« Comme un lapin apeuré dans les phares d’une voiture »

Police

Anne Fontaine nous revient avec un sujet éponyme du roman dont il est tiré. Le titre n’est pas vendeur (de tickets d’entrées) certes mais il mérite votre intérêt ne serait-ce que pour les excellents comédiens à l’affiche. Virginie Efira, Grégory Gadebois et Omar Sy sont impeccables dans ce registre dramatique.

Vous laisserez-vous emporter au long des boulevards parisiens dans cet oppressant  huis clos automobile ? Notre avis sans…

Synopsis :

Trois policiers :Virginie (Virginie Efira), Erik (Grégory Gadebois) et Aristide (Omar Sy se voient obliger d’accepter une mission : reconduire de nuit un migrant d’origine tadjike (Payman Maadi) à la frontière pour procéder à son expulsion. Sur le chemin de l’aéroport, Virginie comprend que le prisonnier risque la mort s’il rentre dans son pays. Elle cherche alors à convaincre ses collègues de le laisser s’échapper…

Comme nous l’avions déjà formulé à propos de « Comme des bêtes », utiliser le titre du roman dont le scénario est issu (ici le « Police » de Hugo Boris publié en 2016) n’est pas une réussite d’autant qu’il y a déjà embouteillage et confusion sur le titre avec le « Police » de Pialat ou « Polisse » de Maïwen. Cette erreur marketing est d’autant plus regrettable qu’il n’est guère adapté à ce film bien plus proche d’un thriller psychologique et bien loin d’une quelconque enquête  policière.

La réalisatrice franco-luxembourgeoise Anne Fontaine continue à alterner le meilleur (« Les innocentes », « Nettoyage à sec ») comme le moins bon mais « Police » propose un beau sujet et une introspection sur la fonction de policier surtout en ces temps perturbés où l’Ordre et la Loi sont des termes très galvaudés tant par les conspirationnistes que par un certain président  américain.

Parlons plutôt de ce qui est réussi que de ce qui fâche dans cette étude psychologique. La reconduite à l’aéroport d’un sans papiers pour son expulsion vers le Tadjikistan devient tout  au long des boulevards mal éclairés, un cas de conscience pour nos trois flics peu habitués à ce genre de procédure.

Yves Angelo, le directeur de la photographie d’Anne Fontaine, déjà honoré de trois Césars réalise un magnifique travail, créant une ambiance nocturne qui se tend insensiblement dans l’habitacle exigu de la fourgonnette. Sa qualité à filmer les visages des protagonistes du drame durant les longs silences qui ponctuent la route est tout simplement l’enjeu du film. Toutes les émotions et les doutes qui les habitent, s’y lisent admirablement malgré les reflets de l’éclairage urbain. Le trio d’acteurs, Grégory Gadebois, Omar Sy et Virginie Efira ont tous eu de bien meilleurs rôles mais ils n’ont pas à rougir de leurs prestations tant ils sont crédibles dans leur humanité même s’ils ne peuvent sauver le film d’une certaine grisaille et d’une morosité certaine.

Film qui devait être présenté à Cannes en 2020 et qui devrait y être représenté en 2021, « Police » le mal nommé se mérite tant pour son excellent trio que pour sa magnifique photo et son ambiance digne d’un roman de Simenon.

Allez le voir au cinéma, même avec un masque, car il vous paraîtra moins intéressant sur votre petit écran et amusez-vous à lui trouver un vrai titre… Notre choix s’est porté sur le regard  apeuré de Payman Maadi qui nous fait penser à celui d’un lapin capturé par les phares d’une voiture…

Note : 6,5/10

Yves Legrand – Le 3 septembre 2020

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