« Cry Me A River »

Mystic River

Quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, Clint Eastwood reste un monument du cinéma. Un acteur, dernièrement aperçu dans « The Mule », capable d’incroyables prestations devant la caméra (notamment dans « Gran Torino ») mais aussi capable d’offrir de grands films en tant que réalisateur.

L’immortel « Pale Rider » au visage impassible est un très grand conteur d’histoires, le dernier et digne représentant d’un classicisme américain que beaucoup vénèrent.

El l’une de ses plus belles œuvres n’est autre que « Mystic River » son vingt-quatrième long métrage, polar noir et véritable descente aux enfers pour trois personnages interprétés avec brio par Sean Penn, Kevin Bacon et Tim Robbins.

Retour sur un véritable chef d’œuvre et l’un des plus grands films du grand Clint.

Synopsis :

Jimmy, Sean et Dave sont amis d’enfance. La disparition de la fille de Jimmy, Katie, va les réunir et faire resurgir de vieilles blessures…

Adapté du roman éponyme du célébrissime Denis Lehane, un auteur à qui l’on doit « Gone Baby Gone » de Ben Affleck ou encore « Shutter Island » de Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio, « Mystic River » s’imposait comme la matière parfaite pour un Clint qui sait à merveille créer des atmosphères sombres et cultiver des personnages complexes avec une certaine intelligence.

Le cinéaste propose un travail d’une grande virtuosité sur la valeur des cadres et l’enchaînement des plans. Alors qu’il filme une histoire intime, il garde une certaine distance par rapport à ses sujets, jouant sur l’alternance entre proximité et éloignement.

À de nombreuses reprises, il filme certaines scènes en prises de vues aériennes comme pour éclairer d’un œil extérieur omniscient, un être suprême qui dirigerait le destin de tous ces individus. Le cinéaste offre une mise en scène classique mais terriblement efficace et élégante.

Clint Eastwood n’avait jamais signé un film aussi désespéré et affolant. Comme Ford, il impressionne par sa capacité à camper des personnages en un rien de temps, ici trois amis d’enfance, Dave, Jimmy et Sean, habitants le même quartier difficile de Boston. Une fois adultes, ils vont à nouveau être réunis par une tragédie atroce.

La force du film repose sur ce trio, autour duquel l’ensemble de l’intrigue s’articule. Trois individus qui forment littéralement le centre de gravité de l’histoire. Une intrigue pleine de noirceur qui nous est dévoilée par petites touches au fil d’un film bouleversant.

Une tragédie qui prend le spectateur illico à la gorge et qui ne le lâchera plus jusqu’à la dernière seconde du long métrage. Clint Eastwood parle de la part d’ombre qui sommeille en chacun de nous, de cette zone contaminée, gangrenée par l’horreur du passé. Du glauque. Du poisseux.

« Mystic River » dépasse les limites du genre pour sonder en profondeur les zones d’ombre de l’âme humaine. Un pied dans la réalité urbaine, un pied dans les fantasmes, c’est autant un film fantastique qu’un film de la rue.

Soulignée par de superbes passages nocturnes, cette part obscure décelable en chacun des personnages apparaît surtout à travers un troublant jeu de résonances.

Le film inscrit la filiation en toutes lettres comme l’un des thèmes principaux du long métrage, tout comme le crime et le mensonge. Un univers dans lequel les places de chacun ne semblent tenir que par accident, chaque personnage est au bord de la rupture. Le morcellement de chacun d’eux opère tout le film d’une séparation qui ne peut se délier, ils sont des handicapés en sursis où leur bonheur n’est qu’éphémère pour que le film se livre à une recherche de vengeance sans aucune échappatoire.

Le cinéaste fait également preuve d’une direction d’acteurs irréprochable. Chaque réplique sonne juste, chaque mouvement est à sa place. Que dire de la sublime prestation d’un casting incroyable de crédibilité.

Sean Penn est une fois de plus brillant, un rôle qui lui vaut d’ailleurs un Oscar du « meilleur acteur ». Il incarne parfaitement ce personnage torturé par une douleur intense, dont il est contraint d’accepter les conséquences. Alors qu’il essaye de l’apprivoiser, il se laisse consumer par un désir obsessionnel de vengeance qui ne sera assouvi qu’une fois qu’il aura trouvé et tué le coupable.  

Tim Robbins propose un jeu impeccable toute en nuance et fragilité dans son rôle de victime qui tente tant bien que mal de recoller les morceaux avec sa femme, son fils et sa vie suite aux traumatismes de son enfance. Avec cette touchante et impressionnante performance, l’acteur obtient l’Oscar du « meilleur acteur dans un second rôle ».

Enfin Kevin Bacon, interprète Sean, policier droit dans ses bottes malgré un problème conjugal intrigant. L’acteur offre une partition sobre et élégante, sorte de double de Clint Eastwood plus subtil que Penn et moins émotif que Robbins. Un personnage moins développé que les deux autres et pour lequel le spectateur risque d’avoir moins d’empathie. Il est pourtant le principal moteur du film. On éprouve un certain attachement pour ses personnages, même si l’on réprouve leurs actes.

Une toile tragique accompagnée d’une sublime musique en totale adéquation avec le sujet, écrite et interprétée par Clint Eastwood lui-même et son fils Kyle. Une unité qui fait de « Mystic River » un réel chef d’œuvre, et sûrement l’un des meilleurs films du réalisateur.

« Mystic River » est un chef d’œuvre tragique et brillant qui ne laisse aucun répit aux spectateurs. Une composition bouleversante du bien et du mal soutenue par un casting impeccable et une mise en scène élégante.

Un succès public et critique qui prouve que « Mystic River » est un diamant brut et un film culte !

Note : 9,5/10  

Julien Legrand – Le 24 février 2019

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