Le Lycée des Damnés

L'Heure de la Sortie

S’il y a des films dont on peut reconnaître le genre au premier coup d’œil, il en est d’autres qui ne se laissent pas classifier avec autant de simplicité. C’est de l’un d’entre eux dont il va être question dans cette critique.

« L’Heure de la sortie », réalisé par Sébastien Marnier et adapté du roman éponyme de Christophe Dufossé est sorti en 2019 sur les écrans français (il n’est hélas jamais sorti en Belgique, faute de distributeur), nous plonge dans la peau d’un professeur remplaçant : Pierre Hoffman (incarné par Laurent Lafitte). Un enseignant qui va vite se rendre compte que quelque chose ne va pas dans la classe dont il est responsable et plus particulièrement avec un groupe d’élèves en particulier.

Synopsis :

Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret…

Très rapidement, on se rend compte en le visionnant que « L’Heure de la sortie » est un long métrage qui diffère de ce que l’on peut voir (pour ne pas dire « consommer ») dans le cinéma français populaire. Tantôt envoûtant, tantôt dérangeant, le film joue avec les codes du thriller, de l’horreur ainsi que du fantastique via quelques scènes menées d’une main de maître. Cette réalisation jonglant avec la codification des genres cinématographiques va donner au métrage une atmosphère et une ambiance particulièrement originale.

De plus, ce cadre si singulier est renforcé par une dissonance quasi-constante entre la gravité des dialogues, la descente aux enfers des personnages et la photographie ; ainsi que la lumière chaude et solaire qui est omniprésente dans le film (donnant un aspect « caniculaire » à l’image).

Cette forme de contraste entre le fond et la forme, ce clair-obscur symbolique, se retrouve un peu partout dans le film, renforçant ainsi la gravité des situations et perturbant dès lors le spectateur qui ne sait jamais vraiment où se situer.

Les personnages principaux, Pierre Hoffman et le groupe d’enfants, sont particulièrement bien écrits et développés tout au long de l’intrigue. Le film ira même jusqu’à faire douter le spectateur de l’identité réelle du personnage principal.

En effet, il est rapidement difficile de savoir si l’on suit le personnage du professeur ou si l’on suit les enfants au travers du regard de leur maître d’école et de sa plongée dans la paranoïa.

En regardant « L’Heure de la Sortie », on s’interroge sur les motivations du groupe d’enfants et sur la santé mentale du protagoniste campé par Laurent Lafitte ainsi que sur la bienveillance du corps enseignant. On est très loin des clichés manichéens que l’on retrouve (trop) souvent dans le cinéma grand public.

Les acteurs nous offrent dans ce film une prestation agréable, notamment les jeunes têtes blondes qui interprètent les élèves qui jouent à la perfection ces enfants socialement inadaptés et surdoués. Chacune de leurs apparitions à l’écran instaure un malaise certain dans la narration et dans le ressenti du spectateur. Bref, ils crèvent l’écran.

En plus de jouer avec les codes de l’image et de la narration, le long métrage de Sébastien Marnier s’offre le luxe d’offrir une bande son originale qui joue habilement, elle aussi, avec les codes du cinéma (en plus de jongler avec les codes musicaux, cela va de soi). Composée par le groupe « Zombie Zombie », celle-ci est fortement inspirée par le cinéma d’horreur des années 80, et plus particulièrement par les scores des films de Carpenter. Elle comporte également quelques reprises de Patti Smith (la chorale de l’école).

De plus, la musique se confondra régulièrement avec les sons ambiants en une sorte de bruit parasite, renforçant encore l’atmosphère anxiogène qui se dégage de certaines séquences.

« L’Heure de la sortie » est un film dur à consommer et ce, tant à cause des thèmes qu’il aborde (réchauffement climatique, folie, dépression, isolement social, …) qu’à cause de sa manière à la foi implicite mais crue de les aborder.

Détail intéressant, le film comporte plusieurs références à l’œuvre directe et indirecte de Frank Kafka et plus particulièrement à « La Métamorphose ».

« L’Heure de la sortie » est un OFNI compliqué à visionner. Anxiogène et dérangeant, c’est avant tout un film qui porte des messages forts et qui les communique de manière originale, le tout avec un certain décalage entre le fond et la forme.

Ce n’est pas une œuvre à recommander à tout le monde tant il diffère de ce que le grand public peut avoir l’habitude de consommer en salle. Cependant, si vous désirez changer d’air et plonger dans le cinéma de genre avec un long métrage à la fois bon et récent, ce film est fait pour vous !

Note : 9/10

Maxime Févry – Le 7 mai 2019

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