Ridley Scott montre les Crowe.

Gladiator

Ridley Scott grand réalisateur de la fin des années septante avec « Alien, le huitième passager » en 1979 et des années quatre-vingt avec des œuvres comme « Blade Runner » et « Legend ». Un cinéaste qui a clairement marqué le cinéma de son empreinte mais qui va cependant connaître un passage à vide avec « Lame de fond » en 1996 et « À armes égales » en 1997.  

En 2000, le réalisateur britannique marque son grand retour cinématographique avec « Gladiator » en ressuscitant le péplum, genre tombé en désuétude à Hollywood depuis de nombreuses années.

Doté d’une production (Dreamworks) et d’un casting cinq étoiles (Russell Crowe, Connie Nielsen, Joaquin Phoenix, Richard Harris, le regretté Oliver Reed (dans son dernier rôle suite à sa mort pendant le tournage), « Gladiator » a pris tout le monde à contre-pied, devenant l’un des plus gros cartons de l’année et de la carrière de Scott tout en remportant cinq Oscars bien mérités.

Retour sur un chef d’œuvre devenu culte.

Synopsis :

Maximus est le valeureux et victorieux général des armées romaines. Admiré par César, vénéré par ses hommes, celui-ci n’aspire pourtant qu’à finir ses campagnes et apprécier une douce retraite avec sa famille. C’est sans compter justement sur César qui, à l’heure de passer la main, veut lui confier le pouvoir suprême. Un choix qui n’est sans déplaire à Commodus, le fils, héritier programmé du trône…

Une tâche difficile, ardue, improbable tels sont les adjectifs qui collent à l’œuvre de Ridley Scott lors de la pré-production de ce péplum. Le réalisateur décide de ressusciter un genre effacé des écrans depuis les années soixante, si l’on excepte quelques marginales productions en toge. Ce blockbuster très spectaculaire, qui se déroule de la fin du règne de l’empereur Marc Aurèle (180), l’un des plus grands philosophes stoïciens de l’Antiquité, à celui de Commode (192), respecte la véracité historique, même s’il prend quelques libertés avec les événements réels.

L’introduction d’un héros fictif, Maximus, le général devenu gladiateur, permet au scénariste d’infléchir le cours de l’Histoire. C’est d’autant plus malin que le règne de Commode demeure méconnu et fut infesté de trahisons alimentées par la folie de l’empereur. En effet, rien ne prouve que Commode ait tué son père Marc Aurèle, mais il fut bien victime d’une conspiration ourdie par sa sœur Lucilla. En revanche, le jeune empereur, qui s’était autoproclamé « premier des gladiateurs », n’est pas mort par le glaive mais empoisonné et étranglé sous les ordres d’une de ses maîtresses.

Peu importe si les férus d’histoire antique se sont arraché les cheveux devant autant d’inexactitudes, le spectacle, alternant sauvagerie sanglante, complot politique et vengeance personnelle, était tout simplement trop haletant pour chercher la petite bête historique.

Le scénario s’inspire habilement de ceux de « La Chute de l’Empire romain » d’Anthony Mann, « Ben Hur » de Cecil B. DeMille ou encore « Josey Wales hors la loi », et nous présente un nouveau personnage dont le nom se termine en « or ». Après le T-800 de « Terminator », le chasseur Alien de « Predator », voici Maximus le « Gladiator » qui intronise, Russell Crowe comme nouveau héros, qui combat le pouvoir en place dans l’arène comme « Conan » dans sa prime jeunesse. Même si le parcours de Maximus reste très prévisible et balisé, celui-ci nous offre à chaque obstacle des personnages secondaires surprenants (Connie Nielsen, Derek Jacoby, Oliver Reed), il faut donc rendre à Ridley Scott ce qui appartient à Ridley Scott.

Le cinéaste nous a toujours habitués au fil de sa carrière à nous proposer des images toujours parfaites et avec « Gladiator », il expérimente des effets d’obturation saisissants, mélangeant caméra 35 et nouveau format numérique (expérience qu’il poussera encore plus loin dans « La Chute du Faucon Noir »).

