(In)Justice :Vous ne sauverez pas le film ensemble !

Justice League

Nous y voilà ! La plus grande réunion des héros DC Comics ! Le rêve de tous fans, voir Batman et compagnies sauver le monde en travaillant en équipe. « Justice League » est le 5e long métrage du DCEU, l’aboutissement des long métrages précédents. Ce fut pourtant, l’œuvre la plus difficile à réaliser pour le studio.

Zack Snyder et sa bande étaient de retour aux manettes accompagnés dans leur tâche par les mêmes acteurs qui incarnent les personnages fétiches (Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill) et des petits nouveaux comme Erza Miller, Ray Fisher ou J.K. Simmons.

Une tâche ardue, qui s’est compliquée avec le départ de Snyder en mai suite au décès de sa fille. Le film est alors en pleine post-production et c’est le papa des « Avengers », Joss Whedon qui est appelé à la rescousse pour terminer le film et pourtant, le compositeur Junkie XL claque lui aussi la porte pour être remplacé par Danny Elfman, génial créateur de la musique du premier Batman de Tim Burton.

Il n’en fallait pas plus pour que le bateau se met à tanguer et n’augmente la méfiance du public pour un film hyper attendu.

Synopsis :

Après avoir retrouvé foi en l’humanité, Bruce Wayne, inspiré par l’altruisme de Superman, sollicite l’aide de sa nouvelle alliée, Diana Prince, pour affronter un ennemi plus redoutable que jamais. Ensemble, Batman et Wonder Woman ne tardent pas à recruter une équipe de méta-humains pour faire face à cette menace inédite. Pourtant, malgré la force que représente cette ligue de héros sans précédent – Batman, Wonder Woman, Aquaman, Cyborg et The Flash –, il est peut-être déjà trop tard pour sauver la planète d’une attaque apocalyptique…

Il faut malheureusement reconnaître qu’actuellement les studios Warner ont beau tenter de rivaliser avec le concurrent Marvel, il n’y a cependant rien à faire, leur DCEU (Univers Cinématographique DC) continue de perdre toute crédibilité face au monstre qu’est le MCU, qui au fil des années est devenu très cohérent et calibré pour plaire au plus grand nombre.

Certes, les films de la « maison des idées » ne sont pas toujours les plus réussis, mais il faut quand même reconnaître que Marvel a fait les choses dans l’ordre, avec un univers étendu d’une grande cohérence, bien pensé, construit et dirigé, de façon à ce que les fans s’identifient à leurs personnages favoris.

On peut toujours lui reprocher beaucoup de choses comme de ne pas respecter les grandes lignes des comics dont il s’inspire, s’énerver de la ressemblance entre les œuvres, reste que le navire vogue sans réel souci et fonctionne parfaitement au box-office, comme auprès de sa base de fans.

Du côté de chez Warner et DC par contre, on ne peut pas dire que la cohérence est reine et entre dire qu’on ne suit pas du tout la ligne directrice interne, il n’y a qu’un pas à franchir.

À vouloir démarrer son bolide trop vite sur la grille de départ, on grille rapidement les circuits. Là où Marvel a préféré se focaliser sur chacun de ses protagonistes en prenant son temps depuis 2008 et de réunir tout son petit monde avec crédibilité et patience, DC tente d’aller plus vite que son adversaire pour le rattraper tout en profitant de l’engouement pour les films de super-héros avant qu’il ne soit trop tard.

Là où Marvel compte les dollars par milliards en fructifiant son travail de longue haleine, DC s’octroie la colère des fans et des chiffres en deçà des prévisions initiales avec leur univers bizarroïde. « Man of Steel » et « Batman V Superman » ont divisé, « Suicide Squad » est bancal et très mal réalisé, « Wonder Woman » était une belle surprise. La « Justice League » devait donc continuer dans la lignée de son Amazone et être l’heure de la confirmation que l’univers était enfin sur les bons rails.

