à la lisière de l’auto-parodie du genre. Le long métrage impose son humour qui repose essentiellement sur l’immaturité de ces personnages, et brise ainsi le ton sombre (« Batman V Superman ») et parfois grand-guignolesque (« Suicide Squad ») que les précédents films de DC tentaient d’imposer à l’écran.

« Shazam! » apparaît comme un mélange inédit entre « Big » de Penny Marshall (auquel il rend hommage au travers d’une séquence de combat dans un magasin de jouets) et Superman. Mais c’est surtout vers les productions Amblin que lorgne le film de David F. Sandberg en particulier les « Goonies » (pour les aventures d’un groupe d’enfants) et surtout le « Gremlins » de Joe Dante pour la confrontation avec des monstres (ici les sept péchés capitaux) au moment de Noël.

L’œuvre de Sandberg est un spectacle sans surprise, simple dans son approche mais efficace dans ce qu’il tente de proposer.

Cependant, si on peut louer cet humour fougueux au film, « Shazam! » est parfois un peu trop effrayant et un peu trop violent pour son jeune public. Le passif du réalisateur dans le cinéma d’horreur n’y est pas étranger (« Dans Le Noir » et « Annabelle 2 ») et rejaillit à plusieurs moments en particulier lorsque le grand méchant interprété par le génial Marc Strong lâche les sept péchés capitaux.

Un défaut qui prouve que le long métrage ne sait pas sur quel pied danser en termes d’écriture. Le film hésite perpétuellement entre récit super-héroïque classique, gags, et comédie pour les tout-petits.

On vous épargne également les énormes facilités ou les incohérences de scénario, les grosses longueurs dans son dernier tiers et les quelques entorses aux comics qui déplairont peut-être aux puristes.

Ce qui fait réellement fonctionner la comédie, ne serait-ce que vis-à-vis des jeunes spectateurs qui s’identifieront fortement aux personnages adolescents, c’est justement toute l’énergie que lui apportent les jeunes acteurs, Asher Angel (la série « Andi ») et Jack Dylan Grazer (Eddie Kaspbrak dans le dernier « Ça »).

Le premier des deux, qui incarne Billy Batson, cet attachant débrouillard, est très juste dans la façon dont il joue le détachement volontaire de son personnage, sa peur de s’attacher et accumule également les scènes à visée émouvante.

On avait par contre de sérieux doutes sur la capacité de Zachary Levi (la série « Chuck ») et sa tête d’acteur de seconde zone des années 60 à jouer les super-héros.

Sauf que « Shazam! » n’est pas un super-héros classique et que le film vise justement l’improbable et le grotesque comique. Dès lors, certains pourraient ne pas du tout adhérer à l’expressivité forcée, ringarde et parfois un peu benêt du comédien mais celle-ci se révèle finalement l’atout adéquat pour incarner la dichotomie hilarante de ce gamin dans un corps d’adulte.

À la fois léger et comique, sincère et parfois sombre, « Shazam! » revisite avec une certaine modestie les codes du film de super-héros au travers d’un teen movie efficace à défaut d’être spectaculaire. Portée par des acteurs généreux, cette pseudo comédie DC souffre de quelques longueurs et incohérences qui n’entachent en rien un bon moment de cinéma pour un public avide de rire.

DC et Warner sont-ils enfin sur la bonne voie ? Rien n’est moins sûr…

Note : 6/10

Julien Legrand – Le 17 avril 2019

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