Certaines scènes d’action sont saisissantes (le combat qui ouvre le film mettant en présence les troupes de Maximus face aux envahisseurs barbares). Le long métrage nous donne à voir l’écrasante puissance du colonisateur et sa science des batailles ébouriffantes, parfaitement orchestrées et chorégraphiées (mention spéciale à « la bataille de Carthage » dans le Colisée, où notre héros retrouve ses vieilles compétences de fin stratège).

De même la reconstitution numérique et historique de Rome, des arènes, des grandes batailles est presque trop parfaite. Scott maîtrise ses images et les outils numériques mis à sa disposition pour offrir un véritable spectacle grandiloquent avec des foules immenses, de vrais tigres déchaînés, des chars fracassés, des armées en marche, des champs de blé frémissants …

Le réalisateur de « Cartel » offre au public ivre d’évasion et d’émotions fortes un grand spectacle épique digne de ce nom qui ne serait rien sans la musique héroïque de Hans Zimmer, le compositeur fétiche du tout Hollywood.

Hans Zimmer livre sa plus belle œuvre, tantôt d’un dynamisme redoutable, tantôt d’une tristesse désarmante, aidé par la voix ensorcelante de Lisa Gerrard de « Dead Can Dance ». Une bande-son qui a donné au compositeur un statut légendaire.

Comment résumer en un mot la musique de « Gladiator » ? « Magnifique » ? « Envoûtante » ? … Cette musique reflète à elle seule toutes les facettes du génie du compositeur : passages d’actions entraînants, ainsi que des passages doux et pleins d’émotions, magnifiques à vous tirer les larmes des yeux ! Une BO d’une extrême richesse qui nous fait voyager avec émotion dans le monde à la fois beau et cruel des gladiateurs selon Ridley Scott

Zimmer a créé une riche tapisserie de sons et d’atmosphères qui s’inspire de la musique arabe et marocaine, ainsi que des sons orchestraux plus classiques poussant « Gladiator » dans les rangs des films pour lesquels la musique est un élément essentiel de son succès.

Que serait bien sûr un grand film sans un brillant casting, Il est en effet rare de voir un gros film américain contemporain aussi bien interprété.  

Que dire de la sublime prestation du Néo-Zélandais Russell Crowe, alors habitué au second rôle de ce côté de l’hémisphère, l’acteur signe une partition magnétique, un concentré de fureur sourde, une sorte d’orage humain, aussi taiseux que redoutable. Avec un autre acteur, son personnage de gladiateur revanchard aurait pu devenir un énième héros d’action bas de gamme comme Dwayne Johnson dans le dernier « Hercules » de Brett Ratner. Russell Crowe se donne corps et âme à son personnage et lui offre une incroyable épaisseur.

L’acteur de « The Nice Guys » n’est bien sûr pas seul pour tenir la barque, Joaquin Phoenix est lui aussi extraordinaire. L’infâme Commode est sans doute l’un des plus beaux « méchants » du cinéma populaire.

Tout cela grâce à l’interprétation tourmentée, quasi-shakespearienne de Joaquin Phoenix. Le futur acteur fétiche de James Gray joue les empereurs usurpateurs, décadents et parricides comme il aborderait un personnage de drame psychologique intimiste. Torturé, émotions à fleurs de peau, dépressif et paranoïaque : toute la panoplie du mal-aimé, qui ne le rend que plus ambigu et inquiétant. Face à la force brute de Russell Crowe, on a d’ailleurs parfois l’impression que les deux acteurs ne jouent pas dans le même film.

Presque 20 ans après sa sortie, force est de constater que, si « Gladiator » n’a pas vraiment relancé la mode des toges et des fibules au cinéma, il se regarde toujours avec le même plaisir.  

Ridley Scott réinvente le péplum et écrit l’une des plus belles pages du cinéma hollywoodien, convoquant les vieilles recettes chères à Cecil B. DeMille et William Wyler tout en regardant vers l’avenir. Furieux, galvanisant, grandiose et parfaitement calibré.

Un succès amplement mérité pour un chef d’œuvre intemporel porté par des comédiens exceptionnels.

Note : 9,5/10

Julien Legrand – Le 14 avril 2019

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