À la vue de tous les problèmes rencontrés et malgré le fait que beaucoup s’y attendaient, la déception qu’inspire ce « Justice League » est énorme ! Malgré le succès en juin dernier de Wonder Woman, le DCEU n’est qu’une vaste supercherie. La super-héroïne est toujours l’unique satisfaction dans le sacré désordre dans lequel se trouve le DCEU.

« Justice League » est un long métrage arrivé beaucoup trop tôt ! Warner a fait le choix de la rapidité et le film s’en ressent, plutôt que de construire son univers sur des bases solides, de produire des films solos pour créer un vrai « univers étendu » et que le spectateur puisse cerner la psychologie de chaque personnage, la production a fait le choix de réunir tout ce beau monde en deux films. Grave erreur ! Seuls « Man of Steel » et « Wonder Woman » ont pu bénéficier d’un long-métrage pour traiter leur personnage comme il se doit.

Warner a fait une croix sur une mythologie construite avec patience et intelligence et « Justice League » en est l’exemple symptomatique.

Si « Justice League » n’est vraiment pas un grand film, cela s’explique par son hallucinante absence de scénario (là où « Batman V Superman » était beaucoup trop dense) et l’inexistence incroyables de ses personnages iconiques (on n’apprend strictement rien sur Aquaman, Cyborg et Flash) et un Batman à mille lieux de sa personnalité énigmatique et méfiante. Bref rien ne va…

Il faut aussi ajouter, l’horrible qualité des effets spéciaux (indigne d’une production de ce niveau), vraiment pas à la hauteur (ndlr : on ne reviendra pas sur la moustache de Superman et le design de Steppenwolf), mais cela n’explique pas non plus le gros problème sur la direction artistique (s’il y en a une !).

Il était inconcevable de développer une mythologie aussi dense en seulement 2h de film. Avec ce récit formaté, « Justice League » devient presque risible et plombe tout seul son univers étendu, qui prouve que la Warner n’y arrive décidément pas.

Aucune homogénéité ne se dégage de cette union de super héros, qu’elle soit narrative ou visuelle. « Justice League » s’écrase en beauté, et c’est bien dommage, faute d’avoir su concevoir son univers avec cohérence et coordination, la narration totalement dépassée de ce nouveau blockbuster en est le plus parfait exemple.

Quelque part, le long métrage de Zack Snyder (même si on ne peut pas le blâmer entièrement) nous referait presque revoir notre jugement sur les longs métrages de chez Marvel (ndlr : vous n’avez jamais entendu ces mots !).

Malgré les nombreux points négatifs que comportent les films du MCU, les défauts de « Justice League » embellissent presque les productions de ses concurrents (ndlr : comment en est-on arrivé à prononcer cette phrase).

Avec la « Justice League », il y a certes quelques rares moments agréables (la première scène de Wonder Woman, le générique d’intro, oui oui on sauve ce qu’on peut), mais les scènes d’action sont tellement peu présentes et d’une banalité sans nom qu’on finit par se demander l’intérêt de ce long métrage. Des couleurs à la limite du regardable, une intelligence de mise en scène absente (Où est le Zack Snyder de « Watchmen » ?), la moitié du film tourné sur fond vert et bien sûr, des comédiens qui ne croient même à ce qu’ils font (mention spéciale à Ben Affleck).

Une confusion totale dans laquelle vous pourrez même vous amuser à deviner qui a réalisé cette scène : Joss Whedon ou Zack Snyder ?

« Justice League » est un accident industriel passable ! Une œuvre au potentiel immense mais que ni le studio ni son réalisateur n’ont su apprivoiser. Un film qui devait être l’aboutissement de l’univers DC et qui réussit à détruire la mythologie mise en place dans les deux films précédents. Tout ce qui faisait la spécificité et l’identité du cinéma de Zack Snyder a été renié ou même anéanti. Une vraie déception car il y avait tellement mieux à faire avec des personnages aussi riches. Ces héros ne peuvent pas sauver le monde tout seul, mais ils n’ont pas su sauver leur film ensemble.

 Note : 4,5/10

 Julien Legrand – Le 8 novembre 2018

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